15 avril 2019

Touadera en Belgique: “le diamant reste le nerf de la guerre”

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Le président de la République centrafricaine Archange Touadera se félicite de la semaine passée en Belgique où il a été reçu par le roi Philippe, le Premier Ministre Charles Michel, le Parlement wallon et plusieurs universités mais aussi par la ville d’Anvers. Si dans son pays il fait toujours face aux groupes armés présents sur 80% du territoire, il a le sentiment que les appuis extérieurs, en Europe entre autres, visent à conforter sa légitimité et à encourager la mise en œuvre des derniers accords de paix conclus à Khartoum en février dernier. Mais à Anvers, c’est surtout du diamant qu’il a été question : alors que la République centrafricaine est l’un des principaux pays producteurs, le président constate que « les diamants extrais dans mon pays ne bénéficient en rien à l’Etat… En effet, le processus de Kimberley a pris des mesures pour combattre le diamant du sang mais aujourd’hui ces mesures sont devenues inefficaces et poussent à l’exportation frauduleuse. Le diamant ne rapporte rien au pays, tout passe par la fraude. Auprès des diamantaires anversois, j’ai indiqué que nous avions pris quatre grandes mesures : la création d’une brigade qui veillera à améliorer la fiscalité, l’abaissement des taxes d’exportation de 12 à 4, 5%, le retrait de leur agrément aux entreprises incapables d’exporter via les voies légales. Actuellement, le diamant part en direction de tous les pays voisins et beaucoup de groupes armés sont installés autour des mines de diamants, ce qui leur permet de résister au processus de paix. Chez nous, le diamant nourrit la guerre. Non contents d’exploiter les mines d’or et de diamant, les groupes armés taxent aussi le bétail…
Alors que, voici deux ans, la France avait donné son accord au fait que la Centrafrique puisse recevoir des armes d’origine russe, aujourd’hui ce fait provoque des tensions avec la France qui s’inquiète de cette montée en puissance de Moscou. Pour le président Touadéra cette inquiétude est sans fondement : Les Russes qui sont chez nous sont des instructeurs qui forment les militaires centrafricains au maniement des armes. Il n’y a pas de base militaire russe chez nous.
Le comité des sanctions de l’ONU avait autorisé au début le déploiement de 175 instructeurs et le nombre augmenté un peu par la suite. Notre armée demeure en reconstruction, elle n’a pas encore atteint son niveau potentiel et nous n’avons qu’une seule levée d’embargo. Nous manquons de matériel léthal et logistique. Même si nous organisons des déploiements conjoints entre notre armée et les forces de la Minusca, les formations continuent. Au lieu d’une armée de projection, nous allons créer une armée de garnison autour de zones de défense. Nous plaidons pour que certains pays amis nous aident à réussir cette transformation, mais l’embargo qui se poursuit nous pose des problèmes financiers.

Alors que la dernière conférence de paix avait eu lieu à Khartoum, le président centrafricain suit de près l’évolution au Soudan et l’éviction du président Bechir : « tous les pays voisins, et pas seulement le Soudan, avaient signé l’accord conclu à Khartoum au sujet de mon pays. En outre, il y a eu engagement des 14 groupes armés et nous allons travailler à la mise en œuvre de cet accord. Indépendamment de l’évolution de la situation à Khartoum…