29 juillet 2019

Thambwe Mwamba a remporté la rude bataille pour le Sénat congolais

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Les jeux sont faits, la bataille est terminée, mais la victoire n’est pas totale: avec 65 voix contre 43, Alexis Thambwe Mwamba, ministre de la Justice dans le gouvernement sortant et considéré comme un pilier du système Kabila a été élu à la présidence du Sénat congolais, contre Modeste Bahati Lukwebo, président de l’Alliance des Forces démocratiques et alliés, (AFDC) la plus importante des formations qui, à la veille des élections, composèrent la coalition FCC (Front commun pour le Congo). Refusant de se désister, M. Bahati avait été exclu des FCC, mais quinze sénateurs ont bravé les consignes d’une coalition qui se prévalait de 90 sièges sur 108. En outre, l’ex-ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, candidat pro-Kabila à la première vice-présidence du Sénat, a été évincé par l’ancien Premier Ministre Sammy Badibanga, qui a obtenu 60 voix contre 34. Ce dernier, qui avait été membre de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) fut Premier Ministre sous Joseph Kabila et il s’était porté candidat à l’élection présidentielle du 30 décembre dernier.
L’issue du vote a démontré que la coalition FCC, qui domine, en sièges, tous les leviers du pouvoir et qui devrait obtenir les deux tiers des postes dans le futur gouvernement de coalition, est moins inexpugnable que prévu : au scrutin secret, l’argent et la discipline de vote n’ont pas toujours le dernier mot et même vaincu, le sénateur Bahati, un homme coriace et ambitieux, a remporté une victoire morale.
Thambwe Mwamba, un politicien chevronné, qui commença ses classes du temps du président Mobutu au sein de l’UDI (Union des démocrates indépendants) devient ainsi le deuxième personnage de l’Etat. Selon la Constitution congolaise, c’est lui qui devrait être appelé à remplacer le chef de l’Etat Félix Tshisekedi si ce dernier venait à disparaître.
A vrai dire, la surprise ne vient pas de l’élection elle-même, pratiquement jouée d’avance, mais de l’âpre bataille qui a précédé le scrutin. En effet, Modeste Bahati Lukwebo, originaire de la société civile et natif du Sud Kivu, où il se prévaut, entre autres, d’appuis au sein de la communauté Banyamulenge(Tutsis congolais) a guerroyé avec bec et ongles contre le favori du sérail. Ayant échoué l’an dernier à être désigné comme le dauphin de Kabila ou à occuper le poste de Premier ministre, il n’a pas reculé devant l’épreuve de force, refusant de retirer sa candidature au Sénat, une fronde qui a fait monter sa cote dans l’opinion.
La raison du plus fort a cependant fini par imposer Alexis Thambwe Mwamba, un homme au passé mouvementé : avocat originaire du Maniéma, il fut naguère directeur de la Symetain, la société fondée par le baron Empain, devenue la Sominki et rachetée à vil prix par la société canadienne Banro, il rejoignit les rebelles pro rwandais du RCD Goma au nom desquels il revendiqua l’attaque menée à Kindu en 1998 contre un avion qui transportait 50 civils, avant de se rallier au clan Kabila. Visé par la justice belge et internationale, sa vulnérabilité fait aussi sa force : cet homme expérimenté doit sa survie politique au clan Kabila qui peut donc compter sur sa totale loyauté. Thambwe Mwamba sera cependant privé d’un autre homme fort, Evariste Boshab, évincé de la vice-présidence. En outre, l’élection de Thambwe Mwamba, moins facile que prévu, n’aura sans doute pas été gratuite : lorsqu’ils se sont rencontrés au sommet, voici une semaine, le président sortant Joseph Kabila et le président en titre Félix Tshisekedi se sont ouvertement réjouis d’avoir trouvé un terrain d’entente et jeté les bases d’une cohabitation pacifique. Dans les jours qui viennent, la publication du gouvernement de coalition devrait révéler le résultat de ces tractations qui auront peut-être été influencées par la bataille du Sénat…