2 août 2019

Dans l’Est du Congo, la violence a fait plus de morts qu’Ebola

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Ce message nous est adressé depuis un bateau qui fait la navette entre Goma et Bukavu : « tous les bateaux sont empêchés d’accoster dans la capitale du Sud Kivu à cause d’un cas suspect d’Ebola. Le temps passé dans ce bateau surchargé nous indigne car durant ce temps, la personne infectée est en contact avec d’autres passagers. Des vies humaines sont en danger. Un peu d’humanisme par pitié… » Un autre message précise : » nous sommes au port avec toutes les autorités, dont la mairie, la GDM (migrations) la Monusco, l’OMS, l’hygiène, la santé, tous les services spécialisés. Je comprends que cette épidémie est vraiment l’affaire de tous… »
Depuis que le 17 juillet, un pasteur de 49 ans venu de Butembo et originaire de Bukavu est mort dans un centre de santé de Goma après avoir tenté de dissimuler son état de santé et son identité, la panique a gagné la capitale du Nord Kivu, où une deuxième victime est décédée ce mercredi tandis que les pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda, sont en état d’alerte. Chaque mois en effet, plus de 100.000 personnes traversent la frontière tandis que chaque jour des vols relient Goma à Kinshasa et de là au reste du monde.
Le 1er août, il y aura exactement un an que le premier cas de fièvre hémorragique a été détecté à Beni et après avoir par trois fois minimisé le phénomène, l’Organisation Mondiale de la santé a enfin décrété une situation d’urgence de portée internationale. Le premier objectif de cette déclaration est de mobiliser davantage de fonds et déjà, 300 millions de dollars ont été débloqués plus 100 millions de dollars provenant de
Le deuxième effet de cette mobilisation est de confier la responsabilité finale de la lutte contre le fléau à des instances internationales, dépossédant ainsi de leurs prérogatives les autorités sanitaires congolaises, dont le Ministère de la Santé.
A Beni, où il dirige les équipes de volontaires chargées de la riposte à Ebola, Me Omar Kavota ne cache pas son inquiétude : « alors que le Congo a déjà connu neuf occurrences d’Ebola et réussi à les maîtriser, cette fois la situation est différente : l’épidémie s’est déclarée dans une région en guerre, infestée de groupes armés qui compliquent le travail et rendent la situation difficile. Au sein de la population, la colère le dispute à la méfiance : les gens relèvent que les massacres de civils n’ont suscité que l’indifférence. A Beni, les élections ont été retardées de trois mois à cause de l’insécurité et accessoirement, d’Ebola. Mais qui s’en est soucié ? La violence a fait bien plus de morts que l’épidémie, mais rien n’a été fait pour maîtriser les groupes armés…Par contre, Ebola provoque aujourd’hui le débarquement de gens que nous ne connaissons pas, disposant de gros moyens, et la méfiance est généralisée… La démission du ministre de la Santé, qui venait de Kinshasa chaque semaine pour suivre la riposte, n’a fait qu’accentuer la méfiance… »
Le Dr. P, un médecin de la place, abonde dans ce sens : « la violence des groupes armés a fait plus de 30.000 morts , bien plus que les 1756 victimes d’Ebola, et personne n’a réagi. En fait, les gens pensent qu’on veut les exterminer et ils se méfient de tout le monde… » Aussi bien le médecin que l’avocat reconnaissent que « seule une approche multi sectorielle pourrait vaincre les résistances au sein de la population. Il faudrait que tout le monde travaille ensemble, mais on en est loin… Dans les cas où, ensemble, les leaders religieux et politiques, le personnel soignant se faisaient vacciner en public, ils réussissaient à vaincre la méfiance de la population, mais ce n’est pas arrivé souvent. » Pour les équipes chargées de la riposte, la tâche est ingrate, et dangereuse : des voitures ont été caillassées, un épidémiologique camerounais qui accompagnait une équipe a été tué, des centres de santé incendiés. Le délabrement général du système congolais, en particulier dans ce Nord Kivu en guerre, aggrave les problèmes : les derniers chiffres de l’OMB établissent que 30% des infections sont d’origine nocosomiales ! Autrement dit, c’est dans les centres de santé, les institutions hospitalières que les risques d‘infection sont les plus élevés ! Me Kavota ajoute : « les gens fréquentent aussi les centres privés, tenus par des religieux de toutes obédiences ou par des personnes désireuses de faire de l’argent mais ignorant les règles de base. »
Et de rappeler que le pasteur, décédé à Goma, avait, avant de quitter Béni, pratiqué l’imposition des mains au nom du Christ