27 août 2019

Le nouveau gouvernement congolais entre en piste

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Des seconds couteaux qui incarnent l’indispensable compromis entre Tshisekedi et Kabila

Enfin… Après d’ultimes réglages et sept mois après l’investiture du président Tshisekedi, la composition du nouveau gouvernement congolais a enfin été dévoilée par le Premier Ministre Sylvestre Illunga Illunkamba alors que le chef de l’Etat s’envolait pour le Japon.
Le défi à relever était de taille : il fallait que la nouvelle équipe illustre à la fois le changement réclamé par la population et promis par le nouveau président tout en tenant compte de la réalité d’un rapport de forces toujours favorable au président sortant Joseph Kabila. En effet, la plate forme des FCC, (pro Kabila), garde toujours la majorité à l’Assemblée et au Sénat et exigeait initialement de conserver la plupart des ministères régaliens. Des compromis ont donc du être trouvés à l’issue de longues tractations et aussi de contacts personnels entre le président sortant Kabila et son successeur Tshisekedi qui avaient tous deux à cœur de préserver l’image d’une transition apaisée. L’une des méthodes permettant de satisfaire tout le monde fut évidemment de faire jouer la loi du nombre : le nouveau gouvernement comprend donc 65 membres dont 42 sont issus des FCC et 23 de Cap pour le Changement, Cach, issue de l’alliance entre l’UDPS de Félix Tshisekedi et l’UNC de Vital Kamerhe, qui demeure toujours son très puissant et très habile directeur de cabinet.
L’autre versant de la stratégie de l’apaisement a été de retirer les « premiers couteaux », soit les éléments les plus en vue, sinon les plus conflictuels, dans les deux camps et surtout dans celui de Kabila. Place a donc été réservée à des « seconds couteaux », représentant des générations plus jeunes, au détriment de personnalités de poids mais héritières d’un lourd passé. Restera à savoir si les nouveaux venus pourront se défaire de l’influence des grands leaders politiques demeurés dans l’ombre.
Exit donc, entre autres, Lambert Mende Omalanga, qui fut longtemps porte parole du gouvernement sortant et donnait parfois l’impression d’exprimer tout haut les pensées de Kabila, exit Kalev Mutomb, qui dirigea l’ANR (services de renseignement) et aurait gardé jusqu’en dernière minute ses chances pour le ministère de la Défense, son collègue François Beya demeurant, lui, conseiller spécial du président. D’autres « hommes forts » ont également été écartés de la liste, comme She Okitundu l’ancien ministre des Affaires étrangères, Henri Mova Sakanyi qui dirigeait le parti présidentiel PPRD ou Emmanuel Shadary, le « dauphin » malheureux et ex-ministre de l’Intérieur…Martin Kabwelulu, l’ancien ministre des Mines qui avait mené la bataille contre les multinationales a disparu de la liste, tout comme le puissant Moïse Ekanga, l’homme des contrats chinois, qui avait été pressenti comme Ministre des Mines mais se heurta lui aussi au veto du président Tshisekedi.
Si les piliers du système Kabila ont été écartés, les transfuges politiques n’ont pas été récompensés pour autant : Tryphon Kin Kiey Mulumba, l’équilibriste de talent (fondateur du Soft) qui après avoir lancé le mouvement Kabila Désir ( !) avait rejoint l’opposition à la veille du scrutin, n’a pas été repris, pas plus que deux personnalités marquantes et controversées de l’Est du pays, Antippas Nyamwisi, l’homme fort de Beni et Modeste Bahati Lukwebo qui revendiquait quatre portefeuilles pour son parti l’AFDC, le plus important au sein de la coalition pro Kabila. Ayant quitté les FCC avec fracas, le « frondeur » ne fut guère récompensé mais plusieurs transfuges de son parti ont hérité d’un ministère, à l’instar de Mme Nene Nkulu, nommée Ministre d’Etat à l’emploi.
Restera à suivre le prochain train de nomination des mandataires des entreprises publiques, qui permettront peut-être des repêchages. Tous les caciques n’ont cependant pas été écartés : Azarias Ruberwa, ancien leader des rebelles du RCD Goma, représentatif des Banyamulenge du Sud Kivu et très écouté par Kabila a hérité du ministère de la Décentralisation et des réformes institutionnelles tandis que Célestin Tunda ya Kasende, un homme influent mais peu médiatisé a été nommé ministre de la Justice et Vice-Premier Ministre.
Du côté de la coalition Cach, un homme influent comme Vital Kamerhe a préféré rester aux commandes du cabinet présidentiel et mettre en piste des lieutenants fidèles tels que David Jolino Makelele, ministre de la Communication et des médias et installer aux Finances Jose Sele Yalaghuli, qui fut directeur général des impôts alors que l’intraitable Matata Mponyo était Premier Ministre.
Des membres éminents de l’UDPS ont été récompensés de leur fidélité au parti comme Rubens Mikindo, qui devient ministre des Hydrocarbures ou Gilbert Kankonde Malamba qui hérite du Ministère de l’Intérieur avec un premier problème à résoudre, sa nationalité belge et son passeport émis dans la commune de Beersel! Quant à Marie Ntumba Nzeza, qui hérite du Ministère des affaires étrangères, elle incarne le réel changement, qu’il s’agisse du genre ou de la qualification : cette militante féministe, proche de Félix Tshisekedi, fut à Bruxelles membre du Cafcod (cadre permanent de concertation de la femme congolaise) et est diplômée en sciences sociales de l’ULB. Dès son retour au Congo, elle avait été nommée secrétaire générale adjointe de l’UDPS en charge de la diplomatie. Deuxième femme congolaise à la tête de la diplomatie, la première ayant été Mme Elikya Liyondo nommée par le président Mobutu, Mme Ntumba Nzeza symbolise aussi l’un des nouveaux potentiels du Congo : une diaspora nombreuse et formée qui désire regagner son pays pour participer à son développement…