12 septembre 2019

Une question douloureuse au Congo: quinze millions de dollars portés disparus

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Neuf mois après des élections au résultat controversé, le nouveau gouvernement congolais a prêté serment et le Premier Ministre a présenté son programme, le chef de l’Etat Félix Tshisekedi a conforté sa popularité en promettant la gratuité de l’enseignement et en entamant plusieurs grands aménagements routiers. Mais un premier coup de grisou secoue déjà la coalition CACH qui réunit deux partis d’opposition, l’UDPS de Tshisekedi et l’Union nationale pour le changement, le parti de Vital Kamerhe. Ce dernier, qui reste le tout puissant directeur de cabinet du chef de l’Etat, l’homme aux commandes de la République, doit faire face à une question embarrassante que la presse martèle à satiété : « où sont passés les 15 millions de dollars provenant d’une « décote » des produits pétroliers et qui devraient avoir été versés au Trésor public ?
C’est un rapport de l’Inspection générale des Finances, publié en juillet dernier, qui a soulevé le sujet, assurant n’avoir pas trouvé trace de cette somme dans les comptes publics. Le fond de l’affaire est complexe, assez technique : le Trésor public devait verser 100 millions de dollars aux sociétés pétrolières en compensation d’ un manque à gagner et toucher 15% de cette somme en raison d’une décote. Essayant de retracer la somme, l’IGF assure ne plus en avoir trouvé trace, ce qui ouvre la porte à tous les soupçons.
La contre attaque de Vital Kamerhe, premier à monter au créneau, a porté sur plusieurs points : il assure que l’argent n’a pas été détourné et que le comité de suivi des produits pétroliers pourrait le confirmer. Le simple bon sens pourrait aussi ajouter que durant les neuf mois qui ont précédé la mise en place du gouvernement, l’Etat, désireux de marquer le changement, a du procéder à des décaissements urgents, entre autres pour lancer certains travaux publics. Durant ces mois sans gouvernement, les décisions ont été centralisées sans que l’administration puisse en assurer le suivi et certains déboursements pourraient ne pas avoir été orthodoxes… L’autre axe de la contre attaque vise l’Inspection des Finances elle-même : qui donc lui a demandé de mener cette enquête ? Le 24 août, Kamerhe, dénonçant une « machination » , a prié l’inspection générale des finances de cesser toutes ces missions de contrôle jugées illégales tandis que le président Tshisekedi lui-même, s’exprimant devant le Forum Makutano rassemblant des opérateurs économiques, a critiqué indirectement les inspecteurs de finances en déclarant, de manière elliptique, que les membres de la FEC (Fédération des entreprises du Congo) ne devaient pas être considérés comme du gibier…
Autrement dit, il est clair que le zèle de l’IGF dérange car à ce stade, même si rien n’indique que les 15 millions « égarés » aient été utilisés à des fins d’enrichissement personnel, l’opinion aimerait en connaître l’utilisation…
La publicité donnée à cette affaire, le malaise perçu au sommet de l’Etat révèlent aussi les contradictions d’un nouveau pouvoir qui est obligé d’afficher une improbable unité : si Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe s’apprécient et semblent travailler en symbiose, qu’en est il de leurs formations politiques respectives ? Et ne peut on imaginer que le « coup de Jarnac » de l’IGF ait été inspiré par le FCC (Front commun pour le Congo) toujours fidèle à Joseph Kabila, majoritaire à l’Assemblée et qui voit certainement d’un mauvais œil la popularité grandissante d’un Félix Tshisekedi qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille ?