18 septembre 2019

Chasser les poussières sous le tapis rouge

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C

La politique a ses raisons… Pour accueillir le président congolais Felix Tshisekedi, la Belgique n’a pas lésiné sur les symboles de légitimation : honneurs militaires, réception par le Roi Philippe, signatures de lettres d’intention et rencontres multiples, entre autres avec les milieux d’affaires. Il y avait longtemps que l’on n’avait, à ce point, mis les petits plats dans les grands et ni Laurent Désiré Kabila le vieux rebelle ni son fils Joseph qui avait cependant rendu hommage à l’œuvre de Léopold II n’avaient eu droit à tant d’égards…
Visiblement, l’ancienne puissance coloniale a voulu mettre fin à l’ère glaciaire des dernières années d’un Kabila de plus en plus impopulaire et soupçonné de vouloir rester au pouvoir. Après les réticences suscitées par le déroulement des élections (dont les chiffres définitifs n’ont jamais été publiés par la CENI) comment expliquer que l’on sorte le tapis rouge et que l’on balaie sans états d’âme les poussières d’un passé encore proche ?
La position adoptée par l’Eglise catholique fut sans doute le premier moteur du changement : tout en affirmant connaître le véritable vainqueur des élections, les évêques choisirent de s’incliner devant le verdict de la Cour Constitutionnelle, cette « vérité judiciaire » qui n’a rien à voir avec l’arithmétique mais qui eut, à l’évidence, une capacité de pacification des esprits. Une autre raison fut l’attitude de la région : les Etats voisins du Congo accueillirent sans réserve le nouveau chef d’Etat, qui se retrouva même deuxième vice président de l’Union africaine. Et la troisième raison, non la moindre, fut la personnalité de Félix Tshisekedi lui-même : dès sa prestation de serment il adressa à Bruxelles un message très chaleureux souhaitant la normalisation des relations entre les deux pays. Mais surtout, il prit un certain nombre de mesures de décrispation, comme la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés, l’ouverture de l’espace médiatique, tout en mettant en œuvre des mesures sociales, avant même de savoir comment les financer. Multipliant les voyages à l’étranger mais aussi les bains de foule à l’intérieur du pays, Félix Tshisekedi a révélé un réel charisme et si la Belgique, s’était obstinée à l’ostraciser à cause de sa cohabitation avec Kabila, elle se serait écartée elle-même du dossier congolais, perdant définitivement une expertise de plus en plus fragile.
Le réalisme politique a donc prévalu et on a envie de reprendre le refrain d’ « indépendance chacha » : tout oublier, tout pardonner…Mais entre la chanson et la réalité, il y a de la marge : certains Congolais n’ont pas oublié l’intransigeance de l’ancienne métropole ni les préférences ouvertement affichées envers certains candidats , d’autres lui reprochent une volte face opportuniste tandis qu’à Bruxelles nul n’ignore les failles et les contradictions du nouveau régime bicéphale. Mais au pessimisme de la raison on préfère désormais l’optimisme de la volonté et en ces jours de lune de miel chacun se surprend à soupirer « pourvu que ça dure… »