25 septembre 2019

Ebola: Médecins sans frontières dénonce le “rationnement” des vaccins

Catégorie Non classé

Plus d’un an après le début de l’épidémie, Ebola tue toujours dans le Nord Est de la RD Congo : au 18 septembre, l’OMS avait enregistré 2108 décès sur un total de 315O cas recensés (soit environ deux sur trois…) et si à Goma on n’a pas déploré de nouvelles victimes, en revanche des cas suspects ont été enregistrés dans les environs de Bukavu, au Sud Kivu. Si la mobilisation des équipes chargées de la riposte reste intense, elle demeure cependant handicapée, non seulement par l’insécurité due aux groupes armés mais surtout par le manque de vaccins disponibles.
Médecins sans Frontières-France, qui opère en première ligne dans la lutte contre le fléau aux cotés des équipes congolaises de la riposte, déplore cette carence et, dans un communiqué cinglant, met en cause l’Organisation Mondiale de la santé, chargée de la gestion des stocks, qu’elle accuse de « rationnement ». Le Docteur Isabelle Defourny, directrice des opérations à MSF, relève qu’à Genève, « la gestion s’avère bureaucratique, manquant de transparence, et cela alors que c’est l’OMS qui coordonne exclusivement toutes les données concernant l’épidémie, dont les protocoles d’études et les données vaccinales. »
Rappelons qu’en juillet dernier, qualifiant Ebola d’ «urgence sanitaire internationale » l’OMS avait, dans les faits, dépossédé l’autorité congolaise de son droit d’initiative, ce qui avait, entre autres raisons, entraîné la démission du Ministre congolais de la santé Oly Ilunga. « Après un an, les résultats pourraient être meilleurs » relève Isabelle Defourny, car, à la différence des autres occurrences d’Ebola, nous disposons ici d’un outil performant, à savoir un vaccin qui a fait la preuve tant de son innocuité que de son caractère performant. »
Il s’agît du vaccin dit rVSV-Zebov, produit par la société Merck, il a été utilisé avec succès contre la souche « Zaïre » du virus Ebola qui a sévi en Guinée en 2015 2016 et son usage a été recommandé par le groupe d’experts SAGE (Strategic Advisory Group of Experts Of Immunization). « Le seul handicap du vaccin Merck » , relève la directrice de MSF, « c’est qu’il est difficile à produire. » Par contre, relève-t-elle, « la fabrication du deuxième vaccin, produit par la société Johnson et Johnson, est plus facile et deux millions de doses pourraient être disponibles. Le problème, c’est que si le vaccin Merck a été testé avec succès en Guinée, le vaccin de J and J, lui, est toujours en phase d’évaluation et n’a pas encore été testé dans des conditions réelles d’épidémie. En outre, il demande deux prises, à 56 jours d’intervalle… »
MSF relève cependant que la société Merck a déclaré qu’en plus des 245.000 doses déjà délivrées à l’OMS, elle était prête à envoyer 190.000 autres doses si nécessaire et que 650.000 doses seraient mises à disposition dans les 6 à 18 prochains mois.
Durant longtemps, pour expliquer les lenteurs de la vaccination et celles de l’administration des traitements, (efficaces s’ils sont administrés aux malades endéans les huit jours) on a mis en avant la méfiance, l’ignorance des communautés congolaises, ainsi que l’insécurité dans la région de Beni. MSF, tout au contraire, relève que « davantage de gens demanderaient à être vaccinés si on leur faisait clairement savoir qu’ils pourraient être protégés grâce à un vaccin efficace et si on leur faisait connaître l’existence de traitements qui ont fait leurs preuves. Il faut cesser de rendre les communautés responsables de leurs morts ».
De son côté, l’OMS a répliqué qu’elle ne pouvait envoyer au Congo tous les vaccins disponibles car des stocks d’urgence demeuraient nécessaires au cas où le virus se propagerait dans les pays voisins et que sur le terrain, les vaccins ne pouvaient être envoyés en grande quantité, au risque d’interrompre la chaîne du froid…
A noter que le Rwanda a déjà décidé de faire vacciner les milliers de travailleurs frontaliers qui chaque jour se rendent au Kivu et que l’Ouganda a pris des mesures similaires.
Sur le terrain, la méfiance persiste cependant : à Beni, le comité d’appui à la riposte nous communique que la semaine dernière encore 18 maisons accueillant le personnel soignant avaient été incendiées dans le village de Lwemba, près de Mambasa après la mort d’un infirmier et que beaucoup se demandent si les retards dans la distribution du premier vaccin ne s’expliqueraient pas aussi par la volonté d’imposer le deuxième…