2 octobre 2019

D’autres viendront… Un roman “conradien”…

Catégorie Non classé

Sous la plume d’un diplomate, spécialiste de l’Afrique mais qui a aussi mené sa carrière dans l’audiovisuel (TV5 Monde, Arte…), voici un roman dont le véritable héros est le fleuve Congo et dont l’action ne se situe pas au temps de Conrad ou des aventuriers modernes, mais dans une autre époque, celle qui s’annonce…Embrayant sur les sombres prévisions écologiques qui hantent aujourd’hui les esprits, Richard Boidin ne se transporte pas très loin dans le temps, juste quelques années après 2020, un temps où la Cour pénale internationale fonctionnera toujours, où les Nations unies n’auront pas encore fermé boutique, où le génocide rwandais sera encore présent dans les souvenirs…Mais dans ce temps que nous pourrons encore connaître, la situation de la planète aura encore empiré, la destruction des espèces vivantes se sera accélérée. A tel point qu’un survivant des époques antérieures (la génération de l’après guerre en Europe…) aura eu le temps de concevoir et de concrétiser une utopie, celle de vastes « zones libérées » où quelques rescapés tenteront de préserver les espèces animales et végétales, se retranchant d’un monde dominé par les prédateurs… Voilà pour la vision, prémonitoire peut-être… La trame du roman est, elle, plus concrète : on y retrouve une grand-mère qui rêve de retrouver son petit-fils, disparu quelque part le long des rives du fleuve Congo, un juge à la CPI, des accusés mis sur le gril par la justice internationale.. Une intrigue compliquée, prenante, à la fois improbable mais possible, une fiction dont on a quelquefois du mal à démêler les fils mais dont on ne peut interrompre la lecture car elle évoque un monde qui pourrait advenir…
Boidin a ratissé large, entrecroisé plusieurs histoires, plusieurs prémonitions et son récit parfois touffu est sauvé à la fois par son évocation d’un Congo « conradien » qui sacrifie parfois au mythe du « coeur des ténèbres » et par ses personnages dont l’humanité transcende la «thèse » du roman.