16 octobre 2019

Bruxelles, “Africapitale” de la diversité

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Aux halles de Schaerbeek, c’est la fête. Fête de Bruxelles, la ville aux 184 nationalités, fête des Africains, qu’ils soient du Nord, du Sud, du Centre… Fête du talent aussi, qui éclate dans la poésie, la mode, le théâtre, la danse… Mardi soir, Seiffeddine Manaï, venu de Tunis, a pris possession de la Grande Halle. Pour l’occasion, ce vaste espace a été rendu méconnaissable, avec ses structures de bois, ses cloisons qui séparent afin de permettre la rencontre, le repos…Pendant que les uns déambulent, ou, assis quelques instants, font connaissance et entament d’infinies conversations, le danseur venu de Tunisie se déploie au centre de la Halle devenue place publique à ciel couvert. Avec énergie, ici comme hier à Tunis pendant la révolution, il joue avec l’espace urbain, fédère les énergies. Mardi prochain, entouré de ses pièces de bois, éclairé par ses lasers, Qudus Onikeku, le grand chorégraphe nigérian, prendra lui aussi possession des lieux, il oscillera entre le monde des rêves et celui des esprits et interprétera Spirit Child, l’une de ses créations…D’autres danseurs encore, programmé ou spontanés seront appelés à évoluer dans un espace qui se transformera de jour en jour, grâce à des plasticiens amenés en résidence à Bruxelles par la Fondation Montresso, installée près de Marrakech. Depuis le premier jour d’Africapitales, le peintre et sculpteur béninois Nathanaël Vodouhé s’affaire. Concentré sur son travail, il taille de hauts troncs d’arbres élancés, les effile plus encore, les peint, les fixe au sol. Bientôt émergera au cœur des Halles un étrange ensemble de 25 pièces qu’il appellera « la forêt de nos addictions ». Un autre résident provisoire, l’Ivoirien Pascal Konan réalise à même le sol une fresque géante, à base de composantes électroniques. Son but est d’ illustrer la difficulté de la gestion des déchets de la plus modernes des activités humaines.
Durant ces trois semaines d’octobre, les Bruxellois sont invités à visiter ce vaste lieu, devenu capitale de la création africaine, à se promener en curieux sur ce chantier toujours mobile. Dès le 22 octobre, les visiteurs découvriront aussi Bruxelles, exposée sur les murs dans toute sa diversité.
Gens de Bruxelles

Bwanga Pili Pili, travaillant surtout à Paris, est à l’origine, avec Laïd Liazid, d’un projet ambitieux : « avec notre équipe, nous avons sillonné les principaux marchés de la ville, commençant le lundi par le marché de Saint Job, poursuivant par la place du Châtelain, la place du Jeu de Balle, les Abatttoirs, la place Bara… Partout, nous avons trouvé des «Afrodescendants », des Africains installés à Bruxelles depuis plus ou moins longtemps… Non contents de faire leur portrait, nous avons écouté leurs récits. Plusieurs dizaines de portraits liant photographies et interviews minute aboutiront ainsi à une œuvre plastique à format multiple, appelée « gens de Bruxelles » : les photos seront exposées sur les murs des Halles, et un site ainsi que des QR codes donneront accès à l‘histoire des habitants. » Mwanga Pili Pili, originaire de Goma, s’extasie des « mélanges » bruxellois : « quelle diversité ! Il y a eu les diverses vagues de migrations, la première génération arrivée au lendemain des indépendances, mais aussi les réfugiés d’aujourd’hui ou, à Uccle ou Ixelles, des employés de sociétés ou d’organisations internationales… »Toutes ces histoires qui vont s’entrecroiser sur les murs des Halles stupéfient d’avance le romancier marocain Mahi Binebine, venu de Marrakech présenter son dernier livre « Rue du Pardon » et qui ne s’attendait pas à un tel foisonnement d’identités et de créations artistiques. Et s’il n’y avait que la danse, les spectacles, les livres, les créations en devenir ! Les Halles, grâce à Africapitales seront aussi un haut lieu de la mode : Aïssa Diome a réhabilité des fibres africaines traditionnelles, Julie Menays présentera le travail qu’elle mène dans son atelier voisin de la place du jeu de Balle, une autre créatrice montrera son travail sur les turbans, tandis que, en clôture, le Brussels Africa Market se présentera comme un véritable incubateur de cette créativité africaine qui enrichit Bruxelles. La direction des Halles, un peu débordée par le foisonnement des initiatives, a décidé de « laisser rouler » : « nous avons fixé le cadre du festival, modifié en conséquence la disposition des lieux, invité les artistes avec l’aide de la Coopération belge, mais maintenant, nous laissons la place aux Bruxellois Afrodescendants. A leur tour d’occuper les lieux, de déployer leur imagination et leur talent, de créer les liens… »