16 octobre 2019

Congo: un pari sur la beauté

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Et si, avant tout, il y avait la beauté ? La jeunesse ? L’espoir ? L’éditeur Olivier Weyrich, l’agronome Alain Huart, qui ont déjà écrit et publié tant d’ouvrages sur le Congo, en ont assez du « Congopessimisme » cette paresse de la pensée qui consiste à se cantonner aux mauvaises nouvelles et aux sombres prévisions. Ils en ont eu assez des sempiternelles critiques sur les relations belgo congolaises, toujours perçues comme un sac d’épines, où le passé n’est valorisé que pour mieux dénigrer le présent et hypothéquer l’avenir. Bref, ils ont pensé qu’il était temps de dire autre chose, de montrer la beauté et de parier sur les chances du Congo.
D’où le premier numéro d’une publication originale, un « mook », -condensé de livre et de magazine- qui porte un titre déjà engagé « Beauté Congo », sorti de presse à l’occasion d’une « semaine belge » organisée à Kinshasa. Les auteurs ne renient pas l’histoire : au-delà des crises périodiques, ils connaissent la profondeur des relations entre les deux pays, ils ont mesuré la force des liens personnels, des solidarités, de cette insatiable curiosité que le Congo suscite encore en Belgique, y compris, quoiqu’on en dise, au sein des jeunes générations qui ne demandent qu’à illustrer leurs rêves. C’est pourquoi ce « mook « est aussi un livre d’images : de page en page, les photos se succèdent, montrant la splendeur de la forêt inondée, du parc marin des mangroves, l’ingéniosité des femmes sur le chemin de l’eau…A feuilleter ce premier numéro, on découvre (sans trop de distance critique…)que les entreprises belges sont encore bien présentes au Congo, qu’il s’agisse de groupes comme Chanic (chantiers navals) ou Texaf, entreprise textile reconvertie dans l’immobilier. Lors du voyage en Belgique du président Tshisekedi, l’accueil qui lui a été réservé a démontré, si besoin en était, combien l’ ADN belgo congolais demeure une réalité et surtout combien la diaspora congolaise faisait désormais partie du paysage de Bruxelles et des autres grandes villes…
Cependant, parier sur l‘avenir du Congo, c’est aussi, en même temps, montrer son potentiel et ne pas ignorer les menaces qui hypothèquent l’espoir. Alain Huart, qui arpente les brousses depuis des décennies, connaît tous les cours d’eau du pays et s’extasie toujours devant la diversité des peuples du Congo est aussi un scientifique lucide, aussi conscient des périls écologiques que des solutions que le Congo pourrait apporter au dérèglement climatique. C’est ainsi, par exemple, qu’il consacre un long reportage au puit de carbone gigantesque que représente, au cœur de la forêt vierge, la plus grande zone tourbière du monde. Soit 145.000 km2 couverts de feuilles qui dans l’humidité de la forêt se décomposent lentement et sont capables d’absorber l’équivalent de trois années de pollution mondiale ! Comme le reste du territoire, la tourbière est cependant attaquée, par les feux de savane, les coupes sauvages, l’exploitation agricole (banane et riz entre autres) et, in fine, par l’explosion démographique d’un Congo qui n’est pas encore entré en phase de transition. Les mangroves qui bordent le littoral atlantique représentent elles aussi un puit de carbone, aussi fascinant que menacé. Tout est ainsi dans ce « mook » inhabituel, à l’image du Congo : des zooms sur des paysages prodigieux, sur des galeries d’art qui commencent enfin à révéler de jeunes talents mais aussi des mises en garde environnementales et démographiques. Un pari sur l’avenir certes, mais dont l’optimisme est balisé par la lucidité…

Beauté Congo, Octobre 2019, éditions Weyrich