27 octobre 2019

Une opération militaire régionale suscite la méfiance à l’Est

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Vive émotion à l’Est du Congo : selon des documents provenant de l’état major les chefs d’état major des pays de la région (RDC, Burundi, Rwanda et Ouganda) devraient, fin octobre, mettre au point une offensive commune contre les groupes armés étrangers qui dévastent le Nord et le Sud Kivu. Un état major intégré serait mis sur pied et il travaillerait en coordination avec la Monusco et la force africaine Africom.
Cette offensive serait destinée à réaliser la promesse faite par le président Tshisekedi lors de ses voyages dans l’Ituri et dans les deux Kivu : mettre définitivement hors course les groupes armés, congolais et étrangers, qui dévastent la région depuis plus de vingt ans. Les principales cibles de l’offensive sont les ADF Nalu, (Allieddefense forces). Ce groupe, d’origine ougandaise, opère dans l’Ituri mais possède des bases dans le parc des Virunga. Présenté comme « islamiste », il compterait dans ses rangs des « shebabs » somaliens et kenyans. Sont également visés les FDLR rwandais (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) : ces descendants des réfugiés hutus arrivés au Congo en 1994 au lendemain du génocide se sont depuis longtemps « enkystés » dans la forêt congolaise. Ils s’y livrent au trafic de charbon de bois, (vendu au Rwanda…)contrôlent des mines de colombo tantalite et sont accusés des pires exactions à l’encontre des populations civiles, viol des femmes et recrutement d’enfants soldats. D’autres groupes d’origine congolaise sont aussi visés : lesRedTabara, les Nyatura et le NDC rénové, sans oublier des factions burundaises.
Si les préparations d’opérations militaires qui seraient menées sur le sol congolais par des armées des pays voisins inquiètent vivement les populations de l’Est, c’est parce que la méfiance est généralisée : tous ces groupes armés, qui vivent de l’exploitation des ressources et de la terreur exercée sur les civils, ont aussi multiplié entre eux des alliances autant opportunistes qu’équivoques. Un seul exemple : il est régulièrement question d’infiltrations au Rwanda, via l’Est du Congo et le Burundi, d’hommes armés appartenant au RNC, le mouvement d’opposition rwandais dirigé depuis l’Afrique du Sud par le général KayumbaNyamwasa. Ces opposants au régime du président Kagame sont des Tutsis, mais sur le terrain, ils auraient noué des alliances avec les Hutus des FDLR, tout en bénéficiant de certains soutiens au sein de l’armée ougandaise, qui est cependant alliée de Kigali…
A ces équivoques régionales s’ajoutent des complicités au sein de l’armée congolaise elle-même qui demeure infiltrée par d’anciens rebelles. En effet, depuis les accords de paix de 2002, des groupes armés, bénéficiant de mesures d’amnistie, ont été réintégrés au sein des forces régulières et certains de leurs chefs, non seulement occupent des postes de commandement mais bénéficient d’une impunité totale, soutenus qu’ils étaient par l’ex président Joseph Kabila.
Le député Juvénal Munobo, élu dans la zone minière de Walikale sur les listes du parti UNC (Union pour la nation congolaise) s’est déjà opposé très explicitement à cette opération militaire conjointe et plus particulièrement à la pénétration de troupes étrangères (ougandaises et rwandaises) en territoire congolais.
Le député assure qu’en réalité, des militaires rwandais seraient déjà rentrés en territoire congolais, dont deux bataillons des forces spéciales.Selon des sources locales, des militaires rwandais portant uniforme congolais seraient déjà déployés dans le Ruwenzori, près de la frontière ougandaise, chargés de combattre les hommes du RNC du général Kayumba.
Le mouvement citoyen Lucha critique lui aussi ce projet de force armée interrégionale et rappelle les échecs cuisants des opérations précédentes, UmojaWetu et Amani Leo, menées avec les pays voisins et, comme le député Munobo, Lucha considère que l’apport des armées étrangères doit se limiter à l’échange de renseignements. Lucha rappelle aussi que la brigade d’intervention régionale de la Monusco dispose de moyens importants et pourrait suppléer à l’apport contesté des pays voisins. Une autre couac de mauvais augure vient de surgir, l’Ouganda refusant de participer aux opérations aux côtés de son voisin rwandais…