18 novembre 2019

La Fleur en papier doré offre un bouquet à Pierre Mertens

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S’il est bien un endroit mythique à Bruxelles, c’est « la Fleur en papier doré » rue des Alexiens. Rénové, agrandi, doté d’une salle de réunion, d’une cuisine moderne, animé par l’équipe dirigée par Geert van Bruaene, le bistrot n’a gardé de son passé glorieux que la petite salle donnant sur la rue des Alexiens, avec ses tables en bois, son sol carrelé et cette ambiance inimitable qui séduisit tant d’écrivains « belges ». Qu’il s’agisse de Marcel Marien ou d’Hugo Claus, d’Irène Hamoir ou de Louis Scutenaire, de Paul Colinet ou de Louis Paul Boon, ils sont nombreux à s’être attablés ici, pour écrire, discuter autour d’une chope, ou pour démontrer ainsi que devait le rappeler Jacques de Decker, secrétaire de l’ Académie, qu’il existe bien une littérature « belge » qui s’exprime, aujourd’hui encore, dans les deux langues, le français et le néerlandais…
Il était donc logique que, pour fêter son 80e anniversaire, Pierre Mertens, aussi « nobélisable » qu’Hugo Claus, et l’un des derniers « monstres sacrés » du panthéon littéraire belge ( la prétention en moins) ait choisi à son tour de réunir ses amis dans le petit estaminet, à l’occasion d’une soirée consacrée à l’œuvre mais surtout à la vie même de l’écrivain…
Jacques Sojcher, Jacques de Decker, Guy Scarpetta et tant d’autres ont d’abord parlé de l’amitié qui les lie à Pierre Mertens depuis des décennies, une amitié parfois nouée sur les bancs de l’école ou les travées de l’université. Ils ont aussi rappelé à quel point Pierre Mertens était ancré dans une littérature d’engagement, de témoignage, côtoyant des écrivains comme Jorge Semprun, Milan Kundera, Garcia Marquez, inscrivant son œuvre dans une époque marquée par l’après guerre, par les grands combats de la fin du siècle dernier et des questionnements sur l’ art, l’écriture, le témoignage, qui se poursuivent jusqu’aujourd’hui… Evoquer l’œuvre de Pierre Mertens, c’est aussi parler musique et rêver de Schubert, entrelacer l’intrigue romanesque par d’intenses échappées au cœur de la culture européenne, rencontrer des personnages comme celui de Godfried Benn ou les protagonistes de la question royale…
Une soirée avec Pierre Mertens et ses amis, c’est plonger dans le siècle, revivre ses combats et ses passions politiques tout autant que se laisser envahir par des souvenirs d’amour et d’affection, mais c’est aussi ouvrir les yeux sur le présent : dans cette petite salle capitonnée, entendre Scarpetta se demander si la deuxième guerre mondiale a jamais été réellement terminée ou de Decker évoquer les périls qui menacent nos démocraties, c’est aussi rester attentif au monde tel qu’il va, aux acquis menacés, aux périls nouveaux et, comme le héros de cette soirée d’exception l’a fait durant toute sa vie, lutter contre l ’endormissement de l’esprit et la soumission de l’âme…