20 novembre 2019

Spirale de violence au Sud Kivu

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Depuis plusieurs mois, le Sud Kivu est pris dans une spirale de violence, et plus particulièrement la région de Fizi et la zone dite des hauts plateaux où vit la communauté des Tutsis congolais Banyamulenge.
Le représentant de l’ONU à Kinshasa, François Grignon, s’en est ému, relevant qu’en octobre seulement, 90 « incidents » avaient été recensés entraînant le déplacement de plusieurs centaines de personnes dont les maisons avaient été incendiées. Des différends fonciers opposant les pasteurs Banyamulenge aux agriculteurs d’autres groupes ethniques(les Babembe et les Bafuleros entre autres) et portant sur la gestion des pâturages et des champs sont l’explication généralement donnée à ces violences qui ont entraîné plusieurs assassinats de chefs coutumiers et en mai dernier le meurtre d’un important notable banyamulenge. Au-delà de ces rivalités d’ordre foncier se trouve un conflit bien plus ancien : les Congolais du Sud Kivu n’ont jamais accepté la présence parmi eux de Tutsis banyamulenge, dont les premiers groupes, venus du Rwanda voisin, s’étaient installés sur les hauts plateaux du temps de la colonisation belge. Malgré la nationalité congolaise accordée par le président Mobutu à ces réfugiés tutsis et à leurs descendants, les relations avec les « autochtones » ont toujours été difficiles, aggravées par les guerres qui ont secoué la région depuis l’intervention des troupes rwandaises en 1996 lorsqu’il s’agissait de démanteler les camps qui abritaient les réfugiés hutus et de hâter la chute du président Mobutu. L’hostilité des « Congolais de souche » à l’encontre des Banyamulenge a été aggravée par le projet de donner le statut de commune à la petite ville de Mulenge au cœur des hauts plateaux. Aujourd’hui encore, cette région est hantée par les groupes armés de diverses obédiences : des Mai Mai congolais se présentant comme des défenseurs de leur terroir, des groupes d’opposants burundais, des Rwandais hostiles au régime de Kigali et, pour certains, appartenant au mouvement d’opposition dirigé depuis l’Afrique du Sud par le général Kayumba Nyamwasa, des groupes armés hutus semant la terreur parmi les civils… Bien décidé à rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, le président Félix Tshisekedi a déjà ordonné une offensive militaire contre les groupes rebelles du côté de Beni au Nord Kivu et il entend faire de même au Sud Kivu. Ces perspectives de guerre inquiètent d’autant plus les civils que, dans un premier temps, il avait été question d’associer les armées des pays voisins (Rwanda et Ouganda) à ces opérations dirigées, en territoire congolais, contre leurs opposants respectifs. Des plans, provisoirement suspendus, qui ravivent toutes les craintes d’invasion sinon de balkanisation du pays…