27 novembre 2019

Guillaume Soro: lutter autrement contre les djihadistes au Sahel

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Guilaume Soro, candidat à la présidence en Côte d’Ivoire : il faut lutter autrement contre la menace djihadiste, la solution militaire ne suffit pas…

A 47 ans, Guillaume Soro appartient déjà à l’histoire de la Côte d‘Ivoire : ancien leader étudiant, son arrivée en politique, en 1999, coïncide avec la crise qui secoue le pays dès qu’en 2000 Alassane Ouattara se porte candidat à la présidence de la République et que son principal rival, Henri Konan Bedié, successeur d’Houphouet Boigny, se défend en recourant au concept d’ « ivoirité ». Considéré comme la tête politique des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire, un mouvement considéré comme rebelle, Soro, à la faveur de plusieurs accords politiques, occupe divers postes ministériels jusqu’à devenir Premier Ministre de Laurent Gbagbo en 2007 puis, après la chute de Gbagbo et l’accession de Ouattara à la présidence, il préside l’Assemblée nationale jusqu’en février 2019. Depuis lors, l’ancien chef rebelle, l’ex-dignitaire qui a traversé toute la scène politique ivoirienne s’emploie à lisser son image, à prendre contact avec ses anciens adversaires et à prôner la réconciliation, dans la perspective des élections présidentielles qui doivent se tenir en octobre 2020.
Venu de Paris et aussi de La Haye où il a rencontré son ancien adversaire Charles Blé Goudé, lui aussi ancien leader étudiant et allié de l’ex-président Laurent Gbagbo, Guillaume Soro a présenté à Bruxelles le programme de son mouvement citoyen « Génération et peuples solidaires » (GPS) mais surtout insisté sur le principe de la réconciliation, encore inexistante : «entre Alassane Ouattara et moi, c’est l’un des principaux points de divergence.. Or rien ne sera possible en Côte d’Ivoire sans un processus de réconciliation viable et fiable et M. Blé Goudé a accepté d’y participer. Même si je n’ai pas encore rencontré M. Gbagbo, il y a des contacts entre nos équipes et j’ai bon espoir de voir l’ancien président intégrer le processus… Comme en Afrique du Sud, il nous faut instituer un processus de « vérité, repentance et réconciliation ». Les réparations viendront ensuite… » Au président sortant Alassane Ouattara, Soro reproche « la dérive autoritaire et l’augmentation du nombre de prisonniers politiques. En outre, le président sortant a voulu ramener le pays au parti unique d’avant 1990, revenant sur les acquis démocratiques.. »Se souvenant des troubles qui avaient marqué les élections précédentes, Soro considère que « tous doivent y participer… Nos alliés naturels sont tous les partis qui sont dans l’opposition, nous parlons avec tout le monde… »
Rappelant que, face à des adversaires septuagénaires, il incarne la jeunesse et calquant visiblement son mouvement GPS sur LRM( La République en marche) d’Emmanuel Macron, Guillaume Soro accepte cependant de quitter la scène ivoirienne pour un sujet plus brûlant encore, la poussée islamiste en Afrique de l’Ouest : «dans toute la sous région la menace est bien réelle, on voit la guerre au Mali, la fragilisation du Burkina Faso, du Niger. Face à ce péril, il nous faut apporter des solutions et notre priorité doit être la réconciliation, la stabilisation de notre pays. La solution militaire seule ne suffira pas : si les populations sont aussi impatientes et tentées par la radicalisation, c’est à cause de la pauvreté. En outre, elles ne comprennent pas pourquoi il y a cinq armées engagées sur le terrain, et sans aucun résultat ; en plus des armées nationales, il y a l’opération française Barkhane, la Minusma (force des Nations Unies au Mali) le G5 Sahel. A Paris, j’ai dit à mes interlocuteurs qu’il ne s’agissait pas d’une guerre conventionnelle mais que d’autres problèmes devaient être réglés en amont, comme la question de la pauvreté, de l’éducation, des injustices sociales… Tous ceux qui ne sont pas allés à l’école sont des candidats à la radicalisation et ils grossissent aussi le flux migratoire. J’ai abordé ces questions à Paris et ici, je compte le faire avec mes interlocuteurs européens, car il y a urgence…Nous sommes le prochain objectif des djihadistes et je préconise une solution dynamique, une réforme des services qui donnerait priorité au renseignement humain, une meilleure coopération au niveau de la région. Les frappes chirurgicales ne peuvent suffire, il faut la coopération des populations civiles, donc leur rendre confiance…»
Propos recueillis à Bruxelles