26 décembre 2019

Ituri: l’armée congolaise dénonce des complicités locales

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Dans l’Est du Congo, l’armée congolaise est déployée sur deux fronts : le Nord et le Sud Kivu où elle traque des groupes de réfugiés hutus rwandais dont 1800 combattants et dépendants ont été ramenés à la frontière de leur pays et l’Ituri, dans le « Grand Nord » du Nord Kivu, un vaste territoire voisin de l’Ouganda. La guerre en Ituri s’avère beaucoup plus complexe et surtout beaucoup plus meurtrière que les offensives menées plus au sud. En effet, en contrepoint des mouvements militaires, elle s’accompagne de tueries qui ont déjà fait plus de 200 morts.
Ces massacres à l’arme blanche, ces décapitations, ces enlèvements de femmes et d’enfants, ces prises d’otages correspondent à une politique de terreur qui a pour but de frapper l’opinion, de dissuader les FARDC de poursuivre leur offensive, mais aussi de jeter le discrédit tant sur l’armée nationale que sur les forces de la Monusco. Ces dernières sont accusées d’impuissance face à des groupes armés dont le nom générique est devenu « ADF » (Allied defense forces) un mouvement originaire d’Ouganda, dont les membres sont de confession musulmane et qui appartiendrait à la nébuleuse de l’Etat islamique. Déstabilisée par les massacres, doutant de tous les politiciens, abreuvée de rumeurs, la population ressent une méfiance qui s’étend aux FARDC, à la Monusco et même aux équipes de la riposte Ebola, dont les véhicules ont été attaqués à plusieurs reprises.
C’est pourquoi le porte parole de l’armée, le général Kasonga, a tenu à donner le bilan des dernières actions de l’opération « Sukola » et surtout à présenter un groupe composé de 37 rebelles identifiés comme des ADF. La composition de ce groupe tend à confirmer le côté international des ADF : sont ainsi apparus 18 Ougandais, 3 Tanzaniens, 3 Kenyans, un Burundais, et un Centrafricain. Faisant partie d’une « vague d’assaillants », ces hommes armés ont été capturés lors de la conquête de leurs bastions dans le Mayangose, à Mwalika, Chochota, Mapobu, Kidiwe…
Joint par téléphone, le général Sylvano Kasonga nous a confirmé que « 500 rebelles se trouvent entre les mains de l’armée congolaise, et ont permis à nos services de recueillir des informations importantes, à savoir que si ceux qui tuent en Ituri sont pour la plupart d’origine étrangère, les responsables du désastre sont des politiciens, des hommes d’affaires, des jeunes militants, aussi bien Congolais qu’étrangers. La plupart d’entre eux sont hors du pays mais d’autres sont présents à Beni, Butembo, Lubero, Kinshasa et d’autres pays de la région. Les tueurs sont totalement radicalisés : c’est ainsi que nous avons capturé une femme d’origine ougandaise, qui a préféré supprimer son bébé devant nos soldats, afin d’éviter que l’enfant soit un moyen de l’obliger à parler… »
Quelles pourraient être les motivations de ces Congolais qui commanditeraient ainsi le massacre de leurs compatriotes ? Pour le général Kasonga, « elles sont essentiellement politiques : d’aucuns, par la terreur, elles voudraient obliger les populations à fuir, afin que l’Ituri puisse devenir une nouvelle entité administrative et politique. Cette perspective fait l’affaire de pays voisins (ndlr. Il fait allusion à l’Ouganda et au Rwanda), plus peuplés, et qui pourraient avoir envie de transférer des populations dans une espace « libéré » où les ressources sont importantes : or, minerais, bois précieux, terres fertiles. »
Ces accusations du général Kasonga font écho à plusieurs publications issues de l’ethnie des Nande, un groupe nombreux et dynamique qui se trouve en concurrence commerciale et démographique avec des Hutus, d’origine rwandaise ou congolaise, eux aussi en expansion. Le général Kasonga assure que ces « terroristes » envisageraient aussi d’attaquer des personnalités en vue, comme, par exemple, le maire de Beni. » Il précise que « nos militaires ont également arrêté des combattants Mai Mai congolais, dont un « général autoproclamé » dont les troupes… portent des uniformes volés à l’armée… » congolaise… » Le porte parole militaire insiste auprès de la population « pour qu’elle dénonce les lieux où se cachent les groupes terroristes : « sa collaboration est la meilleure chance de succès de notre armée qui n’a pas besoin d’interventions étrangères à ses côtés… »