8 janvier 2020

Afrique 60: la bombe démographique

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Comment décrire l’évolution réelle d’un continent qui demeure un « désert statistique » ? Comment mesurer les indices réels des inégalités sociales, de l’accès aux services de base tels que l’eau et l’électricité, comment mesurer l’ampleur des migrations vers les villes ou les flux se dirigeant vers les pays voisins ou vers l’Europe ?
Quelques évidences cependant : en dépit des épidémies (rougeole, Sida, fièvre d’Ebola) et des maladies endémiques (lèpre,tuberculose, paludisme) l’espérance de vie en Afrique noire a progressé de vingt ans selon la Banque mondiale.
Grâce aux progrès de la médecine, et surtout de la vaccination, grâce aussi à la force vitale des populations se sentant maîtres de leur destin, la population africaine s’est envolée et la transition (stabilisation) démographique ne s’est pas encore produite : en 1960 l’Afrique comptait 227 millions d’habitants et dans des pays tels que le Gabon, la population était même en déclin. Effets de la traite négrière (vingt millions d’esclaves emmenés au-delà des mers), du portage, des travaux obligatoires et des guerres, des pays tels que l’Angola, la Namibie, le bassin du Congo, étaient notoirement sous peuplés.
Tout cela appartient désormais au passé : en 2018 le continent comptait plus d’un milliard d’habitants et en 2050 les Africains seront plus du double. Avec plus de cent millions d’habitants chacun, le Nigeria, l’Ethiopie et la RDC forment le trio de tête.
Cette explosion démographique peut être vue comme une richesse, un formidable potentiel de création artistique, de force de travail et de transformation sociale, par contraste avec les populations vieillissantes des anciennes métropoles. Mais à court terme, ces populations jeunes aspirent à la fois à la liberté politique, aux opportunités économiques. Informées par Internet voire nourries d’illusions, elles n’hésitent pas à tenter leur chance et à se lancer dans la migration, soit vers des pays africains plus industrialisés comme l’Afrique du Sud, soit, plus sûrement encore, vers l’Europe, ce nouvel Eldorado, et cela en dépit des dangers du voyage et des incertitudes de l’accueil.
Même si la part de la population africaine vivant sous le seuil de pauvreté aurait diminué, passant de 54,7% en 1990 à 41,4% en 2015 selon les données de la Banque Mondiale, la « perception » n’a pas changé : les jeunes Africains, plus que jamais, sont tentés par l’exode. En outre, le flux migratoire risque d’être grossi, dans les années qui viennent, par les changements climatiques, la désertification, voire le développement du secteur minier industriel, qui chassera des populations entières de leurs territoires traditionnels. Pour ne pas parler de la multiplication des groupes armés, de la compétition entre agriculteurs et éleveurs, de la propagande djihadiste, anti occidentale, qui pourra séduire les plus frustrés.
L’Afrique, soixante ans après le soleil noir des indépendances, demeure le continent de l’espoir. Par ses ressources, sa jeunesse, ses talents. Mais elle demeure aussi, aux portes d’une Europe qui trop souvent la rejette ou l’ignore, une bombe déjà dégoupillée…