16 janvier 2020

Congo. La “balkanisation” mise en doute par l’ONU

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La représentante à Kinshasa du secrétaire général de l’ONU, Leila Zerroughi, une diplomate algérienne aguerrie, ne mâche pas ses mots : pour elle, les thèses évoquant une éventuelle balkanisation de la RDC sont hors de question. En termes clairs, elle a salué le fait que « les Congolais sont très attachés à leur pays, revendiquant très fort leur appartenance. » En réponse à de nombreuses critiques dénonçant l’inefficacité des forces de la Monusco, elle a rappelé que les Casques bleus travaillaient en étroite collaboration avec l’armée congolaise. « Cette dernière » a-t-elle ajouté « a réduit des zones entières où les ADF (rebelles d’origine ougandaise opéraient depuis des années. Les militaires congolais sont arrivés jusque Medina, à l’intérieur du cœur du dispositif du mouvement armé. » Rappelons que Medina, ou Madina, dont le nom rappelle la ville de Médine d’où le prophète Mohamed entama son périple, était un important centre de formation militaire et idéologique installé dans le massif du Ruwenzori, vers où étaient acheminées des recrues venant du Congo, de l’Ouganda, du Rwanda mais aussi de pays plus lointains comme le Kenya, la Tanzanie ou le Mozambique. Après avoir été attaqué puis récupéré par les rebelles, Medina a finalement été conquis par l’armée congolaise, qui a cependant perdu plusieurs dizaines de militaires dans l’opération.
Mme Zerroughi a évoqué d’autres succès militaires, remportés eux aussi avec le soutien des Casques bleus : à la suite des offensives menées au Nord et au Sud Kivu, plus de 1900 membres des FRLR (rebelles hutus arrivés au Congo après la fin du génocide au Rwanda en 1995), soit des groupes armés accompagnés de leurs familles et de leurs dépendants, ont été rapatriés au Rwanda en collaboration avec la Monusco. « Avec tout le travail que nous faisons, comment peut-on dire que nous sommes complices de la balkanisation, que le gouvernement congolais serait complètement désarmé et qu’aujourd’hui on serait en train de dépecer le Congo…Qui donc peut vouloir aujourd’hui dépecer le Congo ? » s’est demandé la représentante de l’ONU qui a rappelé qu’à l’heure actuelle, nul ne contestait l’existence du Congo dans les frontières héritées de la colonisation.
Si la représentante de l’ ONU a tenu à faire cette mise au point, ce n’est pas seulement pour répondre à des questions récurrentes,- d’autant plus aigües que la mi janvier est toujours une période sensible, où les Congolais se rappellent la fin tragique de deux de leurs leaders, Patrice Lumumba et Laurent Désiré Kabila, qui s’opposaient précisément aux sécessions et à la balkanisation du pays- mais aussi parce que le thème vient d’être relancé par deux personnalités importantes.
En début de semaine, Martin Fayulu ancien candidat à l’élection présidentielle, a accusé l’ancien président Joseph Kabila d’œuvrer à la balkanisation du pays et cela avec la complicité de l’actuel chef de l’Etat Félix Tshisekedi avec lequel il a conclu une alliance politique. Cette accusation reprend les propos tenus par le cardinal Fridolin Ambongo (originaire de la province de l’Equateur, fief d’un autre candidat évincé Jean Pierre Bemba) : en tournée dans la région de Beni Butembo, le prélat avait déclaré que son travail était de « réveiller la conscience de l’humanité, de nos dirigeants et de la communauté internationale sur le fait que ce qui se passe à Beni n’est pas isolé du plan de balkanisation de notre pays. »
Evoquant les risques de partition du pays, les opposants au régime de Kinshasa touchent une corde sensible et la représentante de l’ONU a voulu torpiller un thème qui risque de reprendre vigueur à quelques mois de la célébration du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo.