16 janvier 2020

Madina, un “bastion islamiste” est repris par l’armée

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Réfutant toutes les critiques dont elle fait l’objet, l’armée congolaise crie victoire : un bastion important des rebelles islamistes vient d’être démantelé après dix jours de combats intenses et de lourdes pertes, plus 30 soldats tués et des dizaines de blessés. La victoire est autant symbolique que militaire : 94 rebelles ADF (Allied democratic forces) ont été tués, 70 blessés et l’ « axe nord » Eringeti Kamango Mbau, théâtre de nombreux massacres, a été replacé sous le contrôle des forces gouvernementales. Cette victoire a permis à l’armée de démentir les accusations d’infiltrations et de complicités avec les rebelles mais surtout, la base arrière d’où étaient planifiées les actes de terreur contre les populations civiles (2000 morts en 2019…) a été démantelée. En outre, le QG des rebelles porte un nom symbolique, « Medina » ou « Madina », en référence à Medine, l’un des lieux saints de l’Islam, d’où le Prophète était parti en proclamant « il n’y a de Dieu que Dieu ». Selon des témoignages recueillis au Mozambique, en Tanzanie, au Kenya, des membres de groupes armés se revendiquant du « djihad » citaient régulièrement le nom de « Madina », en RDC, le présentant comme un camp de formation militaire et idéologique. Me Omar Kavota, un avocat de Beni président du CEPADHO (centre d’étude pour la promotion de la paix, de la démocratie, et des droits de l’homme) relativise cependant la victoire militaire et craint ses conséquences pour les civils : « le 29 décembre déjà, pour dissuader l’armée de poursuivre l’offensive, les ADF se sont livrés à un véritable carnage dans le secteur de Mbau : ils ont fait la ronde dans les champs des paysans les tuant les uns après les autres jusque tard dans la nuit et le premier bilan a fait état de 18 morts. A Ngite, à 16 km de Beni, une femme a été décapitée dans son champ, une autre, couverte de blessures, a été laissée pour morte. » Redoutant des représailles à la suite de la chute de Madina, Me Kavota invite l’autorité militaire « de ne pas crier victoire trop vite. Il faut veiller sur les arrières, les villages, les quartiers périphériques, car si les ADF ont subi un coup sévère ils ne sont pas pour autant démantelés. Du reste, ce n’est pas la première fois que l’armée prend puis perd Madina : la première reconquête date de 2014, et en 2017 toute la région avait du être reprise, car les rebelles avaient reconstitué leurs forces et s’étaient réorganisés. »
D’après le défenseur des droits de l’homme, si les rebelles réussissent ainsi à se réorganiser, c’est parce qu’ils font partie de la « nébuleuse djihadiste » et comptent en leur sein des instructeurs de plusieurs nationalités. Pour eux, « Madina » au cœur de l’Ituri et des forêts inexpugnables du Mont Ruwenzori, c’est en quelque sorte un lieu qu’ils considèrent comme la « Terre Promise » et où des combattants étrangers chassés de Syrie, entre autres, pourraient un jour venir se réinstaller, exportant leurs armes mais aussi leur idéologie. L’avocat regrette que les FARDC soient laissés pratiquement seuls face à ce défi qui concerne tous les pays de la région : « la Monusco contribue au ravitaillement de l’armée congolaise, elle lui apporte un soutien logistique, mais elle reste à l’écart des opérations militaires… »
Si, vue de Kinshasa, la situation à Beni demeure lointaine, elle émeut vivement tant l’Eglise catholique que les protestants de l’Eglise du Christ au Congo (ECC) qui représentent au total 60% des croyants : le cardinal de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, en termes très forts, a dénoncé les « risques de balkanisation » du pays et M. André Bokundo, au nom des protestants, a émis les mêmes craintes. Comme si les deux dignitaires redoutaient non seulement l’éclatement du pays mais aussi un « glissement » des populations ougandaise et rwandaise vers les vastes et riches espaces de l’Ituri et du « Grand Nord » congolais…