4 février 2020

A Kolwezi, d’autres solutions sont possibles

Catégorie Non classé

Kolwezi
Les grandes sociétés veulent sans cesse étendre leurs concessions, les creuseurs artisanaux affluent, toujours plus nombreux et les autorités ont bien de la peine à faire respecter le prescrit du code minier, dont la nouvelle mouture, adoptée en 2018, considère que le travail des artisans creuseurs est légal et que des ZEA (zones d’exploitation artisanales) doivent leur être concédées. C’est pourquoi le gouverneur est fier de deux initiatives. La première émane de la société Chemaf, qui estime qu’il est finalement plus rentable de faire travailler les creuseurs que les chasser pour les remplacer par de coûteux engins de chantier. Sur le site de Mutoshi, les excavatrices ont facilité le travail des artisans en déblayant sur plusieurs mètres de profondeur les couches superficielles du sol, jusqu’à atteindre la couche minéralisée. Plus de 5000 creuseurs se sont alors précipités sur cette veine ouverte : les hommes extraient les pierres, les femmes les concassent, les trient. Des garçons hissent les sacs sur des vélos pour les amener jusqu’à l’entrepôt où le minerai sera jaugé et pesé.
La mine ressemble à une fourmilière, mais ici, chaque creuseur, dûment enregistré, porte, obligatoirement, un casque et une veste de chantier, une infirmerie accueille les éventuels blessés et sur le parking extérieur, une centaine de camions qui rouleront la nuit attendent d’être chargés. « La sécurité, c’est notre maître mot » assure le chef de chantier qui assure que la société a trouvé un bon compromis entre les intérêts de chacun…Il ajoute que les jeunes enfants, les femmes enceintes sont, en principe, interdits d’accès dans l’enceinte de la mine (mais comment distinguer les mineurs d’âge et comment déceler les premiers mois d’une grossesse ?

Prezo, prezo » (président…)Alors que le Ministre des mines suscite une ovation en distribuant quelques billets, certains creuseurs, nous prenant à l’écart, soulignent tout de même que sur la mine de Chemaf ils ont perdu leur sacro sainte liberté : « c’est à la société, et à elle seule, que nous devons vendre notre production et leur prix doit être le nôtre, impossible d’aller voir ailleurs… »
D’ici quelques semaines cependant les possibilités de choix des creuseurs pourraient se trouver renforcées.
En effet, les autorités de la province ont décidé de raser, impitoyablement, les entrepôts lépreux, les bureaux d’achat qui s’étirent à la sortie de Kolwezi : tous, vendeurs et négociants, creuseurs et intermédiaires, devront se diriger vers le « centre de négoce » qui est en train de s’édifier au lieu dit Musompo. Fini le commerce informel, terminées les combines, les négociations individuelles. Les minerais proposés par les creuseurs ne pourront venir que des ZEA (zones d’exploitation artisanales) autorisées, trois laboratoires seront chargés de certifier l’origine et la teneur des matières proposées. Un guichet unique facilitera les transactions, la police des mines veillera à maintenir l’ordre, les mineurs toucheront leur argent au guichet des banques et un « salon de négoce » accueillera les partenaires…Le pesage des camions se fera sur un pont bascule, un grand parking accueillera les « trucks » dont les chauffeurs pourront même se reposer dans un guest house construit à leur intention…
Cependant, devant la perspective de cette modernité soudaine, certains de nos interlocuteurs demeurent sceptiques : les Chinois ouvriront ailleurs leurs comptoirs, les creuseurs rejoindront Likasi, ex Jadotville où la veine se révèle riche en uranium, exploité artisanalement malgré les contrôles et les interdictions…Et surtout, les zones artisanales autorisées sont de plus en plus rares puisque les grandes sociétés raflent tout….