19 février 2020

Dans les classes bondées de Lubumbashi, Lumière pour le Monde soutient les mal voyants s

Catégorie Non classé

Lubumbashi, envoyée spéciale

Comme tous les établissements scolaires du Congo, le collège Saint Boniface, à Lubumbashi, déborde. Littéralement. A côté, le stade du célèbre club, le Tout Puissant Mazembe, le club des champions, ressemble, en dehors de ses matchs historiques, à un espace vide, sauf lorsque les gamins viennent d’entraîner sur un terrain qui appartenait autrefois à cet établissement catholique et auquel l’ancien gouverneur Katumbi a donné une autre vocation. Dans les salles de classe du primaire, les enfants se serrent à quatre sur les bancs puis à chaque récréation jaillissent dans la cour comme s’ils étaient mus par des ressorts. Le conseiller de l’enseignement primaire Kibale qui nous accompagne rappelle l’ampleur du défi : « depuis l’instauration de la mesure de gratuité de l’enseignement primaire, lors de la dernière rentrée de septembre, les écoles ont du absorber deux millions et demi d’élèves supplémentaires. Des gosses que, faute de moyens, les parents ne pouvaient envoyer à l’école ou qui en avaient été chassés faute de pouvoir payer, par mois, des montants oscillant entre 100 et 300 dollars destinés à améliorer les salaires des enseignants ou à entretenir les locaux. »
Cependant, malgré l’évidente surpopulation, le calme règne, les instituteurs comme Corneille écrivent soigneusement sur le tableau noir des formules de trigonométrie. A chaque requête de l’enseignant, des mains se lèvent pour déchiffrer et expliquer. Joseph, lui a le nez sur son cahier, trop occupé à scruter sa loupe pour penser à lever la main. Mais il suit cependant et John, le moniteur assis à côté de lui, a bon espoir de le voir réussir son année.
Dans une autre classe, de l’enseignement secondaire cette fois, Grodi, un ado de quinze ans, albinos, attend de recevoir un pupitre incliné qui lui facilitera la lecture. Son handicap visuel est de catégorie 3 et Fréderic, son moniteur, suit l’élève depuis le primaire. Durant les cours, il est souvent assis à côté de son pupille ; durant les récréations il l’aide à relire ses notes, il le fait réviser s’il le faut. L’élève et l’adulte partagent la même volonté de réussite et Grodi, très sérieux dans son uniforme bleu et sa chemise immaculée, élégant même s’il est encore un peu maigre, affiche déjà ses ambitions « je veux devenir avocat, pour pouvoir défendre les gens… Je sais que j’aurai beaucoup de travail… »
Dans la classe voisine, elle aussi surpeuplée, Kabinda, 13 ns, suit un cours de littérature africaine. Il déchiffre au tableau noir des citations de Bertrand Badié, d’Aimé Césaire, sait déjà ce qu’est la littérature panafricaine, cite des écrivains antillais… Béatrice, sa monitrice, est fière de ce gamin qui aime écrire, qui dévore les livres tant qu’il le peut. Cependant c’est avec une grosse loupe que l’enfant découvre ses auteurs préférés et il écrit lentement, avec application. Mais la jeune femme en est certaine : « il va réussir, ces enfants handicapés font preuve d’une incroyable volonté. »
Frédéric Ilunga, qui a le titre d’assistant technique dans le domaine de l’éducation inclusive, nous confirme que, parmi les enfants handicapés de la vue et qui sont suivis par des moniteurs itinérants et aidés par des loupes, des visulettes, des jumelles monoculaires, des pupitres surélevés, le taux de réussite scolaire est de 75%.
C’est l’ONG belge « Lumière pour le Monde » appuyée par la Coopération belge, qui prend en charge, outre le matériel, le salaire des moniteurs itinérants, qui passent entre les classes et suivent d’une année à l’autre les enfants qui ont des problèmes de vision. L’enseignement catholique absorbant au Congo 65 % des élèves, au Katanga c’est avec la coordination des écoles diocésaines qu’un accord a été passé. La Codebu recrute des enseignants volontaires pour ce type d’accompagnement et les affecte aux projets tandis que LDM assure le financement.
Durant longtemps, les handicaps visuels passaient inaperçus au Congo. Ils n’étaient pas traités ou, dans les villages, étaient considérés comme un effet de la sorcellerie. Cependant, les troubles de la vue affectent 10% de la population tandis que le pays ne compte que 200 ophtalmologues, une spécialité encore peu prisée.
C’est pour cela que Lumière pour le Monde, à la demande des autorités congolaises, devenues sensibles aux problèmes que pose la santé oculaire, se déploie dans quatre provinces du Congo, le Katanga et le Lualaba, Mbuji Mayi au Kasaï, Kalemié sur les rives du Lac Tanganyika, formant et suivant le travail des professionnels de la santé, fournissant du matériel. Lorsque nous demandons au coordinateur de LDM, le Docteur J.M. Mbenga, si son organisation collecte parfois de vieilles montures rassemblées en Europe, il éclate de rire : « nous n’en sommes plus là. Nous menons un travail professionnel, suivant des critères européens et avec des financements internationaux. Nous proposons des montures neuves, qui coûtent entre 5 et 30 dollars, gratuites pour les enfants et les démunis. Déjà nous collaborons avec la seule mutuelle de santé existant au Congo, celle des enseignants, en attendant qu’il y en ait d’autres… »
Pour Béatrice, qui, à Lubumbashi, est l’une des quatre enseignantes chargées d’encadrer 197 enfants, son métier est le plus beau du monde, une inépuisable source de bonheur : «mon travail, c’es d’essayer de rendre l’espoir à ces élèves qui naguère traînaient au fond de la classe…»