18 mars 2020

Groupe à risque? Quel risque?

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Dix huit ans, c’est un rendez vous qui compte…C’est avec plaisir que, pour le week end dernier, j’avais accepté de fêter l’anniversaire de deux jolies jumelles. Mais c’est sans surprise que je reçus le message de la maman me prévenant, avant même le lock down fédéral, que la fête était annulée. Envoyant des vœux et des bises par téléphone, j’expliquai aux parents que je comprenais très bien, qu’il ne fallait pas prendre de risque. La maman abonda dans mon sens, assurant qu’on n’était jamais trop prudent. Mais lorsque j’expliquai que je prévoyais de passer en vélo pour déposer chez eux les cadeaux prévus, sans entrer pour autant, afin de ne contaminer personne, la réponse fut pour le moins embarrassée : «mais si nous avons postposé la fête, c’est en pensant aux grands parents, et aussi à toi.. Si tu passes quand même saluer les filles, c’est pour toi que c’est dangereux, tu appartiens à un groupe à risque… »
Bigre, j’avoue que je n’y avais même pas pensé. Des risques, oui, une chute en vélo, un scooter embouti, tout cela peut arriver. Et aussi une maladie tropicale, une balle égarée, voire le crash d’un vieux coucou jamais révisé, sans oublier le vol de sacoche ou la bousculade dans le métro. Ces risques là sont connus, ils font partie du quotidien et les ennuis de santé sont possibles aussi, pas nécessairement maîtrisables. Mais ici, faire partie d’une « catégorie à risque », alors que je proposais à ma cousine de faire ses courses, à mon ami d’apporter le dîner et que je me préparais à enfin ranger papiers et bouquins, j’avoue que je n’y avais pas pensé… Ce petit virus baladeur nous aura, entre autres choses, appris la modestie, la vulnérabilité et cet anti corps indispensable, la solidarité. Car le téléphone sonne, les amis appellent et j’ai enfin le temps de répondre à l’aise ou, à mon tour, de prendre des nouvelles, d’émettre des projets, d’avancer des propositions. Soudain, tous ces êtres me manquent et ma vie est dépeuplée. Je ne savais pas que nous étions si proches, que nous avions tant besoin les uns des autres, que les bises distraites ou furtives valaient aussi leur pesant d’affection…
« Groupe à risque » oui sans doute… Mais ce risque là, celui de l’affection, de l’attention aux autres, il est urgent de le prendre et de le garder bien au-delà du confinement. Au delà de ce temps où dans la maison silencieuse, les souvenirs et les sentiments ont soudain regagné le droit à la parole…