18 mars 2020

Renforcer le système immunitaire: la réponse congolaise au coronavirus

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Interview du professeur Michel Balaka-Ekwalanga, immunologiste et virologue, membre de l’équipe de recherches de l’Université de Lubumbashi, formé à Paris à l’Institut Pasteur de Paris et à Cuba

Dans quelle mesure la RDC est-elle touchée par l’épidémie de coronavirus ?
D’après le Ministre de la Santé, le Docteur Eteni Longondo, l’INRB (Institut national de recherches biomédicales) a relevé que trois nouveaux cas de patients atteints par le coronavirus ont été enregistrés, dont un Congolais qui a séjourné en France, ce qui porte le nombre total à sept. Mais ce chiffre ne reflète pas la réalité de la pandémie, car dans les provinces, il n’y a pas de matériel de détection, et même ici, à Lubumbashi nous n’avons pas de cameras thermiques.
A première vue, les pays africains semblent moins touchés que l’Europe ? Peut-on expliquer cela par la chaleur ?
La température extérieure n’a rien à voir. La réalité, c’est que les pays africains ont déjà connu plusieurs épidémies causées par des virus, qui ont sévi avec des intensités diverses, le SRAS, le virus Mers qui a frappé en Egypte mais pas au Soudan. Pourquoi cette différence ? Mon analyse, c’est qu’en Afrique, on vit dans des milieux multiinfectieux, ce qui provoque des antigènes, dont certains croisent celui du coronavirus. Autrement dit, la réponse immunitaire est plus rapide…
En Europe, la situation n’est pas la même, les milieux ambiants sont beaucoup plus aseptisés et la population est donc plus vulnérable. L’environnement joue aussi : il y a plus d’allergies dans les villes que dans les campagnes et dans des situations de stress, de pollution, le système immunitaire fournit une réaction inappropriée.
Quel est le protocole que propose votre équipe ?
Notre équipe s’attache surtout à « booster » le système immunitaire. Le protocole proposé par l’Université de Lubumbashi se compose de trois molécules, les interférons, la chloroquine et des antioxydants. Rappelons que les interférons sont des protéines fabriquées naturellement par les cellules de notre corps. Elles sont chargées de nous défendre lorsque nous sommes attaqués par un virus quel qu’il soit. Ces molécules stimulent le système immunitaire et réagissent contre le virus. Nous pouvons aider en amenant des inferférons extérieurs, de type 1 et 2 (alpha et beta), fabriqués en laboratoire. Autrefois ils étaient utilisés pour lutter contre l‘hépatite.
Nous avons observé la coopération entre la Chine et Cuba, rarement mentionnée en Occident. A Cuba, il y a longtemps que l’on utilise les interférons pour combattre les virus et cette année, Cuba en a fourni aux Chinois, pour un montant de 300 millions de dollars. C’est ce qui a permis de combattre le coronavirus, qui est maintenant en régression. Au Vénézuela, le président Maduro a lui aussi préconisé de faire davantage de prévention, en donnant aux gens des molécules dont les interférons et les anti oxydants, afin de renforcer le système immunitaire.
Dans notre protocole, nous travaillons sur la conjugaison de plusieurs molécules, les interférons mais aussi la chloroquine qui a été longtemps utilisée pour lutter contre le paludisme ; même si elle a été délaissée car elle n’agissait plus, ses propriétés immunologiques sont demeurées entières dans le cas d’autres infections. La chloroquine est, entre autres, utilisée dans le cas de sclérose en plaques et de cancer.
Pourquoi, dans votre protocole, avez-vous ajouté des antioxydants ?
Nous utilisons aussi la vitamine C, qui est un antioxydant et agit contre les conséquences négatives du stress. On l’a vu en Chine : les éléments de stress sont responsables des mutations des virus. Quatre vingt pour cent des personnes qui contractent le SARS-CoV2 (le coronavirus), s’en sortent avec des affections bénignes. Sur les vingt pour cent qui restent, 5% guérissent également mais si les autres décèdent, c’est parce qu’il y a eu mutation du virus au bénéfice de la souche L, la plus virulente. Elle est provoquée par le stress et l’anxiété. Les anti oxydants combattent les conséquences négatives du stress.
En RDC, nous avons pu observer sur le terrain les conséquences négatives de ce « stress oxydant » : il provoque une multiplication de radicaux libres et de substances toxiques, aggravant l’effet des virus. En RDC, l’épidémie de rougeole n’a pas eu la même intensité dans toutes les provinces. Dans les régions en guerre, elle s’est avérée plus dévastatrice. Nous avons aussi connu les variables d’Ebola : dans l’Ouest de la RDC, Ebola a fait quelques centaines de morts alors que dans l’Est, toujours ravagé par la guerre, il y a eu plus de 3000 victimes. Ce n’est pas par hasard si c’est à Beni, où l’armée mène une offensive contre les groupes armés, que l’épidémie d’Ebola a été la plus meurtrière ; les populations y vivent dans une situation de grand stress et le virus s’est révélé beaucoup plus résistant. Quinze années de guerre, de traumatismes, cela se paie.
Mais je m’interroge aussi sur le stress, l’angoisse que peuvent générer en Europe les mesures de confinement généralisé…
Si le virus prend de l’ampleur, quelle serait la situation à Kinshasa et ailleurs en RDC ?
Même si nous avons une certaine habitude des virus,- Marburg, Ebola et autres- et que nous savons quelles précautions prendre, nous n’avons pas de système de santé digne de ce nom. C’est pourquoi mon protocole préconise de commander des doses d’interferons, et de les combiner avec la chloroquine et les antioxydants, afin de renforcer le système immunitaire. Il nous faut travailler en amont, renforcer les défenses naturelles. Cela s’est déjà fait lorsque le professeur Jacques Thèze, de l’Institut Pasteur, un des plus grands immunologistes de notre époque, a apporté une solution immunitaire au VIH Sida.
Il est certain qu’en Afrique, au vu du mode de vie des populations, il serait impossible de tout bloquer comme vous l’avez fait en Europe, cela créerait un stress insupportable et dangereux…