23 mars 2020

Le Congo s’inquiète, le Rwanda mobilise, le Burundi s’en remet à Dieu

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Intensément connectées à l’Europe, toutes les villes du Congo sont sur le qui vive, suivant d’heure en heure les bilans qui s’alourdissent sur le Vieux Continent. Nombreux sont les Africains qui prennent des nouvelles de leurs amis européens, leur conseillent la prudence et réaffirment leur solidarité. Cependant, en RDC, le ministre de la santé, le Docteur Éteni Longondo a déclaré que sept personnes avaient déjà trouvé la mort, dont trois avaient contracté le virus lors d’un séjour en Europe tandis que le nombre de personnes était passé de 23 à 30. Un chiffre modeste par rapport à la population du pays, mais chacun sait combien la progression peut être vertigineuse et cela alors que les respirateurs et autres moyens de traitement manquent cruellement. Les gouverneurs de province relayant l’appel lancé jeudi soir par le président Felix Tshisekedi ont multiplié les mesures de prévention. Ainsi, à Kolwezi, dans la province du Lualaba, 70 % des agents de l’Etat sont en arrêt forcé, avec interdiction de se rendre sur leurs lieux de travail, des pancartes apposées dans les magasins invitent les populations à l’hygiène et le confinement est imminent. A toutes les frontières du pays et dans les grandes villes, des distributeurs d’eau et de savon sont en place, les contrôle de température sont obligatoires aux frontières et, suivant les instructions du président, tous les vols venant de pays à risques, dont la France et la Belgique sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Les voyageurs quittant la capitale sont soumis à des contrôles stricts afin de ne pas disséminer le fléau en province. Ce week end, la décision de suspendre les cultes a été bien suivie dans l’ensemble du pays même si quelques pasteurs ont du être ramenés à la raison par la police. Les activités sportives ont été également interdites, de même que les cérémonies de deuil, souvent synonymes de grands rassemblements sociaux.
La direction de la task force consacrée à l’épidémie a été confiée à une personnalité bien connue, le Docteur Jean-Jacques Muyembe, celui là même qui, après avoir découvert le virus Ebola dans les années 70, avait été chargé de le juguler dans l’Est du pays. A peine les équipes de la riposte contre Ebola avaient elles crié victoire qu’une nouvelle mobilisation contre le coronavirus s’est imposée. Si ces mesures se veulent rassurantes, l’inquiétude persiste et la presse craint une « hécatombe ». Pour plusieurs raisons : à cause de la difficulté d’un éventuel confinement dans les quartiers surpeuplés de villes comme Kinshasa ou Bukavu, du manque d’eau potable, et surtout de l’impérieuse nécessité, pour la plupart des Congolais, de travailler au jour le jour. Malgré les mises en garde, des bus bondés continuent à gagner le centre de Kinshasa avec des passagers obligés de chercher de quoi nourrir leur famille. A cela s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement : le Rwanda ayant adopté des mesures drastiques, le lait et les légumes manquent déjà à Goma.
Au Rwanda en effet, 17 cas ont déjà été confirmés et le confinement de la population a été décidé pour une durée initiale de deux semaines. Le président Kagame ainsi que Mme Mushikiwabo, secrétaire générale de la francophonie, ont multiplié les interventions sur les réseaux sociaux.
Alors que la RDC et le Rwanda se mobilisent, le Burundi demeure étrangement silencieux. Seules des mesures préventives ont été prises mais aucun cas n’a encore été officiellement déclaré. Tout au plus les autorités ont-elles invité la population à garder les distances dans les manifestations sociales ou religieuses, à multiplier le lavage des mains. Le porte parole de la présidence, M. Jean-Claude Karerwa Ndenzako a confirmé que les élections prévues pour mai prochain auraient bien lieu et qu’elles seraient précédées du 27 avril au 20 mai, d’une campagne électorale normale. Il a conclu, de manière surprenante : « la situation est au beau fixe. Le Burundi est une exception parmi d’autres nations, car c’est un pays qui a donné à Dieu la première place, un Dieu qui le garde et le protège de tout malheur(…)Que vous le croyiez ou non, le Burundi est un pays qui a signé un pacte spécial avec Dieu. »