26 mars 2020

Urgence à Kinshasa: Tshisekedi passe à la vitesse supérieure

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Alimentée par le décès d’une personnalité de renom comme le bâtonnier Jean Joseph Mukendi, avocat de feu Etienne Tshisekedi et figure mythique du barreau, ou du musicien Manu Dibango la peur monte à Kinshasa, où 48 cas de coronavirus ont été confirmés. Le sentiment d’impuissance s’accroît aussi dans cette mégapole de plus de 10 millions d’habitants, dont la plupart vivent au jour le jour, dans l’incapacité de respecter les mesures de discipline déjà édictées le 18 mars dernier..
C’est pourquoi, s’adressant une nouvelle fois à l’opinion, le président Tshisekedi a durci le ton : cette fois, toute la ville –province de Kinshasa, considérée comme le foyer de la pandémie, sera confinée, c’est-à-dire isolée du pays et du reste du monde.
Qu’il s’agisse des avions, des bateaux, des transports en commun, des camions et autres véhicules, tous les mouvements seront interdits de Kinshasa vers les provinces et des provinces vers la capitale. Seuls les avions transportant du fret ou les bateaux amenant des marchandises depuis l’intérieur du pays seront autorisés. Des barrières seront érigées par les gouverneurs de provinces et tous les véhicules seront soumis à des contrôles. Pour ce faire, et pour maintenir l’ordre public, les unités de la police de la police et des forces armées organiseront des patrouilles mixtes.
Confirmant l’interdiction des rassemblements publics, les réunions de plus de vingt personnes sont prohibées, la fermeture des bars et des restaurants est maintenue, les cultes sont interdits, tous les établissements d’enseignement sont fermés pour une durée de quatre semaines.
Alors qu’il venait de vaincre l’épidémie d’Ebola, le professeur Jean-Jacques Muyembe, figure rassurante et connue, a été nommé coordinateur de la nouvelle riposte face au coronavirus, détrônant de fait le ministre de la santé.
Dans cette mégapole où les ordures s’amoncèlent, où les eaux usées coulent à ciel ouvert, où l’eau potable manque dans les maisons, l’hygiène est un point essentiel. C’est pourquoi des points de lavage des mains, dotés de savon et de désinfectant, devraient être établis dans toute la ville et plus particulièrement dans les ports fluviaux et à l’aéroport.
Inspirées par les mesures prises dans les pays occidentaux et tenant compte de la faiblesse du système de santé, ces mesures de confinement sont présentées à Kinshasa comme dans d’autres capitales africaines comme la seule réponse possible face au coronavirus.
Sont elles pour autant tenables ? H.K. qui fut l’un des animateurs de la société civile et organisateur des « journées ville morte » dans les années 90, se souvient d’une relative impuissance : « contre Mobutu, puis contre Kabila, les journées ville morte n’ont jamais duré plus de 48 heures. Au-delà, les gens devaient sortir pour chercher de quoi manger.. ; » Il relève aussi un paradoxe : les quartiers populaires seront les plus touchés par les mesures, alors que jusqu’à présent, c’est dans les quartiers riches, comme la Gombe que sont apparus les premiers cas et c’est là aussi que se dirigeaient les porteurs de virus débarquant des avions venus d’Europe…
Autrement dit, les mesures de confinement n’ont pas le même goût pour tout le monde…En outre la fermeture des églises, qui se justifie par la volonté d’éviter la contagion, accroît le stress général et des fidèles désorientés n’hésitent pas à parler de fin du monde…
A Lubumbashi, on vit « au taux du jour »

A Lubumbashi, la bonne nouvelle, c’est que les premiers cas suspects se sont révélés exempts de coronavirus. La mauvaise nouvelle, c’est qu’on peut aussi mourir d’autre chose.
Depuis la capitale du cuivre, notre ami Malu nous explique la portée des mesures prises par les autorités : « il est demandé à tout le monde de ne pas sortir. Pas de transport, les déplacements sont interdits, les alimentations sont fermées. Mais ici aussi, la population vit « au taux du jour », le matin, les gens ne savent pas s’ils mangeront le soir.. Or dès l’annonce des mesures, il y a eu carence et majoration des produits de première nécessité. » En cause, le fait que la police a du rechercher activement les 77 passagers d’un vol international ayant atterri à l’aéroport de la Luano. Déjouant les contrôles, ils se sont tous envolés dans la nature et sont devenus introuvables…
« Les militaires » poursuit notre ami, « sont alors entrés en action : ils arrêtent ceux qui vendent, renvoient ceux qui circulent. Tout est interdit, circuler, vendre, acheter. Des quartiers entiers sont dépourvus d’électricité et d’eau potable. S’il n’y a pas de courant, il faut quand même sortir pour acheter la braise (ndlr. le charbon de bois qui permet de cuire les aliments). S’il n’y a pas d’eau, il faut malgré tout sortir de la maison pour chercher un magasin d’alimentation qui serait ouvert. Au risque de rencontrer les militaires qui brutalisent et arrêtent à tour de bras…. »
Evidemment, il y a le système D, qui aide ceux qui en ont les moyens : « pour échapper au confinement, c’est simple, il faut donner de l’argent… »
A Bukavu aussi, la situation pourrait devenir dramatique : manquant d’eau potable, les gens doivent aller chercher l’eau du lac, et, comme à Goma, les vivres frais (le lait, le slégumes…)qui d’ordinaire viennent du Rwanda commencent à manquer.
Dans cet océan de peur et d’incertitude, quelques points positifs se détachent cependant : dans cette population jeune, des personnes sont contaminées, malades puis le Covid 19 disparaît de lui-même. La crainte, c’est que les porteurs sains et en voie de guérison sont cependant contagieux et cela en l’absence totale de test.
Par ailleurs, l’entreprise Pharmakina, une institution au Sud Kivu, annoncé qu’elle allait reprendre et intensifier sa production de quinquina, d’où est extraite la quinine, qui, dûment transformée, est la matière de base de l’hydroxhloroquine. Jadis, la Pharmakina était l’une des principales industries du Sud Kivu, mais en 2011, les difficultés économiques avaient obligé l’entreprise à vendre 500 hectares de terres consacrées au quinquina et désormais vouées aux cultures vivrières.

Rigueur au Rwanda, religion au Burundi

Au Rwanda voisin, la situation apparaît sous contrôle : meilleure : « les mesures sont strictement observées, « relève un correspondant. « tous les passagers qui sont arrivés de Dubai ou de l’Inde sur les derniers vols sont interrogés, testés dès leur arrivée, soignés s’ils présentent le moindre problème. Les Rwandais, pour le meilleur ou pour le pire, sont disciplinés, ils obéissent à l’autorité. Mais le fossé entre les riches et les pauvres se creuse. Chez nous, les enfants passent la journée à travailler sur l’ ordinateur, il y a de la place pour tout le monde dans la maison. Mais tous n’ont pas cette chance : à tout moment nous recevons des appels au secours. Le menuisier, le marchand de légumes, tous ceux qui habitent loin du centre ville et n’ont pas de réserves demandent qu‘on leur avance un peu d’argent. Ils ne savent pas comment ils vivront demain… »
Quant aux étudiants du Burundi qui étudient à Kigali, la plupart d’entre eux tentent de regagner leur pays ou sont priés de le faire, n’ayant plus les moyens de subvenir à leurs besoins. Ce qui n’est pas simple : une soixantaine d’étudiants, dont quarante jeunes filles se sont retrouvées bloquées à la frontière de leur pays, empêchées de rentrer par les fonctionnaires burundais qui leur disaient « vous n’avez qu’à rester au Rwanda » Dans l’attente d’une solution, les autorités rwandaises ,les ont prises en charge.
Il est vrai que le Burundi n’a jusqu’à présent déclaré aucun cas, le porte parole de la présidence ayant expliqué que « la main de Dieu » le protège et que les élections prévues fin mai auront lieu quoiqu’il advienne…
La réalité du «miracle burundais » c’est qu’aucun test n’a encore été réalisé. Mais surtout pour le meilleur ou pour le pure, le pays a subi les effets d’une quarantaine décrétée par la communauté internationale : il y a plusieurs années que les ONG internationales ont été priées de quitter le pays qui s’est refermé sur lui-même, l’aide a été réduite, les hôpitaux sont totalement dépourvus de moyens. Mais la population, repliée sur ses collines, peu en contact avec le monde extérieur, vit pratiquement en autosubistance. Ce qui représente un confinement de fait…