7 mai 2020

Le Burundi, pays des miracles

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Ne comptant officiellement que 15 cas de Covid 19 et un seul décès, le président du Burundi proclame fièrement que s’il est relativement épargné c’est parce que « son pays a placé Dieu au premier plan. » D’autres explications apparaissent cependant plus vraisemblables : la quasi absence de statistiques, l’âge moyen des habitants, largement en dessous de 50 ans, l’habitat dispersé sur les collines ainsi que la rupture presque totale avec la communauté internationale qui n’enverra aucun observateur aux élections prévues pour le 20 mai prochain.
La relative faiblesse de la pandémie n’est pas le seul miracle dont peut se targuer le Burundi. Il y en a d’autres, comme le fait que la campagne devant mener à un triple scrutin, au niveau communal, national et présidentiel semble se dérouler calmement, même si les grands rassemblements de population font frémir les partisans de la distanciation sociale. Le troisième miracle, c’est que le président sortant Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il ne se représenterait pas tandis que plusieurs figures de proue de son parti ont-elles aussi été écartées des listes. Qu’on en juge : le président de l’Assemblée nationale Pascal Nyabenda ne se représentera pas, pas plus que le président du Sénat, ni que Willy Nyamitwe, principal propagandiste de Nkurunziza et tweeteur impénitent. Bien d’autres personnalités de premier plan sont absents des listes électorales. Tout se passe comme si les anciens rebelles du CNDD FDD (un mouvement armé qui s’était créé durant l’exil en Tanzanie et n’est pas signataire des accords d’Arusha) qui avaient décidé de partager le pouvoir en 2002 tenaient la promesse faite à l’époque de ne pas s’accrocher après une quinzaine d’années de règne…On a beau se montrer circonspect, sceptique, avancer que l’effacement de Pierre Nkurunziza pourrait n’être qu’une manœuvre, il n’empêche que la mise à l’écart de personnalités clés ne sont pas un phénomène fréquent dans la région…
Un autre « miracle » est le succès que recueille le principal candidat de l’opposition, Agathon Rwasa, dont le parti CNL (Conseil national des libertés) attire des foules impressionnantes. Ancien leader de la lutte armée, ayant jadis revendiqué le massacre de réfugiés tutsis congolais à Gatumba, Agathon Rwasa est lui aussi un combattant dont les hommes ont longtemps multiplié les attaques autour de Bujumbura. Aujourd’hui métamorphosé, il promeut la paix et la réconciliation mais nul n’ose croire en ses chances de remporter le scrutin. Sauf miracle, un de plus. Ou coup d’Etat à la veille des élections, afin d’empêcher la redistribution des cartes…
En revanche, les habitants de Gatumba, la ville frontière avec la RDC en face d’Uvira ont de sérieuses raisons de douter de quelque miracle que ce soit : sortant de son lit, la rivière Ruzizi a dévasté la ville et fait plus de 28.000 sans abri. L’aide internationale ayant déserté le Burundi, ces déshérités vivent dans des conditions catastrophiques…Pas de miracle non plus pour un petit groupe de « Belgo Burundais » toujours bloqués à Bujumbura faute de transport ou de volonté politique, et auxquels, à toutes fins utiles, il a été demandé de prendre une carte du parti au pouvoir !