3 juin 2020

Bruxelles, capitale du Congo de grand père

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La décolonisation de l’espace public est aussi une décolonisation des esprits
Quel Bruxellois, coincé dans les embouteillages ou pédalant vent debout sait encore qui était le général Wahis ? Et le général Jacques ? Et le général Tombeur, dont la statue orne une avenue de Forest ? Qui sait à quoi correspondent les arcades du Cinquantenaire et la statue de Léopold II à l’entrée du parc de Bruxelles, pourquoi les « Vétérans coloniaux » ont droit à un square à Anderlecht ? Pourquoi un quartier d’Ixelles s’appelle Matonge et pourquoi il fut difficile d’arracher un bout de Boulevard à la Ville de Bruxelles pour lui donner le nom de Lumumba ?
Plus clairement encore que dans les villes de province, de larges pans de l’histoire coloniale s’inscrivent dans les noms de rues de la capitale. Sur les places, les monuments, ils façonnent la mémoire de Bruxelles, mais se conjuguent aussi avec l’amnésie. L’histoire de l’ «aventure coloniale » épopée « civilisatrice » pour les uns ou entreprise de conquête brutale et spoliatrice pour les autres n’est pratiquement plus enseignée aux jeunes générations. Seules les rues de certains quartiers (Etterbeek, Schaerbeek, Ixelles…) évoquent le passé mais sans en donner les clés. Le député bruxellois Kalvin Soiresse, (Ecolo) en est convaincu depuis longtemps: travailler sur la transmission de la mémoire, enseigner l‘histoire de la colonisation représente un enjeu essentiel, car la propagande coloniale d’il y a 60 ans a laissé des traces qui se retrouvent dans les préjugés, les représentations que l’on se fait des Africains, mais plus largement, des Afro descendants et, finalement, des étrangers en général.
Dans cette ville multiculturelle, internationale qu’est Bruxelles, le député Ecolo décèle aussi des stéréotypes sur les citoyens d’origine maghrébine ou asiatique, une sorte de « retard des mentalités » sur la réalité sociologique de cette « ville monde » qu’est Bruxelles. Il lui apparaît donc urgent de remettre le pendule à l’heure et de décoloniser l’espace public, afin que tout Bruxellois, d’où qu’ il vienne, se sente concerné par l’histoire coloniale telle qu’elle se reflète dans les noms de rues et de monuments et soit capable de la replacer dans son contexte. Une résolution en ce sens devrait donc être présentée au Parlement bruxellois. Elle prévoit, non de faire disparaître le patrimoine colonial, mais de le situer dans son contexte, de tenir compte de la pluralité des mémoires, d’encourager la création artistique. Ce travail de fond s’ajoutant à des projets de recherche scientifique devrait permettre de combattre l’ignorance, terreau de tous les préjugés racistes, et renforcer l’identité cosmopolite et métissée de la ville.
La proposition, si elle était adoptée, donnerait aussi place à de nouveaux héros dans la ville, à savoir des personnalités de nos anciennes colonies (Congo, Rwanda, Burundi) qui ont tenté de résister à la colonisation : pourquoi pas Simon Kimbangu, apôtre de la non violence, qui passa plus de temps en prison que Nelson Mandela et mourut en détention un an avant l’indé