8 juin 2020

La très longue route de George Floyd

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L’histoire ne serait elle qu’un long serpent qui se mord la queue, un récit qui s’enroule et se répète ? Depuis la place Royale jusqu’au Palais de Justice, des milliers d’homme et de femmes, monocolores sous leur masque et leur tenue sombre, ont marché pour George Floyd, cette victime de trop, tombé en bout de chaîne, dont la mort soudain nous révulse. Nous ignorons qui étaient les ancêtres de cet homme jeté à terre, mais, nous souvenant des statues barbouillées parce qu’elles évoquent notre passé colonial, devant les pancartes rappelant que toutes les vies comptent, nous sommes retournés quatre siècles en arrière, en songeant que tout se tient. Peut être les ancêtres de cet homme étouffé étaient ils originaires de la Côte atlantique, ou avaient ils été capturés dans les forêts d’Afrique centrale pour être emmenés, enchaînés, à fond de cale, dans les navires négriers ? Peut-être, arrivés sur le sol américain, avaient ils été pesés, séparés, réduits à la valeur marchande de leur force de travail ? Durant quatre siècles, les Afro Américains se sont battus pour devenir des citoyens à part entière et dans le Minnesota où il cherchait du travail, Floyd aurait du jouir du même respect et des mêmes droits que les descendants d’autres migrants, souvent venus de Scandinavie…Sauf que lui, il était Noir…
Et qui se souvient du fait que dans le continent de ses ancêtres supposés, la traite négrière a emporté Outre Atlantique plus de trente millions d’hommes et de femmes enchaînés, (une estimation approximative) ? Cette razzia, en réalité un commerce organisé et fructueux, menée depuis les côtes atlantiques et celles de l’Océan indien, a dépeuplé les villages de l’intérieur jusqu’au cœur du continent, siphonnant les forces vives de l’Afrique. Et, lorsqu’au 19 en siècle, les explorateurs européens, mandatés par les puissants de l’époque, dont « notre » Léopold II, entreprirent de « découvrir » des terres déjà traversées par les caravanes esclavagistes, les populations locales, déjà affaiblies, leur opposèrent une moindre résistance. Ne restait plus, par le fer et la contrainte, qu’à apporter la civilisation. A dominer pour mieux exploiter, à mater les révoltes et à rapatrier les bénéfices.
L’histoire tourne en boucle et les jeunes manifestants mélangent tout, avec raison : l’esclavage, ce travail gratuit qui jeta les fondements de la prospérité américaine, la colonisation qui accéléra le décollage des puissances européennes, le déséquilibre persistant des relations Nord Sud, qui, 60 ans après le temps des indépendances, inspire la quête d’une vie meilleure et les flux migratoires. Les panneaux brandis devant le Palais de Justice ont rappelé tout cela : la révolte et l’espoir, la colère aussi, qui a malheureusement dérapé. Le seul contre feu possible, c’est de mieux connaître l’histoire. Pour faire un travail de vérité mais aussi parce que l’amnésie et l’ignorance contribuent au racisme.