11 juin 2020

Un “mini trip humanitaire” mal perçu au Congo

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Dans les premiers jours de la pandémie, alors que les autorités dotées de pouvoirs spéciaux assignait à résidence la population belge et que la courbe ne cessait de grimper, des messages affluaient, venus de Kinshasa et d’ailleurs : stupéfaction devant l’état d’impréparation et les pénuries, émotion au vu de l’hécatombe dans les maisons de repos, qui choquait d’autant plus qu’en Afrique les aînés sont respectés et entourés, inquiétude à propos des amis belges et d’une diaspora dont beaucoup de membres font partie du personnel soignant et sont donc exposés en première ligne.
Durant trois mois, en dépit de l’hécatombe annoncée, entre autres par l’OMS, l’Afrique a tenu le choc ; des mesures ont été prises, des médicaments locaux mis en œuvre (dont la chloroquine familière à tous) et la relative résilience a surpris les spécialistes qui ont multiplié les tentatives d’explication.
Aujourd’hui les choses se gâtent : en RDC, la courbe monte de manière exponentielle, (4 .390 cas dont 116 nouveaux à Kinshasa),et à Bukavu, le Docteur Mukwege qui avait été nommé à la présidence de la Commission santé chargée de la riposte a jeté l’éponge et démissionné. Il dénonce le retard de Kinshasa dans la mise à disposition et l’analyse des tests, l’impossibilité de faire respecter les mesures barrières et surtout la porosité des frontières, qui a permis, sans contrôle ni quarantaine, le retour de milliers de Congolais qui se trouvaient, entre autres, au Burundi. Le Prix Nobel préfère désormais se recentrer sur l’hôpital de Panzi, qui connaît un afflux de malades.
Malgré cette situation inquiétante et qui pourrait se détériorer davantage, la mission « humanitaire » de l’Union européenne, menée par le Slovène Janez Lenarcic en charge de la gestion des crises à l’UE, le Ministre français des Affaires étrangères Yves Le Drian et son homologue belge Philippe Goffin a été fraîchement accueillie, malgré l’audience accordée par le président Tshisekedi. Les messages personnels, les communications sur les réseaux sociaux, les articles de presse expriment un même scepticisme : dans la capitale en effet, les premières victimes et les principaux transmetteurs du virus étaient des voyageurs venus d’Europe et beaucoup se demandent s’il était bien prudent d’amener à Kinshasa pas moins de 340 passagers parmi lesquels une majorité d’humanitaires, tous interdits de traverser les frontières de leurs pays respectifs. Quant au matériel fourni,- 40 tonnes de produits médicaux, des respirateurs, des médicaments- des fournitures qui seront bien utiles vu la pénurie dramatique, beaucoup se demandent pourquoi, au pire moment de la crise, l’Italie n’a pas été aidée par ses voisins européens mais bien par des équipes venues de Cuba…
Bref, dans ce Congo aux frontières rongées par les guerres, (du côté de la Zambie, de l’Angola, du Rwanda) où nul n’arrête la vague de massacres qui dévaste l’Ituri, où les filières de la corruption présentées devant les tribunaux, -entre autres lors du procès Kamerhe- remontent jusqu’à des ressortissants libanais mais aussi européens, la solidarité de l’Union européenne suscite le scepticisme. Même si Ebola continue à sévir, si la rougeole fait des ravages et si le 11e programme FED prévoit 180 millions de dollars dans le secteur de la santé. Et beaucoup de nos correspondants, désabusés, se demandent s’il ne s’agissait pas avant tout, face à la Chine et à l’influence politique des Etats Unis, de rappeler, à l’occasion de ce mini trip humanitaire, que l’Afrique centrale demeure pour l’Europe une zone d’influence et d’intérêt. En plus de la solidarité, c’est aussi ce qui s’appelle marquer son territoire.