14 juin 2020

Enfin, rechercher la vérité sur le Congo et la Belgique…

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Dans le fracas des statues précipitées au sol et des cris de protestation, les politiques s’émeuvent enfin, se demandent pourquoi tant de colère. Il était temps qu’ils se posent la question et se demandent s’il n’est pas déjà trop tard. SI une commission d’enquête décide de faire le point sur ce qui s’est réellement passé durant l’Etat indépendant du Congo et durant les 80 années de la colonisation, les politiques auront malgré tout un temps d’avance sur de nombreux citoyens mais aussi sur certains historiens, certains faiseurs d’opinion et plus encore sur les économistes.
Certes, nul n’ignore plus rien de la chronologie des événements, mais les ressorts de la domination ont-ils réellement été démontés ? Il y en avait deux et le premier, que Léopold II affichait sans honte, c’était l’appât du gain : l’entreprise « Congo » devait rapporter et l’ivoire, le caoutchouc ne tardèrent pas à rembourser les frais de la conquête. Lorsqu’en 1908, l’Etat belge reprit la succession de l’Etat indépendant, le principe demeura le même, formulé autrement « le Congo ne doit rien coûter ». Pour beaucoup de Belges, depuis les héritiers de Léopold II jusqu’aux simples particuliers, il rapporta beaucoup : des dividendes, des salaires bien supérieurs à ceux de la métropole, des bénéfices en tout genre. Ce compte là n’a jamais été fait, en particulier au niveau de nos grandes entreprises présentes au Congo à l’époque et même après. C’est pourquoi, en plus des historiens reconnus, il faudra s’adjoindre des franc tireurs, des gens qui ont déjà travaillé en dehors des institutions et des subventions. Après tout n’est ce pas Jules Marchal, un ex diplomate, qui a inspiré l’écrivain Adam Hochkild, Ludo de Witte qui a mené l’enquête sur l’assassinat de Lumumba, David Van Reybroeck qui a touché l’opinion avec sa fresque monumentale « Congo, une histoire »? Il faudra évidemment interroger les Congolais eux-mêmes, leurs travaux de recherche mais aussi la mémoire populaire.
Le second ressort, plus délicat encore que le premier, plus difficile à démonter, c’est une forme de racisme latent, qui a pu prendre des formes multiples au fil des années. Ce racisme non déclaré mais intériorisé va du rejet brutal, aujourd’hui difficilement soutenable en public, de la discrimination légalement condamnable, à des exclusions plus discrètes, des disparités subtilement masquées, qu’il s’agisse d’emploi, de logement, de « distanciation » sociale. Il faudra démontrer que si l’entreprise coloniale fut possible, c’est aussi parce l’ « échelle raciale » avait été intégrée, y compris par les dominés eux-mêmes. Lumumba s’interrogeait déjà : « pourquoi dit on “tu” à un Noir » ? Et pourquoi, aujourd’hui, encore des quidams venus de Belgique se permettent ils, sitôt arrivés au Congo, de tutoyer des inconnus qui ne peuvent leur rendre la pareille ?
Au-delà des seuls parlementaires, chacun peut se sentir concerné par une éventuelle enquête : la colonisation appartient au temps long de l’histoire, les relations avec le Congo, avec l’Afrique ne se sont pas réellement rompues en 60. Elles font toujours partie de notre imaginaire, de nos lâchetés, mais aussi, et c’est le plus important, de nos solidarités, de nos affections personnelles. Dans notre société multiple et métissée, la connaissance du passé doit pouvoir baliser l’avenir.