14 juin 2020

Pierre Lumbi, fondateur de la société civile et ancien conseiller spécial de Kabila disparaît en emportant ses secrets

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Pierre Lumbi, né à Bukavu, élève du Collège Saint Esprit, aurait pu rester en France après ses études et ne pas rentrer dans un Zaïre contrôlé par Mobutu. Au début des années 80, il choisit de regagner son Sud Kivu natal et, avec l’aide de l’ONG suisse Frère des Hommes, il fonde l’une des premières associations paysannes du Kivu, Solidarité paysanne. La particularité de cette dernière, c’est que ses membres, des agriculteurs, des petits producteurs, croient plus en leurs propres forces, leur propre savoir ancré dans l’histoire et la mémoire de leur peuple que dans les enseignements promulgués par des coopérants et des intervenants extérieurs. Les initiatives sur le terrain coexistent avec les séances de formation et, inévitablement, avec la réflexion sur le développement, sur les rapports entre le Nord et le Sud. Au cours des années 80, la dictature de Mobutu entre en crise et Pierre Lumbi comprend qu’il n’échappera plus longtemps à la politique. Sous son impulsion et suivant son exemple, d’autres ONG apparaissent au Sud Kivu, dont ADI Kivu tandis que Lumbi gagne Kinshasa, désireux de rejoindre le combat contre la dictature. C’est ainsi qu’au début des années 9O, il se retrouve ministre de l’agriculture dans un éphémère gouvernement dirigé par Etienne Tshisekedi, qui se réunit sous les arbres, dans la parcelle de l’ « éternel opposant » qui refuse de se saisir d’un pouvoir à portée de mains. Ayant rejoint Joseph Kabila, qui porte, au début des années 2000, les espoirs de la modernité et du changement, Pierre Lumbi crée le MSR, Mouvement social pour le renouveau, un parti qui recrute largement au sein de la société civile, des cadres, des intellectuels et qui apportera à Kabila un soutien à la fois critique et crucial. Devenu « conseiller spécial » du chef de l’Etat qui lui accorde sa confiance (ce qui est rare…) Lumbi, dans la plus grande discrétion, sera envoyé à Pékin où il négociera les fameux « contrats chinois », la construction d’infrastructures en échange de cuivre et de cobalt,pour une valeur initiale de 10 milliards de dollars, passée à 6 par la suite. Seul Lumbi aurait pu donner le détail de l’indignation occidentale, des pressions subies, voire du chantage le plus éhonté, mais cet homme de l’ombre, aussi discret qu’influent, préféra garder le silence.
Par la suite, déçu par Joseph Kabila, il choisit de passer à l’opposition et devint le secrétaire général d’ « Ensemble pour la République », le mouvement créé dans le but de porter au pouvoir Moïse Katumbi lors des dernières élections du 31 décembre 2018.
Affaibli, « fatigué » comme on dit au Congo, Lumbi a été victime d’un virus qui, dans les premiers temps, s’en prend d’abord aux plus âgés et aux élites et il a quitté le monde avec bien des secrets….