20 juin 2020

Il n’est jamais trop tard pour rechercher la vérité

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Les parlementaires qui vont s’engager dans une commission « Vérité et réconciliation » sur la colonisation mesurent ils à quoi ils s’engagent ? Car en Belgique, « expertise » oblige, nous croyons volontiers tout savoir du Congo, un pays que nos ancêtres ont arpenté, sondé, classifié, qui a rempli des milliers d’albums de famille et nourri des souvenirs toujours brûlants et controversés. Cependant, de la réalité de la conquête coloniale, de sa brutalité, de ses contraintes, nous savons si peu. Certes, nous avons répertorié les groupes ethniques, inventorié le sol et le sous sol. Mais du « ressenti » de la domination, de ce qu’a retenu la mémoire populaire, nous savons si peu, au point, aujourd’hui encore d’être surpris. A double titre. Tout d’abord par la colère qui anime certains ressortissants d’origine africaine, victimes de discriminations persistantes et qui se heurtent, sur notre territoire, à d’hermétiques « plafonds de verre ». Mais surpris aussi, pour ceux qui ont la chance de pouvoir se rendre au Congo, par l’attachement que la population congolaise éprouve encore à l’égard des Belges, par la multitude des liens, des solidarités qui ont persisté malgré les épreuves et le passage du temps. Dans la complexité des relations belgo congolaises, le facteur humain, si souvent négligé, devra certainement être examiné de plus près.
Mais aussi, comme dans toute famille qui se respecte, il faudra, enfin, faire les comptes. Tenter de savoir, comme disait naguère le président Mobutu :« qui doit à qui ? » Certes, la Belgique, au tournant du siècle dernier, ne s’est pas développée grâce au Congo car elle était déjà une puissance industrielle, mais la transfusion de richesse de la colonie vers la métropole a été considérable et, après la seconde guerre mondiale, c’est parce qu’elle était un passage obligé vers l’Afrique centrale que la Belgique a conquis sa place auprès des puissances.
Le temps est venu pour qu’une enquête parlementaire, multidisciplinaire, fasse la lumière sur le passé, exhume les secrets de famille et les bilans comptables des sociétés, rappelle le racisme, l’injustice mais aussi, bien souvent, la volonté de bien faire, suivant les critères de l’époque.
Rappelons que si les relations entre la Belgique et le Rwanda, malgré quelques tensions sporadiques, sont aujourd’hui sereines, c’est parce qu’au lendemain du génocide, une commission d’enquête a courageusement mené un patient travail de vérité. Le temps est venu de mener un tel exercice à propos du Congo, car alors, parmi les autres nations colonisatrices la Belgique, à l’instar de ce qu’elle a fait avec le Rwanda, montrera l’exemple. En Europe, elle pourrait ainsi contribuer à l’apaisement des esprits, au recul du racisme et, qui sait, à l’humilité…