26 juin 2020

Justine Kasa-Vubu revisite l’histoire politique de son père

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Justine Kasa-Vubu, sociologue, diplôme de l’UCI, vit en Belgique depuis plus de vingt ans. D’abord nommée ambassadeur du Congo à Bruxelles par Laurent Désiré Kabila, le « tombeur » du président Mobutu, elle ne tarda pas à rompre avec un homme qui l’avait déçue. Durant les années précédent la chute du régime Mobutu, elle avait été la très éloquente porte parole de l’opposition congolaise en exil et est toujours très active au sein de la diaspora.
Au terme d’un long travail de recherches, elle vient de contribuer à la mémoire nationale par un livre important, consacré à son père, le premier président du Congo, Joseph Kasa-Vubu. Un homme calme, pondéré, qui n’avait peut-être pas le charisme et la verve d’un Patrice Lumumba, mais dont la légitimité était incontestable, car elle s’enracinait dans la longue tradition du peuple Bacongo.
Mme Kasa-Vubu se repose sur sa mémoire personnelle, sur celle de sa famille, de sa maman Hortense et elle replonge avec talent dans ce Congo de l’après guerre. Elle rappelle la déception de son père, qui s’appelait encore K’hasa, lorsqu’il ne put poursuivre ses études au séminaire et devenir prêtre car son esprit avait été jugé trop indépendant pour l’époque. Elle évoque ses débuts modestes et difficiles comme buraliste puis moniteur, ses réflexions portant sur l’émancipation des Congolais alors qu’il participait aux réunions des anciens élèves des Pères de Scheut.
Pas à pas, le livre retrace la lente prise conscience d’un jeune intellectuel, les difficultés matérielles et les injustices rencontrées à l’époque, la fondation, en 1950, de l’association culturelle Abako « Alliance des Bakongo pour l’unification, le perfectionnement, la conservation et l’expansion de la langue et la culture Bakongo. » Autrement dit, les descendants de ce royaume de Kongo que le Portugais Diego Cao « découvrit » au 15 e siècle, rêvaient de reconstituer leur unité d’autrefois, de s’émanciper des tutelles successives qui avaient pesé sur eux. Les objectifs de l’association étant d’abord culturelles, Kasa et ses amis s’adressèrent à ceux des Belges qui se montraient ouverts aux « évolués », ils nouèrent de bonnes relations avec le professeur belge Jef van Bilsen, qui proposera bientôt son plan de trente ans. Lorsque l’Abako se transforma en formation politique, il remporta les élections communales à Léopoldville. Vers la fin des années 50, c’est donc l’Abako, jugé mouvement « tribal » mais très bien implanté dans la capitale, qui était considéré comme dangereux voire subversif par le pouvoir colonial, qui tenta par tous les moyens de l’affaiblir. C’est le 4 janvier 1959 que tout s’accélère : à Léopoldville éclatent des émeutes menées par des partisans du prophète Simon Kimbangu, elles secouent les Belges et provoquent les premiers départs. La mécanique menant à l’indépendance est lancée. L’histoire est en marche. Avec talent, soutenue par une documentation abondante, Justine Kasa-Vuvu revisite une histoire qui est aussi celle de sa famille et elle aide à mieux comprendre les rapports difficiles qui, très vite, s’établissent entre un Joseph Kasa-Vubu, enraciné dans la longue histoire du peuple Kongo et Patrice Lumumba, un « évolué » brillant, autodidacte, trop vite courtisé par la gauche de l’époque, parmi laquelle des militants communistes… Témoin de premier plan, Mme Kasa-Vubu décrit aussi les interférences belges de l’époque et le « grand jeu international » qui se transforma en piège pour le jeune Congo et ses dirigeants.

Justine M’Poyo Kasa-Vubu

Kasa-Vubu, biographie d’une indépendance
Édition Samsa Histoire