5 août 2020

La commission colonisation cherche un timonier

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• Dans la plus grande discrétion, les experts chargés de préparer la Commission parlementaire qui va étudier la période coloniale, au Congo, au Rwanda et au Burundi, ont entamé leurs travaux, en dépit de plusieurs désistements dus à la masse de travail requise dans un délai très court. C’est dès octobre prochain en effet que des parlementaires proposés par toutes les formations politiques entameront leur mission : ils auront un an, pas plus, pour examiner sous différents angles le passé colonial de la Belgique. Proposée par le groupe Ecolo-Groen, qui aura la présidence des travaux, cette initiative sera une première en Europe : jusqu’à présent, aucune « ex-puissance coloniale » n’a mené une telle introspection. L’un des seuls précédents, c’est la Commission Vérité et réconciliation qui, en Afrique du Sud, avait été dirigée par Mgr Desmond Tutu.
A première vue, l’idée est excellente, la démarche courageuse, et elle devrait déboucher sur la mise à nu des racines historiques et idéologiques du racisme et de la discrimination qui plombent encore notre société multiculturelle, engendrant colère et frustrations. Cependant, l’embarras et les désistements d’historiens ne sont pas seulement dus à des questions d’agenda. La mise à l’écart de spécialistes reconnus, entre autres ceux qui avaient été proposés par le musée de Tervuren, et aussi la grande absence de chercheurs et d’historiens portant la voix des Congolais d’aujourd’hui, posent question.
Alors qu’il s’agit d’examiner un passé commun à la Belgique et à trois pays africains, au premier rang desquels le Congo, -le seul à avoir été véritablement colonisé- le monopole réservé à la partie belge interpelle. Certes, les professeurs Elikia M’Bokolo et ZanaEtambala sont d’origine congolaise, leur compétence ne fait aucun doute, mais c’est aux partis politiques belges qu’ils doivent leur invitation et non à un mandat donné par leurs compatriotes.
Cela rappelle le « groupe de travail » réuni en Belgique en 1958 pour discuter de l’avenir du Congo et où, face à la revendication des Congolais qui voulaient y participer, on leur opposa que dans ce cas, il faudrait aussi inviter des représentants des colons européens! S’il faut espérer que, dans un deuxième temps, des Congolais, Rwandais, Burundais soient invités par nos parlementaires pour livrer « leur » histoire, il faut aussi souhaiter que les membres de cette commission mesurent l’importance et les dangers de leur tâche. Car ni parmi nos compatriotes d’origine africaine, ni parmi les descendants des colons d’hier, les esprits ne sont apaisés : le déboulonnage des statues en est un exemple, tout comme, dans certains milieux, les réflexes de défense et de justification.
Il y a 20 ans, au lendemain du génocide, une commission parlementaire consacrée au Rwanda avait été chargée d’établir les responsabilités de la Belgique. Elle fut considérée comme un succès car un certain Guy Verhofstadt, alors parlementaire, accepta, durant tout un été et bien au-delà, de se plonger à fond dans cette histoire douloureuse. Sa connaissance du sujet lui permit de mener à bon port les travaux parlementaires qui contribuèrent à un notable apaisement des esprits, au Rwanda et en Belgique et il fut le premier, à Kigali, à présenter courageusement les excuses de notre pays. On ne peut que souhaiter semblable timonier pour l’entreprise actuelle, sans quoi la commission risquera de se fracasser sur les écueils des mémoires divergentes…