12 septembre 2020

Bernard Remiche, un homme au-delà du droit, de l’économie, de la politique et même du Congo…

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Un grand ami du Congo s’en est allé en la personne de Me Bernard Remiche. Avocat près la Cour d’Appel de Bruxelles, professeur d’université (UCL, Nice, Coïmbra, Buenos Aires…)il s’était spécialisé dans le droit économique et plus particulièrement les questions de propriété intellectuelle. Sa dernière grande victoire avait été remportée contre la société multinationale Monsanto, qui avait voulu implanter en Argentine les semences OGM.
Ses liens avec le Congo étaient anciens et particuliers : n’étant pas issu d’une famille ayant des attaches en Afrique il avait découvert le pays alors que, dans les années 70, il était chef de cabinet du Ministre de la Coopération d’alors, Lucien Outers. A ce titre, il eut à gérer en 1978 une crise exceptionnelle : l’incursion au Katanga de rebelles venus du pays voisin, les fameux « gendarmes katangais ». Cette crise, marquée par une avancée fulgurante en territoire katangais au départ de la localité de Dilolo sur la frontière se termina de manière tragique et spectaculaire lorsque les paras français, devançant leurs alliés belges qui arrivèrent à la fin des opérations, sautèrent sur Kolwezi, délivrèrent les otages européens retenus à la villa P2 et mirent les rebelles en déroute, ce qui conforta le pouvoir de Mobutu. Après la fin de la participation du FDF (Front pour la défense des francophones) au gouvernement, Bernard Remiche, qui avait été témoin et acteur d’une politique belge déjà marquée par les querelles communautaires s’impliqua davantage dans le Zaïre de l’époque et noua de nombreux contacts avec l’entourage du président Mobutu mais aussi avec des opposants notoires. Passionné par le pays, cet homme affable, doté d’un solide sens de l’humour qu’il légua à son fils Gilles, comptait de nombreux amis à Kinshasa ; il défendit les intérêts de la maison d’édition De Boeck et, bien plus tard, tenta de remettre de l’ordre dans les finances et la gestion du Grand Hôtel de Kinshasa, une tâche de Sisyphe…Il fut aussi l’avocat de la famille Lumumba et se tint à ses côtés lorsque la Belgique, après une commission d’enquête parlementaire, reconnut enfin sa responsabilité dans la mort du héros de l’indépendance. Auparavant, il s’était passionné pour la musique congolaise, plaidant la cause des musiciens, -des hommes aux affaires compliquées et aux visas parfois difficiles à obtenir- et il suivait toujours, même de loin, la politique du pays, alimenté qu’il était par les informations que lui donnaient ses nombreux amis et collègues
Fin observateur de la politique belge, il avait été l’un des sages du FDF et à l’époque, l’un des artisans du rapprochement de ce parti avec le Rassemblement wallon. Passionné par la presse depuis ses études universitaires, comptant de nombreux amis parmi les journalistes, il avait soutenu plusieurs aventures éditoriales, dont, au début des années 70, Quatre Millions Quatre, puis Dimanche Matin et enfin la version belge de l’hebdomadaire français Marianne.
Devenu professeur émérite, il avait gardé ses activités d’avocat, ses passions intellectuelles, son goût pour la politique et d’immenses lectures éclectiques. Porté par un sens indéfectible de l’amitié, il avait aussi maintenues intactes ses nombreuses relations en Belgique et à travers le monde. C’est pour cela que le jour de ses funérailles à Bruxelles, une messe sera dite aussi à l’église Sainte Anne de Kinshasa, jumelée pour l’occasion avec l’église Sainte Anne d’Uccle… Entre Belges et Congolais et en dépit des règles sanitaires et des « distanciations » multiples, il est de ces amitiés qui demeurent sans frontières…