7 octobre 2020

Minembwe, une commune rurale qui échauffe les esprits au Sud Kivu

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Installé à Goma dès son retour de Bruxelles, le président Tshisekedi fait face à un tollé général, provoqué par l’installation, le 28 septembre dernier, de la commune rurale de Minembwe, au Sud Kivu. avec comme bourgmestre Gad Mukiza, appartenant à la communauté Banyamulenge. Pour le gouverneur du Sud Kivu, Théo Kasi Ngwabidje, s’exprimant en présence de l’ambassadeur des Etats Unis, des chefs de l’armée et du ministre de la décentralisation et des réformes institutionnelles Azarias Ruberwa, « cette nouvelle étape devrait permettre d’accélérer le processus de paix dans la région ». Cette paix est encore un vœu pieux : depuis plus de vingt ans, la région des Haut Plateaux qui domine le lac Tanganyika et dont Minembwe est la capitale représente l’un des points les plus chauds de la RDC. Malgré la présence de la Monusco et de l’armée congolaise, les affrontements sont quotidiens et la région compte des milliers de déplacés. Située en face du Burundi et du Rwanda, cette région de montagnes accueille en effet divers mouvements armés opérant dans les pays voisins , des opposants au président Kagame se réclamant du général Kayumba Nyamwasa ainsi que les troupes du FNL (Front national de libération) un mouvement hutu rassemblant d’anciens réfugiés arrivés en RDC après le génocide de 1994. Les mouvements armés burundais sont également présents dans la région, tandis que Kigali et Bujumbura soutiennent également des groupes rebelles opérant au-delà de leurs frontières. Si l’ensemble du Sud Kivu est un « terrain de jeu » pour les pays voisins, y compris l’Ouganda et si les affrontements avec divers groupes congolais Mai Mai qui assurent défendre leurs terroirs et leurs communautés sont quotidiens, les Banyamulenge sont eux aussi à la fois acteurs et victimes. Au Congo, nul n’ignore que ces pasteurs sont d’origine rwandaise et qu’arrivés sur les plateaux d’altitude à la fin du 19 e siècle à la suite d’un litige avec le Mwami du Rwanda, ils ont formé des communautés homogènes vivant essentiellement de l’élevage. Le colonisateur belge ne les ayant pas répertoriés parmi les tribus congolaises d’origine, les Banyamulenge ont été régulièrement qualifiés d’étrangers. Les sentiments d’hostilité à leur égard ont été exacerbés par le fait que des jeunes gens de leur communauté ont été recrutés par le Rwanda pour faire partie des troupes qui, à l’issue de la guerre de 1996-97 chassèrent le président Mobutu et installèrent au pouvoir Laurent Désiré Kabila. Durant la deuxième guerre du Congo, les Banyamulenge, enrôlés dans le mouvement rebelle RCD, (Rassemblement congolais pour la démocratie) se retrouvèrent aux côtés des troupes rwandaises et participèrent à de nombreux massacres. A cette époque, Azarias Ruberwa, un avocat formé à Lubumbashi et l’un des leaders de la communauté banyamulenge, se trouvait à la tête du RCD et avait déjà créé le « territoire » de Minembwe incluant plusieurs entités des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira. A la suite des accords de paix qui en 2002 permirent la réunification du pays, Ruberwa devint un ministre influent à Kinshasa, proche de Joseph Kabila, mais au Sud Kivu, il était toujours considéré comme un « agent » de Paul Kagame.
Dans la région des Haut plateaux, la paix n’est jamais réellement revenue et malgré les hauts faits du général Patrick Masunzu monté en grade dans l’armée nationale, les pasteurs Banyamulenge ont été régulièrement accusés d’être la « cinquième colonne » du Rwanda sinon des agents de la « balkanisation » du Congo opérant avec le soutien des Etats Unis. Les campagnes de haine ethnique à leur encontre ont été régulièrement accompagnées du vol de leur bétail et de l’incendie de leurs villages, ces méfaits commis par les bandes armées entraînant des opérations militaires et d’ inévitables représailles, les dernières en date, dénoncées par le Docteur Mukwege, ayant fait une quinzaine de morts (et non 200…)dans le village de Kipupu. Dans ce contexte explosif, la création, ex abrupto, de la commune rurale de Minembwe, sur une superficie de 10 Km2 selon le ministre régional de l’intérieur, réjouit les Tutsis congolais qui se proposent d’offrir des vaches et du lait au président Tshisekedi. Mais elle suscite aussi un tollé de protestation dont celle du Comité laïc de concertation, qui embrayant sur les propos de l’évèque d’Uvira, dénonce le « fait accompli » au détriment des limites des chefferies et territoires déjà existants.
En clair, une certaine opinion congolaise, déjà très « chauffée » contre le Rwanda par le rappel incessant des crimes de guerre commis dans les années 2000, craint que la nouvelle commune rurale, en plus des conflits fonciers à redouter, devienne une tête de pont du pays voisin. Au lieu de saluer la volonté de paix de Félix Tshisekedi, elle redoute plutôt, avec la bénédiction du « pro consul » américain, une collusion avec Kagame…