5 novembre 2020

En hommage à Hugues Dupriez

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Un mot de bienvenue, prononcé sous le grand arbre de son jardin…

Nous sommes peu nombreux ici, à peine plus que les doigts de nos deux mains. Mais nos bras sont ouverts et nous savons tous que nos amis sont là, que notre famille de cœur s’étend à l’Amérique latine, à l’Afrique, à la France, à la Suisse . Hugues, on l’a dit souvent lors de ses fêtes mémorables, était un baobab, ses branches étaient puissantes et lourdes, elles donnaient de la fraîcheur, il y avait à boire et à manger. Tous, nous nous sommes frottés à son écorce rugueuse, nous avons protesté, puis nous sommes revenus dans son ombre protectrice. Et aujourd’hui, après tant de fêtes et de promenades, tant de réunions familiales, nous revoici réunis. Présents physiquement, moralement, rassemblés autour de ce feu de campagne et unis par le souvenir, l’affection. L’ amour tout simplement.
Vous ici présents, vous là bas, sachez que nous sommes proches et ensemble. Qu’au Burkina Faso, la poussière aux pieds d’Hugues s’est transformée en terre fertile et que Diobass va se poursuivre, même sous une autre forme. Qu’avec les amis du Kivu, dans ces vertes collines où lui et moi nous nous sommes rencontrés pour la première fois du côté de Kamituga, nous sommes côte à côte. Unis comme voici trente ans, solidaires, partageant les peines, les joies, poursuivant ce long chemin aux côtés des femmes, des paysans, des animateurs de la société civile qu’Hugues l’iconoclaste voulait affranchir des donneurs de leçons quels qu’ils soient…
Ces métiers de la terre, ces images de jardins maraîchers et de puits à l’orée du désert, ces souvenirs de marchés villageois et d’offrandes modestes, ces leçons de courage au quotidien qu’il évoquait dans ses livres, Hugues les gardait en lui . Plus que sa mémoire, c’est son cœur qui lui permettait d’évoquer les visages de ces héros ignorés, car ses pièces de terre s’inspirent de votre histoire et parlent de la vie.
Ses livres aussi voyagent encore. Hier, Michelle les déposait à la poste, par cartons entiers. Aujourd’hui, les voilà traduits, diffusés, mis sur Internet, distribués gratuitement. On les réclame, on s’en inspire. Dupriez, c’est notre René Dumont, mais à l’époque, il était presque le seul à savoir qu’il avait raison et qu’il voyait juste et loin. Il a toujours été un batailleur solitaire et à l’époque de ses combats, bien rares étaient ceux qui savaient que ces ouvrages là, avec leurs dessins, leurs photos, leurs textes minutieusement relus et corrigés par Michelle qui ne laissait rien échapper ne parlaient pas du passé, mais du futur d’une planète qu‘il voulait plus viable.
« Terres et Vie » : dans ces trois mots, tout était dit, et aujourd’hui la terre est toujours là, la vie va continuer sans lui, mais le chemin est tracé.
Sachez que le soir qui précédait son départ, Hugues s’est rempli les yeux et le cœur des œuvres de Freddy Tsimba, des textes de Jean Bofane, la beauté de quelques statues maternelles présentées par le musée rappelait les personnages qui peuplent son salon et lui tenaient compagnie. Après avoir eu le bonheur de revoir quelques amis, il a traversé la route, il s’est avancé sous la pluie comme un jour nous le ferons tous. La douceur de la nuit nous attendait. Hugues ne connaissait ni le jour ni l’heure mais il était prêt au grand départ et par ces temps de noirceur et d’angoisse, il n’avait plus envie de traîner.
Cet homme était fait pour rester debout.
Il a planté des arbres, il a cultivé ses amours, il a chéri ses enfants et petits enfants, il s’est souvenu de ses amis si chers, proches ou lointains, il se rappelait tous les combats partagés.
Sous l’arbre de sa vie, abrités par les longues branches de la mémoire et de l’amour, nous sommes ensemble, une fois encore, physiquement mais aussi dans les airs et les réseaux. Mais surtout nous sommes avec lui. Sans prévenir, son cœur a lâché, mais ceux qui sont ici comme ceux qui sont au loin savent qu’il est toujours là.
Il faut le répéter pour conjurer le chagrin : nous sommes ensemble et dans l’ombre du baobab, Hugues donne place à chacun d’entre nous…