9 décembre 2020

KInshasa: scènes de violence à l’Assemblée nationale

Catégorie Non classé

Pauvre démocratie congolaise ! Malmenée, truquée, prise en otage entre l’ancien et le nouveau président, entre la lettre des textes et l’esprit du changement auquel le peuple aspire, la voici désormais témoin d’échauffourées dans le lieu même qui devrait l’abriter, l’ Assemblée nationale !
Durant deux jours en effet on a vu les « honorables », s’empoigner, tempêter, appeler à la rescousse militants et troupes de choc, casser du mobilier, la palme revenant à Jean Marc Kabund, secrétaire général de l’UDPS et commandant en chef des « parlementaires debout », inlassables deviseurs de la rue, et les « wewas », les taxi moto montés du Kasaï pour gagner leur vie dans la capitale. Le premier jour, on a vu des scènes de casse, le deuxième, des armes blanches ont été brandies… Au lendemain du discours du président Tshisekedi annonçant qu’il mettait fin à la coalition nouée voici deux ans avec Joseph Kabila et nommait un « informateur » chargé de lui présenter une nouvelle majorité, on savait que les cartes allaient être rebattues : le premier Ministre Ilunkamba, sommé de présenter sa démission, devait se préparer à être remplacé, de grandes manœuvres de débauchage –financier-, de séduction –politique- de persuasion –idéologique- (choisissez la case à cocher…) allaient être déployées afin de détrôner la coalition FCC (Front commun pour le Congo) bétonnée par Kabila et lui permettant, grâce à ses 338 députés contre 47 à la coalition de Tshisekedi, de contrôler le système et de paralyser le tenant du pouvoir suprême. Outre d’éventuels transfuges sortis des rangs « kabilistes », d’autres partis et d’autres leaders allaient être approchés, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Martin Fayulu. Des ténors certes, eux aussi positionnés en prévision des élections de 2023, mais peut –être circonspects face à un Tshisekedi venant de renier l’alliance conclue voici deux ans et donc capable de récidiver à leurs dépens.
Si l’affrontement s’est déroulé au Palais du Peuple, c’est parce que la présidente de l’Assemblée, Mme Jeanine Mabunda, nommée par Joseph Kabila et soutenue par la majorité parlementaire, entendait organiser une séance plénière et cela alors qu’elle était visée par une procédure de destitution présentée par les anciens alliés de l’UDPS au nom d’une future « Union sacrée », une majorité alternative évoquée par le chef de l’Etat mais dont le seul défaut est de n’avoir pas encore vu le jour. Face à son refus, les chaises ont donc volé… Il est clair que si Mabunda devait tomber, d’autres piliers du FCC pourraient suivre, comme les gouverneurs de province. Un bureau a finalement été constitué, chargé d’examiner les plaintes contre la présidente. Dismas Kitenge, vétéran des luttes pour les droits de l’homme, a jugé la situation « révoltante », « conséquence des élections frauduleuses de 2018 », le politologue Jean Omasombo a qualifié le spectacle d’ « indigne », craignant que l’on veuille « détruire le Parlement » , même s’il souligne que le conflit était inévitable tandis qu’un autre chercheur, Wamu Oyatambwe est allé jusqu’à redouter un coup d’Etat militaire. La semaine dernière en effet, le porte parole de la «grande muette » avait déclaré que l’armée demeurerait fidèle à la Constitution, aux institutions du pays, ce qui avait été interprété, peut –être un peu légèrement, comme un soutien au chef d’Etat en place. Alors que beaucoup de Congolais ont été choqués par ce spectacle de violence, les capitales occidentales sont demeurées silencieuses se félicitant peut-être des lézardes dans un système Kabila qui ne les avait guère courtisées. En revanche, la représentante de l’ONU, Leila Zerroughi a mis le Conseil de Sécurité en garde contre les conséquences du conflit actuel, soulignant que le pays ne pouvait se permettre une crise institutionnelle grave.
Faut il rappeler que si le blocage devait déboucher sur de nouvelles élections (seul moyen légal de créer une nouvelle majorité…) l’exercice coûterait entre 500 millions et 700 millions de dollars et cela alors que la nouvelle Commission électorale n’est pas encore sur pied. En ces temps de crise sanitaire, l’Europe sera-t-elle disposée à payer la facture d’un scrutin prématuré ?