22 décembre 2020

Fernand Allard l’Olivier, peintre de l’Yser, des corons et du Congo d’avant guerre

Catégorie Non classé

Un grand peintre belge redécouvert : Fernand Allard L’Olivier,
De Tournai à Yanonge

L’itinéraire de Fernand Allard l’Olivier, -FALO pour ses admirateurs- pourrait inspurer un roman et la monographie qui lui est consacrée est une belle surprise.
Ses descendants, dont sa petite fille, ont tenu à lui rendre justice et, en ces temps de confinement où l’avenir est lourd de craintes et le public aux abonnés absents, ils ont osé publier un ouvrage important, illustré des œuvres majeures d’un peintre originaire de Tournai, témoin curieux des premières décennies du siècle dernier. Dans sa jeunesse, ce fils d’une famille de lithographes tournaisiens multiplie les voyages en Europe, découvre l’Italie et l’Espagne ce qui l’amène à jouer avec la gamme des rouges, à oser la couleur et les forme généreuses tandis que les audaces futuristes qu’il découvre à Paris ne l’intéressent que modérément.
En 1916, l’insouciant FALO qui exposait dans les salons parisiens quitte Tournai pour une belle maison de Stockel et change de vie et de registre : à La Panne, en compagnie d’Alfred Bastien, il rejoint la section artistique de l’armée belge en campagne et sillonne les tranchées de l’Yser, parcourant une campagne inondée et détruite. Les œuvres du « peintre de guerre », qui plante son chevalet au bord des champs de bataille, au centre des hôpitaux de campagne, sont d’un réalisme abrupt. On y découvre des soldats blessés, des infirmières en coiffe, la médecine de guerre, les champs labourés par les obus. Ne serait ce que pour ces scènes là, qui nous rappellent une guerre qui, avec le recul nous paraît moyenâgeuse, les œuvres de Falo ont valeur de témoignage. Mais pas seulement : ses silhouettes de tirailleurs perdus au milieu des arbres calcinés ou errant au cœur de l‘hiver engoncés dans leurs uniformes trop lourds sont d’une force incroyable de même que les églises calcinées, les fermes écroulées, ce front de digues et d’eau glacée où il fallait tenir. Ces seules images feraient déjà l’intérêt de ces pages qui disent les pénuries, le froid, les boyaux inondés, les tirs d’artillerie, la mort patiente, des pages qui méritent d’être tournées avec lenteur et respect…
L’artiste ne s’arrête pas à la désolation : Fernand Allard prend part à la libération, et là, il éclate, il exulte. Il peint la Grand Place de Bruxelles semée d’oriflammes, ses toiles chantent l’espoir et la liberté et, triomphant, le rouge revient. Pas pour longtemps : démobilisé, le peintre s’en va découvrir le Borinage. Il arpente le pays minier, découvre les luttes sociales, s’attarde devant la force des ouvriers, la simplicité des loisirs modestes…
Carrière oblige : le peintre des tranchées et des corons fréquente aussi les académies, il s’attarde devant les baigneuses, capte les couleurs de son jardin de Stockel, sa pergola et ses bouquets. Mais contemporaines de Manet, de Renoir, de Van Gogh, ces œuvres là laissent plutôt indifférent. Par contre lorsque Fernand Allard découvre la Pologne, l’artiste excelle dans les portraits, les multiples expressions d’une foi intense.
C’est à partir de 1928 qu’il réalise son rêve de toujours et embarque pour le Congo. Renonçant à la traversée classique, il choisit d’aborder la colonie comme l’avait fait Stanley : via l’Egypte d’où, avec l’aide du Ministère des Colonies, il gagne l’Afrique de l’Est, puis remonte vers l’Afrique « belge » en passant par le Burundi. L’artiste traverse le Katanga, descend le fleuve Kasaï puis le Congo jusque Matadi. Une fois de plus les couleurs changent, le rouge se teinte d’ocre, le jaune de safran et, au Burundi comme au Rwanda, l’artiste partage la fascination du colonisateur pour les Tutsis. Avec respect, il s’attache à peindre les danses traditionnelles, les hautes silhouettes des pasteurs, les femmes qui regardent droit dans les yeux, illustrant ainsi les stéréotypes de l’époque.
La monographie de ce peintre voyageur, introduite par Marc Quaghebeur, réalisée grâce à la famille de l’artiste est une œuvre en soi, complète et passionnante ainsi qu’une aventure éditoriale hors du commun, qui ne manque pas de courage en ces temps de crise et de confinement…
vant guerre
Fernand Allard L’Olivier, de Tournai à Yanonge, éditions Wapica, www.editionswapica.be (disponible par vente directe)