28 décembre 2020

Congo: un couac dans la lutte contre la corruption

Catégorie Non classé

Un couac de taille: des inspecteurs venus de Bruxelles sont mise en cause

La lutte contre la corruption est le cheval de bataille du président Félix Tshisekedi, son arme principale lorsqu’il s’agît de déboulonner des adversaires, d’anciens alliés politiques ou de simples contrevenants et dans ce combat de Sisyphe, le chef de l’ Etat est ouvertement soutenu par les pays comme les Etats Unis et la Belgique. Mais l’arme pourrait aussi se révéler à double tranchant …En effet, la nouvelle agence de prévention et de lutte contre la corruption, APLC, créée l’été dernier, se trouve déjà elle-même dans le collimateur : son responsable, Me Gilbert Kikangala, longtemps avocat au Barreau de Bruxelles et défenseur d’Etienne Tshisekedi, a été placé sous mandat d’arrêt provisoire après plusieurs heures d’audition au parquet général près de la cour d’appel de Kinshasa Gombe. Bénéficiant de la présomption d’innocence, cet avocat de 60 ans a finalement été remis en liberté, mais les investigations se poursuivent et deux de ses chargés des opérations, des officiers de police belge d‘origine congolaise qui auraient été « prêtés » par la Belgique, ont disparu.
L’affaire concerne la filiale congolaise d’une banque d’origine nigériane, Access Bank. Soupçonnée d’être impliquée dans une affaire de blanchiment d’argent, sa filiale congolaise aurait laissé l’homme d’affaires Saleh Assi ainsi que d’autres personnalités placées sous sanctions américaines ouvrir des comptes pour des sociétés fictives. Une enquête de RFI avait établi que des millions de dollars avaient été versés en liquide sur un compte suspect et retirés par virements.
L’APLC ayant été chargée d’élucider l’affaire, le 10 décembre dernier le directeur nigérian d’Access Bank, Arinze Kenechukwu, accompagné de son avocat Me Amani Cibambo fut reçu pour une audition. Par la suite, les deux hommes dénoncèrent les « méthodes cavalières » de l’agence dont les agents, sans réquisition du procureur général, avaient demandé des informations concernant les clients de la banque. Par la suite, sans mandat ni réquisition du parquet, les agents se rendirent au siège de la banque pour saisir des documents.
En outre, le directeur de la banque ayant été mis en détention préventive et privé de son passeport, une caution fut exigée pour sa libération. C’est ainsi que les deux agents, -des inspecteurs de nationalité belge, qui n’ont pas qualité d’officiers de police judiciaire en RDC-exigèrent un montant total de 50.000 dollars au titre de caution, acceptant de se rendre à la banque et de prendre 30.000 dollars en liquide, moyennant reçu, assurant qu’ils passeraient deux jours plus tard pour encaisser les 20.000 dollars restants. Cette opération eut lieu un samedi à 21 heures, après l’heure de fermeture des bureaux et elle fut filmée par les caméras de vidéosurveillance de la banque. Diffusées par la suite, les images firent scandale et l’avocat d’Access Bank ne se priva pas de dénoncer des moyens peu orthodoxes voire des actes d’intimidation. Selon l’association belge « le Congo n’est pas à vendre » les inspecteurs rédigèrent une décharge par écrit sur une feuille blanche sans en tête, et ils signèrent sous de faux noms… Par la suite, les deux hommes ont été suspendus, ne se sont pas présentés devant le Parquet et ils auraient disparu.
L’APLC s’est défendue contre toute accusation de racket, accusant la banque de vouloir faire diversion, et cela alors que l’agence aurait découvert des indices sérieux de blanchiment et de financement de terrorisme et transmis toutes les pièces du dossier au parquet général de la Gombe.
Auparavant, le 27 novembre, l’agence avait convoqué Pascal Nyembo, directeur général du centre d’expertise et d’évaluation des substances minérales précieuses et semi-précieuses et aussi coordinateur de la lutte contre la fraude minière au niveau des pays des Grands Lacs. afin de le soumettre à un interrogatoire. Après avoir attendu quatre heures d’affilée sans explication, le puissant DG décida de quitter les lieux sans avoir été interrogé. Cette “défection” faillit l’empêcher de se rendre à Nairobi un mois plus tard, où il était invité à une réunion régionale, mais l’ANR ayant finalement décidé de clôturer l’affaire, Nyembo put partir et revenir sans être autrement inquiété. Mais il se demande cependant si la manière dont il a été traité ne s’apparenterait pas à une forme de “torture psychologique” ou d’intimidation.
Face aux difficultés et aux déboires de l’Agence de lutte contre la corruption, le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba rappelle pour sa part que seul un Parquet financier, doté de personnalités compétentes, pourrait efficacement nettoyer les écuries d’Augias…