4 janvier 2021

Centrafrique: la fragile victoire du président Touadéra

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Des contingents rwandais et congolaise défendent Bangui

A première vue, le président sortant de la Centrafrique, Faustin- Archange Touadéra, a gagné son pari : il a remporté, avec 60% des voix, la majorité aux élections présidentielle et législatives qui ont eu lieu le 27 décembre dernier dans ce pays ravagé par la guerre civile où, depuis 2014, la communauté internationale tente de ramener la paix.
A Bangui et dans les zones contrôlées par l’armée gouvernementale et les 11.500 Casques bleus de la Minusca, le scrutin s’était déroulé dans le calme. Cependant, non seulement la victoire est partielle, car les élections n’ont pu se tenir que sur un tiers du territoire mais elle a été immédiatement contestée par le front de l’opposition, qui a dénoncé le bourrage des urnes et des dérogations massives, des électeurs ayant été autorisés à voter ailleurs que dans leur circonscription. Mais surtout, cette victoire, qui incarne l’espoir d’une paix durable, pourrait s’avérer dérisoire si l’offensive militaire devait se poursuivre. Après l’assaut sur Damara, à 70 km de la capitale, la ville de Bangassou, à 750 km de Bangui, vient de tomber aux mains d’une force militaire rebelle venue du Nord. Les autorités civiles n’ont du leur salut qu’à l’intervention des Casques bleus, parmi lesquels des unités d’élites de l’armée rwandaise. Un observateur présent à Bangui nous le confirme : « ca craint… des centaines de combattants déferlent sur la République centrafricaine en provenance du Nigeria, du Niger, du Mali, du Tchad, comme si on venait de leur ouvrir un corridor… »
Cette force militaire s’est rassemblée autour de l’ancien président François Bozize, arrivé au pouvoir en 2003 et qui en avait été chassé dix années plus tard, en 2013. Bozize, qui résidait en Ouganda, souhaitait participer à l’élection présidentielle mais sa candidature avait été invalidée. Depuis lors, il a pris la tête d’un regroupement d’opposants « la Coalition des patriotes pour le changement » et il est soutenu par des mouvements armés, dont des combattants viennent de la sous région et pillent les ressources de la Centrafrique, dont le bétail.
En réalité, la Centrafrique, l’un des pays plus pauvres du continent, qui ne compte que 4,5 millions d’habitants, est devenue le théâtre d’une guerre dont les enjeux dépassent largement ses frontières et qui sont reliés à l’Afrique des Grands Lacs. Outre un contingent burundais, la Minusca compte 3000 Rwandais, qui contrôlent la capitale et qui, la semaine dernière, n’ont pas hésité à ouvrir le feu en réponse à des tirs qui avaient éclaté dans le quartier P2. En outre, un accord de défense a été signé entre Bangui et Kigali, et des soldats d’élite rwandais assurent la sécurité personnelle du président Touadéra. L’offensive actuelle a aussi rencontré de nouveaux protagonistes : venus de Gbadolite et de Zongo, un millier de militaires congolais ont traversé le fleuve Oubangui pour défendre Bangui et empêcher tout débordement de la guerre en RDC. L’implication des Rwandais et de leurs désormais alliés congolais s’explique par le fait que des groupes armés hutus, présents en RCA depuis deux décennies auraient rejoint les groupes rebelles. En outre, selon certaines sources, les Ougandais appuieraient les opposants armés, défiant ainsi les Rwandais loin des frontières communes…
A ces rivalités interafricaines s’en ajoute une autre : alors que son armée, qui était en formation, avait désespérément besoin d’armes et d’équipements militaires, c’est en vain que le président Touadéra s’était adressé à la France qui ne lui avait proposé que des armes découvertes et saisies sur un bateau au large de l’Océan Indien. Ces armes, destinées à des groupes islamistes, étant frappées d’embargo, le Conseil de sécurité s’était opposé à leur cession et la Russie avait alors proposé son aide, en matériel mais aussi en conseillers militaires. Depuis trois ans, la société Wagner, qui fournit des mercenaires sur différents théâtres, a envoyé à Bangui des conseillers militaires et tout récemment, des fournitures de blindés russes ont été largement médiatisés. Cette présence russe, un pion avancé sur la carte de l’Afrique, déplaît fortement à la France. Sans surprise, si le président Touadéra été chaleureusement reçu par Wladimir Poutine, il est en disgrâce à Paris où l’on assure que son autorité ne s’étend pas au-delà de la capitale et où on lui reproche d’avoir ouvert aux Russes l’accès à certaines ressources de la région, l’or, le diamant et, à proximité, l’uranium du Niger et d’ailleurs, qui fait tourner les centrales françaises…