20 janvier 2021

La victoire de Museveni suscite plus de gène que d’éloges

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La victoire de Yoweri Museveni, proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en Ouganda avec 58,6% des voix, n’a suscité ni joie ni surprise. En effet, ayant verrouillé les réseaux sociaux, perturbé Internet, mis en place une commission électorale étroitement contrôlée et assigné à résidence son principal opposant, le chanteur Bobi Wine, le président ougandais, au pouvoir depuis 1986 , n’a pris aucun risque. A court ou moyen terme, il pourrait cependant être confronté au défi des jeunes générations qui représentent 80% de la population et ne se reconnaissent plus dans celui que les Américains considéraient autrefois comme le chef de file des « young african leaders » au même titre que le Rwandais Paul Kagame.
L’annonce de sa victoire a d’ailleurs été suivie de heurts avec la police dans certains quartiers de Kampala tandis que Bobi Wine, aux arrêts dans sa propre maison, a dénoncé « l’élection la plus frauduleuse de l’histoire de l’Ouganda », appelant les électeurs à rejeter les résultats mais les dissuadant de recourir à la violence. .
L’opposant compte saisir la justice, mais ses chances de l’emporter sur le plan judiciaire sont infimes, le régime contrôlant toutes les institutions.
A terme, la manière dont Yoweri Museveni entend s’accrocher au pouvoir risque de paraître une anomalie dans une région qui change rapidement : au Soudan un nouveau régime a été mis en place, en Ethiopie le Premier Ministre Abyi a reçu le Prix Nobel de la paix, même si cet hommage sans doute prématuré a été terni par la guerre menée au Tigré, en RDC le président Kabila s’est retiré au terme de son deuxième mandat.
Quant aux Occidentaux, ils ont longtemps admiré et soutenu un régime qui, après les guerres et les troubles du temps d’Idi Amin Dada et de Milton Obote, avait apporté à la « perle de l’Afrique » la stabilité et un développement bien réel. Aujourd’hui, l’éloge a fait place à la gène : les Etats unis se disent « troublés » par les soupçons d’irrégularités, par la cinquantaine de morts enregistrés durant la campagne électorale et par le climat général d’intimidation et de peur. Faute d’accréditation, ils n’ont du reste pas envoyé d’observateurs . Quant à l’Union européenne, même si elle n’avait pas déployé d’agents électoraux sur place, elle s’inquiète des menaces qui pèsent toujours sur Bobi Wine qui affirme craindre pour sa vie.
Nul n’ignore que le succès populaire du chanteur repose sur le soutien d’une jeunesse dont il exprime les aspirations et les frustrations face à un développement profondément illégal tandis que les grandes villes du pays, affectées par la corruption, le chômage et la pollution ont majoritairement voté en sa faveur.
L’aura du président ougandais, qui se présentait naguère comme un faiseur de paix, est également ternie par les relations exécrables qu’il entretient avec son voisin et ex-ami Paul Kagame, au point de soutenir des opposants armés au régime de Kigali. Le temps est loin où, dans les années 80, les deux hommes fondaient ensemble un mouvement qui allait chasser Obote du pouvoir et, en 1990, soutenir le Front patriotique rwandais, composé de jeunes Rwandais exilés en Ouganda…
SI souvent cité en exemple, le développement de l’Ouganda pose aujourd’hui question : les rapports se succèdent, révélant les importations illégales d’or, de cacao, de café en provenance de l’Est du Congo et l’ « exportation » vers la région de Beni des combattants islamistes ADF, auxquels ont été attribués de nombreux massacres dont le dernier, à Irumu, vient de faire 46 victimes parmi les Pygmées…