20 janvier 2021

Malaise au Katanga, où le pasteur Mulunda a été arrêté

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Le pasteur méthodiste Ngoy Mulunda, ancien président de la Commission électorale indépendante, n’est pas un homme à mâcher ses mots. Proche de la famille de l’ancien président, il a participé dimanche dernier à un culte religieux où il a rendu hommage à Laurent Désiré Kabila, assassiné voici vingt ans, le 16 janvier 2001. Au lieu de se limiter à rappeler l’ engagement politique du défunt, l’homme de Dieu s’est aventuré dans la politique actuelle, assénant aux dirigeants de ce pays que « si vous voulez que le Katanga continue à être dans la RDC pour toujours et que nous puissions toujours partager le lait et le miel, je veux vous dire des choses qui fâchent et qui vont nous pousser à couper ». S’exprimant devant des cadres de l’ancien régime, y compris Emmanuel Shadary, l’ex dauphin de Kabila, le pasteur a aussi dénoncé « l’instauration de la dictature », « la corruption des élus et l’acharnement contre l’ancien président Kabila et son épouse. » Ces propos ne sont pas passés inaperçus, y compris auprès de l’ANR, les services de renseignements, qui sont aussitôt passés à l’action : arrêté dans la nuit à son domicile, non sans violence, le pasteur a aussitôt été transféré à la prison de la Kasapa (Lubumbashi) accusé d’avoir tenu des propos incitant à la haine et à des troubles à l’ordre public, tandis que deux de ses pasteurs étaient passés à tabac.
L’ex coordinateur du Programme œcuménique pour la paix et la réconciliation (Parec) (une ONG qui est souvent intervenue dans des conflits en Afrique australe) doit comparaître rapidement, en flagrance, devant un tribunal de Lubumbashi.
Félix Kabange Numbi, un député du FCC ( la plate forme de Kabila qui se décompose à toute vitesse pour rejoindre l’Union sacrée proposée par Tshisekedi) a dénoncé une arrestation arbitraire, soulignant qu’il ne fallait pas sortir ces propos de leur contexte et il a demandé la libération du pasteur « au nom de la paix sociale et de la cohésion nationale. »
Même s’ils ont été jugés excessifs ou inappropriés, les propos du pasteur expriment un réel malaise et plusieurs de nos interlocuteurs craignent de voir se rallumer la très ancienne hostilité entre les Kasaïens (la tribu de Tshisekedi) et les Katangais, plus particulièrement les Lubas du Katanga. Faut il rappeler qu’en 1960 ces derniers appartenaient au parti Balubakat, qui soutenait Lumumba contre Moïse Tshombe et dont Laurent Désiré Kabila avait été l’un des cadres ? Et nul n’a oublié qu’au début des années 90, à la fin de l’ère Mobutu, les Kasaïens, très nombreux à travailler dans les mines du Katanga, furent l’objet d’un véritable nettoyage ethnique, par lequel 300.000 d’entre eux furent brutalement renvoyés dans leur province d’origine.
A l’heure actuelle ce sont les Katangais qui se plaignent : alors que la production minière a tourné à plein régime, (1.400.000 tonnes de cuivre par an…) finançant ainsi la reconstruction du pays , ils ont le sentiment de faire les frais d’une revanche. De nombreux Kasaïens se sont installés à Kasumbalesa, le poste frontière avec la Zambie d’où ils laissent passer des camions chargés de minerai. Rappelant que Joseph Kabila avait accepté de céder pacifiquement le pouvoir, les Katangais relèvent que bien des postes clés leur échappent et ils dénoncent le « triomphalisme » de leurs compatriotes du Kasaï. Si le pasteur Mulunda a élevé la voix, c’est aussi parce que dans la province minière du Lualaba, le gouverneur Mueij, qui s’employait à reconstruire Kolwezi, a été convoqué à Kinshasa d’où pour d’inquiétantes raisons de santé il a du être évacué en Afrique du Sud tandis que l’Inspection des Finances se penchait sur les comptes de la province. D’autres personnalités d‘origine katangaise ont disparu récemment, dont le général Munkuto, auditeur général auprès de la Cour de Cassation, qui à Beni avait tenté de démêler l’écheveau des attaques attribuées aux islamistes. Quant aux partisans de l’ex président Kabila, ils affirment que leur chef, qui avait reçu un accueil triomphal lors de son arrivée à Kolwezi mi décembre, reçoit quotidiennement des menaces le visant personnellement ainsi que sa famille…
En outre, face à l’insécurité croissante, faite de viols et de braquages et attribuée à des « jeunes » venus en masse depuis le Kasaï voisin, un collectif katangais a appelé la population à « se prendre en charge face à « des délinquants politiquement instrumentalisés ». Tout cela rappelle de mauvais souvenirs…