22 janvier 2021

Elisabeth Burdot, une magicienne de l’information, s’en est allée

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Elisabeth Burdot était une magicienne de l’information. Tous les sujets, lorsqu’elle les abordait, elle les rendait passionnants, humains, compréhensibles. Était ce une question de ton, d’angle, de voix, ou était ce la passion alliée à l’intelligence ? Tout cela sans aucun doute.
Cette femme, avec des allures de princesse, était toujours partante, franc battant, pour les destinations les plus improbables, les plus difficiles : la Somalie, le Rwanda, l’Est du Congo, le Proche Orient qu’elle avait sillonné, le Golfe Persique, l’Afrique du Sud de l’apartheid et de la libération sans oublier son pays de cœur, les Etats Unis, où vivait son fils et où elle comptait d’innombrables amis. Cependant, sa carrière brillante, couronnée de nombreux prix, interrompue par une bourse Fullbright aux Etats Unis n’allait pas de soi : au départ, Elisabeth, jeune fille de bonne famille, orpheline d’un père un héros de la guerre de 40, était épouse de médecin et semblait plutôt destinée à une vie bourgeoise. Mais à côté de ses obligations de mère de deux garçons, elle suivait des cours à la Maison de la Presse, se préparant à répondre à sa véritable vocation, le journalisme. En 1975, elle passa haut la main le concours d’admission à la RTBf et sa vie prit alors un tournant qu’elle négociait depuis longtemps, la radio avec les émissions mondiales et le « petit matin » puis le JT où elle fut une présentatrice qui crevait l’écran.
Mais c’est dans le grand reportage qu’elle excella véritablement. C’étaient les belles années de 4 mIllions 4, avec Josy Dubié, André Dartevelle et tant d’autres stars de la grande émission de reportage. Elégante, séduisante, Elisabeth ne tarda pas à se faire respecter de ses rugueux confrères, car elle était partante pour tous les coups. Non seulement elle n’avait pas froid aux yeux et emmenait son équipe sur tous les fronts, mais surtout elle avait l’art d’humaniser la guerre, de rendre intelligibles ses enjeux, tout en démontrant, par l’image et les personnages qu’elle suivait longuement (sans économiser les bobines…), combien était absurde et cruelle la violence des hommes. Elle avait du génie, Elisabeth Burdot, de toujours découvrir l’angle qui ferait battre les cœurs et comprendre les enjeux et elle n’hésitait jamais à s’impliquer, avec tout son talent, toute sa sensibilité : comment oublier cette image d‘un condamné à mort américain qui, au travers des barreaux de sa cellule, lui tenait la main ? Comment oublier Elisabeth jouant des coudes sur le tarmac de l’aéroport de Lubumbashi et qui arracha ce cri de joie à Laurent-Désiré Kabila lorsqu’il l’aperçut, jolie robe et cheveux au vent parmi les baroudeurs en veste de cuir, « mais voilà ma chérie »…
Elisabeth Burdot, aimée du public, plébiscitée par de nombreux prix de journalisme, (dont le prestigieux prix Bayeux), collègue joyeuse et attentive était aussi une femme généreuse. Son dernier reportage au Kivu, consacré aux femmes victimes des viols et pour lesquelles, bien avant tout le monde, elle réclamait la justice, la fin de l’impunité pour les violeurs, lui avait permis de découvrir des jeunes démobilisés, issus de groupes armés et manquant de tout.
Dès sa retraite, acceptée à regrets mais avec philosophie, elle mit toute son énergie à soutenir le BVES (Bureau des volontaires pour l’enfance et la santé) et son animateur Mouna Murhabazi, dont elle devint la marraine de cœur, l’amie, la conseillère et elle mobilisa tous ses amis et relations autour de cette solidarité avec les plus oubliés des victimes de guerre.
Ainsi était elle, amie généreuse, mère et grand-mère, formidable journaliste, qui a choisi sereinement le jour et l’heure du dernier voyage, laissant derrière elle un long sillage lumineux et des ondes d’affection…