18 février 2021

Le nouveau premier ministre congolais incarne une nouvelle génération

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Un homme jeune (43 ans), originaire de Likasi au Katanga, le Premier Ministre congolais Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, que la presse appelle Sam Lukonde, représente la génération montante et sa nomination en remplacement d’ Ilunga Ilunkamba, un vieux routier de la politique, a été plutôt bien accueillie par l’opinion congolaise. En effet, cet ingénieur de formation, qui venait d’être nommé à la Gécamines au poste de directeur général dans l’espoir qu’il contrebalance le très puissant Albert Yuma, « coche plusieurs cases » de l’échiquier politique et il dispose d’un réseau de relations personnelles au sein de plusieurs partis. Député national en 2011, ministre des sports sous Joseph Kabila en 2014, il démissionne un an plus tard, en désaccord avec l’hypothèse d’un troisième mandat. Il est apparenté à Cécile Kyenge, qui vit en Italie où elle est devenue ministre de la Santé puis députée au Parlement européen où elle mettait régulièrement en cause le régime Kabila.
Rejoignant le G7 de Moïse Katumbi, Sama Lukonde soutient la candidature de Félix Tshisekedi aux élections présidentielles, un cheminement qui lui permet de traverser tout le spectre politique et d’y nouer des relations. Sa nomination devrait satisfaire les Katangais qui imaginaient déjà Moïse Katumbi accepter le poste, mais ce dernier, peut-être parce qu’il se souvient de la cruelle disgrâce de Vital Kamerhe et veut préparer calmement les élections présidentielles de 2023, a déclaré forfait. Sama Lukonde pourrait aussi neutraliser les éventuelles manœuvres d’un Joseph Kabila toujours replié dans sa ferme katangaise et dont le silence et le calme apparent inquiètent toujours ses adversaires.
Le faible poids du parti politique du premier ministre est de nature à rassurer ses alliés et à conforter un président qui veut manifestement contrôler tous les leviers du pouvoir sans qu’on lui porte ombrage.
Le respect des équilibres régionaux a également inspiré les récentes nominations. En effet, l’assemblée nationale sera désormais présidée par Christophe M’Boso, originaire du Bandundu (au centre du pays), le Sénat sera probablement présidé par un vieux routier de la politique, Bahati Lukwebo, originaire du Sud Kivu (Est) tandis que les Kasaïens sont massivement représentés dans les cours et tribunaux incarnant un pouvoir judiciaire sur lequel le président s’appuie beaucoup pour faire avaliser ses décisions.
Présentant ses priorités, le nouveau premier ministre a mis en avant la lutte contre l’insécurité à l’Est, alors que la situation ne cesse de se détériorer dans la région de Beni où une nouvelle attaque vient de faire 10 morts parmi les civils. Il devra aussi tenter d’améliorer la situation économique dans un pays où le budget de l’Etat ne s‘élève qu’à 7,1 milliards de dollars tandis que la majorité dont il dispose l’obligera à de périlleux arbitrages entre un FCC « historique » demeuré fidèle à Kabila et les « nouveaux venus » qui ont massivement intégré l’Union sacrée mise en piste par Tshisekeki, mais qui sont souvent d’anciens compagnons de route de l’ex président. Autrement dit, le jeune premier ministre incarnant le changement devra réussir à faire du vin nouveau dans les outres anciennes et s’ils devaient échouer, ni le chef de l’ Etat ni lui-même ne pourraient présenter comme excuse les blocages venant d’un « camp Kabila » désormais pulvérisé…