22 février 2021

L’ambassadeur d’Italie victime d’une embuscade au nord de Goma

Catégorie Non classé

Alors que les regards sont tournés vers Lubumbashi, c’est au Nord de Goma que l’ambassadeur d’Italie tombe sous les balles d’un groupe armé

C’est sur une route nationale toute droite, menant à la ville de Rutshuru et bien connue des touristes qui visitent le parc des Virunga, que l’ambassadeur d’Italie en RDC, Luca Attanasio, 44 ans, a trouvé la mort. Dans la province du Nord Kivu, tous savent que le croisement dit des « trois Antennes », à 10 km de Goma, est un lieu dangereux, où le conservateur du parc des Virunga, Emmanuel de Merode a lui-même failli trouver la mort voici quelques années alors qu’il se rendait à Goma en moto. Le lieu se trouve en effet au milieu d’un « sanctuaire » où opèrent divers groupes armés, rebelles rwandais FDL R, Mai Mai congolais ou simples malfaiteurs et « coupeurs de route ». C’est là que, lundi matin, à 10h 15, l’ambassadeur d’Italie a été victime d’une attaque d’hommes armés sortis de la brousse. Le véhicule du diplomate, qui était encadré par deux jeeps du Programme alimentaire mondial, a été pris pour cible par un groupe d’assaillants qui ont d’abord tenté d’enlever les sept occupants. Des gardes de l’ICCN (Institut congolais pour la préservation de la nature) qui opéraient à la lisière du parc voisin, sont aussitôt intervenus mais le chauffeur du véhicule et le garde du corps du diplomate avaient déjà été mortellement touchés par les tirs des assaillants. Quant à l’ambassadeur, atteint à l’abdomen de plusieurs balles, il a été emmené à Goma dans un état critique et il a succombé en cours de route.
Le diplomate avait été invité à visiter des centres de distribution de vivres gérés par le PAM dans le Nord Kivu et, s’il voyageait dans un convoi de trois véhicules portant les sigles du PAM et des Nations unies, il ne disposait pas d’une escorte de la Monusco ou de l’armée congolaise, précaution qui est cependant d’usage pour des personnalités de son rang. Le commissaire provincial de la police s’est déclaré surpris du fait que l’ambassadeur d’Italie se soit déplacé dans une zone à risque sans en informer la police et l’armée.
La disparition de Luca Attanasio, le premier assassinat d’un diplomate européen depuis la mort à Kinshasa de l’ambassadeur de France Philippe Bernard victime en 1991 d‘une « balle perdue », a suscité une vive émotion à Kinshasa et elle a confirmé la détérioration de la situation sécuritaire dans le nord est de la RDC , qu’il s’agisse des abords du parc des Virunga au dessus de Goma ou de l’Ituri. Ces dernières années, plus de 200 gardes du parc, sur près de 700 au total, ont perdu la vie dans des affrontements avec des groupes armés. Ces groupes sont le plus souvent des rebelles hutus d’origine rwandaise, qui subsistent dans la région depuis deux décennies grâce à la fabrication et à la vente du charbon de bois, ou des groupes ADF (Allied démocratic forces) venus d’Ouganda et ayant fait souche au Congo. De religion musulmane, ils sont souvent considérés comme des « djihadistes » en liaison avec la nébuleuse islamiste. Des observateurs militaires relèvent aussi que cette prolifération de groupes armés est le résultat paradoxal d’une politique initiée après les accords de paix de 2002, où les membres des groupes rebelles furent intégrés dans l’armée congolaise à la faveur des programmes DDR (Désarmement, démobilisation, intégration) financés par la communauté internationale. Actuellement, cette dernière préconise la réintégration dans des réseaux communautaires civils, mais le mal est fait, l’assurance de l’impunité suscite sans cesse de nouvelles « vocations ».
L‘assassinat du diplomate italien rappelle cruellement que la situation dans l’Est est loin d’être réglée, alors que c’est à Lubumbashi, la capitale économique du Katanga, que 1800 soldats de la Garde Républicaine ont atterri dimanche, traversant la ville à l’occasion d’une « marche sportive ». Ils ont pour mandat de poursuivre les milices « Bakata Katanga » qui avaient ouvert le feu sur une caserne militaire voici quelques jours, mais beaucoup se demandent si les GR ne devraient pas accompagner l’éventuelle arrestation du général John Numbi, l’ancien inspecteur général de la police, que de récents témoignages désignent comme le responsable de l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya.
« Homme fort » du Katanga, le général Numbi se trouve toujours dans sa ferme située non loin du domaine de l’ex-président Joseph Kabila. Ce dernier a quitté la capitale du Katanga pour une mission dans les Emirats arabes unis et sa garde armée vient d’être remplacée par de simples policiers.