7 avril 2021

Quand les espions et autres agents se font la malle

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Sale temps pour les espions, agents et autres… Trois personnalités du monde du renseignement et des coups fourrés en République démocratique du Congo viennent de quitter la scène, chacun à sa manière.
L’une des disparitions les plus médiatisées depuis la moitié de la semaine dernière est celle de Kalev Mutomb, chef de l’ANR, (agence nationale de renseignements). Voici deux semaines, on apprenait que sa résidence, dans le quartier chic de Binza, avait été complètement encerclée à 3 h du matin par des policiers lourdement armés, venus à bord de trois jeeps encadrés par un général. Quelques heures plus tard, la résidence principale, des bureaux, des demeures secondaires, étaient perquisitionnés de fond en comble tandis qu’un mandat d’amener était produit, signée par l’avocat général de Kinshasa, déjà récusé précédemment par le chef des renseignements. Ce dernier, par le biais de ses avocats, avançait en substance que, vu le caractère particulier de ses fonctions, ce détenteur de secrets d’Etat ne pouvait être traduit en justice publiquement. D’autres messages rappelaient que M. Kalev est Katangais et que son interpellation pourrait raviver des tensions d’ordre ethnique. Le litige a rapidement quitté les voies de la procédure, car quelques heures après la descente de police, l’ancien chef de l’ANR s’était volatilisé ; il fait désormais l’objet d’un avis de recherche en bonne et due forme et sa disparition fait les gorges chaudes à Kinshasa. S’il suscite la curiosité, le sort de M. Kalev n’éveille cependant pas beaucoup de compassion, car l’opinion le tient pour responsable de nombreuses arrestations d’opposants et activistes. D’autres rappellent aussi que le chef des renseignements, un homme d’expérience, s’était opposé au rapprochement entre Kinshasa et Kigali et en particulier au droit d’escale accordé à la compagnie rwandaise Rwandair.
Une autre «échappée » fait encore plus de gorges chaudes : le général katangais John Numbi, qui s’était replié dans sa ferme katangaise, aurait quitté le pays pour le Zimbabwe et les diplomates congolais s’affairent désormais pour obtenir son extradition. L’un des « hommes forts » du Katanga, le général Numbi, un ancien inspecteur de police qui avait pris la tête du « bataillon Simba », avait été récemment désigné par d’anciens policiers comme le commanditaire de l’assassinat de Floribert Chebeya en 2010. Le corps de ce dernier avait été retrouvé quelques heures après que le fondateur de la Voix des Sans Voix Voix ait été convoqué à l’Inspection générale de la police par le général Numbi, qu’il connaissait de longue date. Considéré comme le chef de la « garde de fer » de l’ex-président Kabila et soupçonné d’entretenir des liens avec la milice meurtrière de Gédéon Kyungu, le général Numbi était demeuré un homme redouté, incarnant à sa manière un certain irrédentisme katangais.
La troisième disparition est celle d’Honoré Ngbanda, le dernier « maître espion » de feu le président Mobutu. Réfugié en France depuis la chute du régime Mobutu en 1997, Ngbanda, protégé par les autorités françaises de l’époque, n’avait cessé d’alimenter la chronique en dénonçant les agissements de Kigali en RDC, mêlant le réel aux fantasmes et nourrissant sans relâche la rancune des « combattants » de la diaspora et sapant les relations entre le Rwanda et le Congo, deux pays obligés de vivre côte à côte et interdépendants.. Honoré Ngbanda est décédé au Maroc d’une courte maladie.