30 novembre 2012

Le 11h02 : ” La souveraineté nationale, c’est tout l’enjeu de Goma “

Catégorie actualité, commentaire

Les rebelles du M23 s’apprêtent à quitter leurs positions fraîchement conquises dans l’Est du Congo. Que laissent-ils derrière eux ? Quel impact a eu leur action ? Revisionner ci-dessous la vidéo du 11h02.

7 novembre 2012

Notre Dame du Nil: Une Rwandaise remporte le Renaudot

Catégorie actualité, Non classé

Selon leurs propres dires, les jurés du Renaudot tournaient en rond, hésitant entre deux valeurs sûres, Philippe Dijan et Valessis Alexakis. Soudain, Jean-Marie Le Clezio, le premier à regarder au-delà de l’Hexagone, le plus sensible à d’autres cultures, lança le nom de Scholastique Mukasonga et de son dernier ouvrage « Notre Dame du Nil ». Un livre publié, comme ses romans précédents, par Gallimard, dans une collection –curieusement- réservée aux auteurs d’origine africaine, « Continents noirs. Avec six voix au dernier tour de scrutin, Scholastique Mukasonga, née en 1956 au Rwanda, a été la première surprise de ce verdict : « je croyais que c’était une blague »…
Il est vrai que « Notre Dame du Nil » tranche sur la plupart des romans ou des témoignages personnels, écrits à la suite du génocide de 1994 au Rwanda. Ici, l’action se situe bien avant le déchaînement de la violence, dans l’atmosphère feutrée d’un couvent pour jeunes filles de bonne famille, installé en un lieu idyllique, sur la crête qui sépare les bassins du Nil et du Congo. Au cœur de la géographie africaine. Sur l’épicentre des sentiments. L’institution, imaginaire mais tellement plausible, est censée préserver ces âmes pures des passions qui couvent dans le pays. En réalité, derrière les hauts murs, c’est un huis clos qui se joue : la méfiance couve entre les étudiantes d’origine hutue, dont les parents appartiennent à l’ethnie alors dirigeante et les très rares filles d’origine tutsi, qui sont tout juste tolérées et auxquelles, à tout moment leurs compagnes font sentir qu’elle sont des intruses, des ennemies potentielles. Le style est lisse, volontairement retenu, précis, jamais dénonciateur. Les phrases brèves mènent inéluctablement vers le drame. Rien n’est explicité, mais aucun des facteurs qui mèneront au génocide des Tutsis n’est omis : la haine fondée sur la rivalité et la jalousie, l’hypocrisie des enseignantes, la trouble attirance d’un vieil aristocrate européen pour des jeunes filles trop belles, la violence qui rode et finira par l’emporter. Ce livre démontre, magistralement, à quel point le génocide des Tutsis n’était pas un phénomène « spontané » voire « improvisé » mais la fatale résultante d’une longue pédagogie de la haine et de l’exclusion…

19 décembre 2011

Kinshasa : la prestation de serment de 2011 n’est pas celle de 2006…

Catégorie actualité

Au jour près, le timing est respecté: après que, sans surprise, la Cour Suprême de Justice ait proclamé sa victoire avec 48,95% des voix, le président Kabila prêtera serment et entamera son second mandat, qui devrait être le dernier. Cependant, le climat est bien différent de 2006, où il avait remporté la victoire contre son rival Jean-Pierre Bemba. A cette époque aussi, Kinshasa, toujours réfractaire au président venu de l’Est, avait boudé la cérémonie.
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30 novembre 2011

Le satisfecit des observateurs

Catégorie actualité, Non classé

Tous unis derrière le Congo ! Devançant les conclusions des observateurs occidentaux, toutes les délégations du continent se sont rangées sous la bannière de l’Union africaine pour se réjouir des élections qui se sont tenues sur l’ensemble  du territoire congolais. Côte à côte, des observateurs de la Communauté des Etats d’Afrique australe, de la Conférence des Grancs Lacs, des pays d’Afrique de l’Est (Comesa) et d’Afrique centrale (CCAC) ont reconnu l’enthousiasme des électeurs, la large participation populaire et salué l’effort accompli, en dépit des nombreux défis qui se posent encore à la RDC. Pour les Africains, ces élections démocratiques dans l’un des pays parmi les plus vastes et les plus peuplés du continent, sont bien plus qu’un exercice technique : « elles doivent contribuer au renforcement de la paix, à la réconciliation nationale, jeter les bases d’un développement durable».

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28 novembre 2011

Tous les Congolais espèrent le changement

Catégorie actualité, commentaire

Jusqu’en dernière minute, cette deuxième élection démocratique au Congo a suscité le doute, voire la suspicion et bien rares étaient ceux qui croyaient que les échéances pourraient être respectées. Grâce à l’appui des voisins africains qui, à leur manière, ont soutenu la démocratie et la stabilité au Congo et fourni des moyens additionnels, le pari a pu être tenu, in extremis. Mais cet exercice que la dimension du pays rend toujours hors norme est bien plus que le choix d’un nom sur un bulletin. Quels que soient les interlocuteurs, tous les Congolais expriment le même message : ils espèrent que le futur président –qu’il s’agisse du sortant ou de l’un de ses rivaux- leur apporte le changement. Que l’élu prenne enfin le seul rendez vous qui compte, celui du social. Certes, il y a eu des routes et des ponts, des immeubles neufs ;il  y a encore des projets de reconstruction, des promesses d’investissements, de nouveaux amis qui défilent. Sans aucun doute, au cours des cinq dernières années, le Congo s’est réveillé, l’éléphant s’est remis sur pied. Mais où sont passées les plus values minières, les dividendes de l’effacement de la dette, qui donc a bénéficié de l’accroissement du budget de l’ Etat ? Les Congolais doivent toujours payer pour aller à l’école, pour se soigner, l’arbitraire les guette, les taxes hypothèquent la moindre initiative. Dans certains quartiers, les « kulunas » ou bandits dotés de machettes, sèment la terreur. Le régime sortant a beau souligner les progrès déjà accomplis, il faut savoir que c’est au moment où le couvercle se désserre un peu qu’il risque de sauter. Le désespoir social qui accable la population est d’autant plus explosif qu’il se nourrit d’inégalités nouvelles, de l’arrogance de nouveaux riches qui ne le cèdent en rien aux mobutistes d’hier.

Tous les candidats ont circulé dans le Congo profond. Puissent ils avoir entendu le cri de leur peuple.

27 novembre 2011

Le candidat Kabila juge le président

Catégorie actualité, interview

La première question s’adresse au candidat Kabila : après un mois de campagne à travers le pays, qu’avez-vous découvert que vous ne connaissiez pas déjà ?

Parcourir un pays de 345 000 Km 2, c’est évidemment épuisant,  et on apprend toujours beaucoup de choses dans ce sous continent. Cette campagne, c’était une sorte d’itinérance qui nous a permis de  nous remettre en cause au vu des lacunes constatées ici et là.  L’une d’entre elles, ce sont les carences de l’administration, indispensable cependant à la modernisation du pays. Sans administration fiable, il est difficile de faire exécuter nos décisions jusqu’au niveau de la base. Cela pourrait être corrigé assez vite, il est possible d’insuffler plus de rigueur, de discipline…

Voilà dix ans que le président Kabila est au pouvoir. Quel est le point de votre bilan qui vous paraît le plus positif ?

Sans détour, c’est la paix et la sécurité. Voyez les onze candidats : s’ils ont pu sillonner le pays par route, par petit porteur, aller d’Est en Ouest, c’est parce qu’il y a la paix et la stabilité sur l’ensemble du territoire. C’est pour cela aussi que les 18000 candidats aux élections législatives ont  pu mener campagne… L’autre point dont je suis fier c’est le début de la reconstruction. Je dis pas le développement, mais la reconstruction, nécéssaire au vrai décollage.

Pour le moment la reconstruction a démarré sur toute l’étendue du territoire national.. Les élections nous ont coûté 380 millions de dollars sur une période d’une année, ce qui est  énorme. Certes, cela valait la peine, mais c’est cher…

Peut-être faudrait il redimensionner nos ambitions à ce propos,  voir  comment économiser. En termes de développement on fait beaucoup avec une telle somme…Mais d’un autre côté, l’exercice est indispensable car nous avons à tout prix besoin d’une stabilité politique. Elle est le gage d’une stabilité à long terme qui doit nous permettre d’attirer les investisseurs, de garantir la paix  et finalement d’amorcer le décollage du pays.

Quel est, à vos yeux, le sens de ces élections ?

Il s’agît principalement de la consolidation des acquis, de 2006 jusqu’à ce jour.  Nous venons de loin, de très loin…. La destruction du Congo date des années 60, la guerre a commencé au lendemain de l’indépendance. Pendant 40 ans, personne n’a pensé au développement et aujourd’hui il faut tout refaire. Un seul exemple : à Kindu,  il y a un pont qui a été détruit lors de la rebellion de 1964 et jusqu’à ce jour il est resté en l’état.

La reconstruction est sans doute la base, mais la population assure que le social n’a pas progressé. N’est ce pas une urgence ?

Le social est certainement une urgence mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent qu’il n’ y a pas eu d’évolution entre 2006 et aujourd’hui. Je suis conscient du fait qu’il faut une amélioration mais vous ne pouvez donner ce que vous n’avez pas, il faut d’abord produire. Et pour cela, il faut avoir les infrastructures nécéssaires. C’est un travail difficile, de longue haleine…

La conjoncture n’a cependant pas été mauvaise pour le pays, le prix du cuivre a grimpé. On a le sentiment que la population n’a pas bénéficié de cette situation plus favorable…

J’ai récemment visité le Katanga et pensé que beaucoup de choses devaient être corrigées. En 2002, nous avons adopté un Code minier censé attirer les investisseurs . Mais  une dizaine d’années plus tard, il faut refaire une évaluation  voire une révision de ce code. Quand on voit les 400 ou 600 camions qui font chaque jour la route entre Kolwezi, Lubumbashi  et la frontière zambienne, on se dit qu’il y a une disparité énorme entre les dividendes des sociétés qui sont venues investir et les retombées sur la population. Tout cela doit être corrigé le plus vite possible, en se mettant autour de la table avec les opérateurs, afin de faire en sorte que l’ exploitation des minerais du Congo soit aussi bénéfice au niveau social. La répartition doit être beaucoup plus équitable.

A l’occasion des conflits avec les sociétés minières le Congo est accusé de remettre en cause des accords signés…

Non, nous cherchons à équilibrer, c’est différent. La  plupart des sociétés sont venues après l’adoption du Code minier mais le Congo aujourd’hui a besoin de sociétés solides et non de gens qui ne songent qu’à jouer en Bourse, à vendre et acheter…

Pour reviser le Code minier, allez vous vous inspirer de l’exemple de certains pays d’Amérique latine qui ont connu des expériences similaires ?

Nous sommes en contact avec la Bolivie, le Chili, la Zambie. Nous sommes parmi les plus grands producteurs de cuivre et nous avons l’objectif de nous concerter, afin d’harmoniser notre point de vue, nos options. Il ne faut pas que les sociétés jouent un pays contre l’autre…

Le Congo s’est ouvert à de nouveaux partenaires que ses interlocuteurs traditionnels. Est-ce bénéfique ?

Il faut avoir une lecture lucide de l’histoire de notre pays. Nous avons toujours connu dans ce pays des partenaires dits traditionnels mais depuis une quarantaine d’années, la population, dont je fais partie, commence à se poser des questions.

Ils nous parlent de la démocratie et c’est très bien mais la démocratie ce n’est pas une fin en soi. Ce qui compte, c’est le bien être de la population. Pour la démocratie, nous travaillons sans problème avec nos partenaires traditionnels, Mais pour le deuxième volet,  le mieux être de la population, le développementdu pays, de ses infrastructures, nous pensons qu’il faut ouvrir nos portes à d’autres. C’est ce qui explique nos relations avec d’autres pays ; il n’y a pas que les Chinois, il y a aussi la Turquie, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, le Japon..

Il sembre d’ailleurs que ce soient vos nouveaux amis qui vous ont aidé à réussir les élections ?

A la dernière minute, nos amis traditionnels nous ont faussé compagnie. Dès le début, nous nous étions mis d’accord sur le fait que le gouvernement congolais allait financer 60% des élections. Il se fait qu’aujourd’hui c’est 80% des élections que nous avons du finalement couvrir, et nous avons aussi du compter sur l’appui logistique des pays amis, l’Angola, l’Afrique du Sud. Ils nous ont aidés à déployer nos kits, nos bulletins de vote. N’eut été notre détermination à organiser ces élections,  et l’appui de nos amis de la SADC (conférence des Etats d’Afrique australe) nous n’y serions pas arrivés. Avec pour résultat que nous serions allés vers un autre gouvernement dit d’union nationale, de transition, ce qui aurait représenté une autre perte de temps… Moi, je n’étais pas d’accord avec cette formule, qu’on nous avait déjà proposée en 2006.

Pour moi, c’est clair, il fallait que les élections soient organisées comme prévu, à  la date prévue. Dans les délais  constitutionnels.

Si vous êtes élu, les cinq ans à venir vous suffiront ils pour réaliser votre programme ?

L’essentiel, c’est que nous allons jeter une base solide sur laquelle tous ceux qui viendront apres nous seront obligés de construire.

D’ici cinq ans, terme de votre deuxième mandat, ce sera fini pour vous ?

Il s’agît là d’une obligation constitutionnelle et rassurez vous, je pourrai toujours par la suite continuer à travailler pour le Congo.

Voici trois ans, ici même à Matadi, vous disiez que vous n’aviez pas trouvé les quinze hommes sur qui vous pouviez compter. Les avez vous trouvés aujourd’hui ?

J’en ai déjà trouvé douze comme les Apôtres, il me reste à en trouver trois…Si nous gagnons les élections, ce sera l’un des points les plus importants, trouver les hommes honnêtes et incorruptibles qu’il nous faut…

Si vous l’emportez, le président du deuxième mandat sera-t-il différent ?

Il est certain que ce ne sera plus le même homme. On a plus d’expérience, on connaît presque tout le monde, les amis, les adversaires et les ennemis. Je sais qui veut  voir le développement de ce pays, qui cherche à nous tirer vers le bas…

Nous allons poursuivre la lutte contre la mégestion. Pour changer les choses, il fallait bien commencer quelque part. C’est pourquoi nous avons commencé par réformer la justice, faire en sorte que les juges les magistrats soient dans de très bonnes conditions pour que le système judiciaire soit vraiment incorruptible. Nous avons recruté 2000 nouveaux magistrats, organisé  de séances de formation.  Il y a eu des révocations des mesures disciplinaires mais il s’agit d’un travail de longue  haleine, même si nous avons déjà parcouru 40% du chemin….

Si vous exercez votre dernier mandat aurez vous les mains plus libres ? Y compris pour frapper…

C’est ce qu’on a toujours fait…Il y a une contradiction. On parle d’un Etat de droit mais en même telmps on me dit qu’il faut frapper, réprimer…Les deux ne sont pas toujours compatibles. On a laissé à la justice le soin et les moyens d’exercer le travail de répression au lieu de confier cela à la police et à l’armée. Il ne faut pas qu’il y ait de l’arbitraire…

Notre peuple est conscient du fait que nous venons de loin et tous veulent aller de l’avant…C’est que qui explique que s’il y a eu des incitations à manifester ici ou là, la population n’a pas suivi le mot d’ordre…Et cela, c’est parce  qu’elle a l’espoir, elle a désormais quelque chose à perdre…

27 novembre 2011

La course contre la montre arrive à son terme

Catégorie actualité

A quelques heures du début de l’ouverture des bureaux de vote, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda n’a plus qu’une seule prière à adresser au ciel : « que la pluie se mette en vacances » et permette aux 32 millions d’électeurs d’exprimer démocratiquement leur choix. Car pour le reste, le président de la commission électorale indépendante, auquel bien peu, en avril 2011, accordaient la moindre chance de réussite, affirme qu’il a tenu son pari : à travers tout le pays, le matériel électoral a été déployé et sur 169 centres de vote, seuls 12 demeuraient à pourvoir dimanche après midi.

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27 novembre 2011

Trois grenades dégoupillées, dans un mouchoir de poche

Catégorie actualité

Tout avait commencé par la « guerre des stades » Depuis plusieurs jours, tant le parti de Kabila que celui de Kamerhe avaient réservé l’un de stade des Martyrs, l’autre le stade Tata Raphaël pour y tenir leur dernier meeting. Initialement, Tshisekedi aurait du faire sa dernière apparition à Kinshasa le vendredi, mais, ayant été retardé dans le Bas Congo (il reçut un accueil triomphal à Matadi) il exigea l’un des deux stades pour la clôture du samedi.  « J’avais proposé de tenir mon meeting le matin, et lui l’après midi » nous explique Vital Kamerhe, mais finalement il a décidé de convoquer ses militants sur l’esplanade, devant le Palais du Peuple. » Une zone interdite… lire la suite

27 novembre 2011

La vision et les craintes de Vital Kamerhe

Catégorie actualité, interview

Au retour d’un mois de campagne à travers le pays, quel bilan tirez vous de la campagne électorale ?

Jusque hier, le bilan était positif, l’encadrement des militants était bon. Cependant, à Masi Manimba et Kikwit, avec la complicité des autorités locales, des militants du parti au pouvoir ont voulu  nous empêcher d’entrer dans la ville. Dans presque toutes les provinces, nous avons vu que les gouverneurs prenaient parti pour le candidat sortant, mais cela ne nous a pas dérangés. Partout, j’ai dit  à notre population que nous étions un pays riche, mais avec des dirigeants pauvres en termes de vision…Nous souffrons aussi de la déliquescence de l’Etat. Pour les évènements du dernier jour de campagne, il était irresponsable d’autoriser trois partis à se réunir sur un même espace, le gouverneur aurait du séparer les trois groupes. C’est comme si on avait préparé une situation insurrectionnelle, mais dans quel but ? Réprimer les gens dans le sang ? lire la suite

25 novembre 2011

Matadi au temps du carnaval

Catégorie actualité

A  deux jours des élections générales au Congo, alors que la Commission électorale assure toujours, impavide, que tout sera prêt, la tension monte dangereusement. A Kinshasa, les magasins d’alimentation se vident à la veille du week end, les plus peureux songent à se barricader dans leurs quartiers. Le soir cependant les candidats députés mobilisent leurs fans une dernière fois et la ville explose de musiques et de coups de klaxon.

 C’est que samedi après midi, les quatre ténors de la campagne se retrouveront en ville, dans des lieux différents certes, mais guère très éloignés les uns des autres.  Ses rivaux ayant déjà réservé les deux principaux stades de la ville,le stade des Martyrs et le stade Tata Raphael, Etienne Tshisekedi a décidé de convoquer ses nombreux partisans sur le “Boulevard Triomphal” en face du Palais du Peuple, autrement dit en zone neutre, ou les manifestations ne sont pas autorisées.

Ce vendredi déjà, dans le quartier populaire de Matete, la police a tiré en l’air pour disperser des militants pro Kabila qui arrivaient en camion et des  combattants de l’UDPS le parti de Tshisekedi qui en venaient aux mains et des témoins nous assurent qu’il y aurait eu un mort.

La veille déjà, Matadi, l’une des dernières étapes de la campagne de Kabila et de Tshisekedi, avait été le théâtre d’un chassé croisé qui aurait pu mal tourner. Alors que le président sortant était attendu dès le matin, il modifia ses projets en dernière minute, pour éviter un « carnaval » que les militants de l’UDPS voulaient organiser dans la ville et il n’arriva que dans l’après midi, après que Fumu, le chef traditionnel, ait conjuré les pluies qui menaçaient de s’abattre sur le Bas Congo.

Plusieurs heures avant son arrivée, dans le quartier dit Metropole, les jeunes se bousculaient pour nous crier leur colère, leur détestation : « le social est oublié, nous sommes tous chômeurs, obligés de pratiquer des petits métiers » Et de conclure : « Kabila doit partir, pour nous, le changement, c’est Tshisekedi… »Au-delà de ces phrases mille fois entendues, d’autres cris se faisaient plus menaçants : « vous les Blancs qui avez soutenu Kabila, vous partirez avec lui » tandis qu’un jeune homme se vantait de garder chez lui des coutelas et des machettes bien affutées,  à utiliser en cas de tricherie….. Alors que le matin, les partisans de Kabila s’étaient faits discrets, l’après midi cependant c’est une foule énorme, où se retrouvaient quelques jeunes karatekas  qui accompagna le candidat à pied sur plusieurs kilomètres. Le président sortant ne se contenta pas de promettre la poursuite des grands travaux, et entre autres la construction d’un port en eau profonde à Banane, il se fit plus incisif, assurant que sa génération n’était pas responsable des malheurs du Congo mais que la précédente aurait à répondre de la destruction du pays.  Dans la soirée, alors que la visite de Tshisekedi se confirmait pour le lendemain, le « carnaval » électoral tourna à l’aigre, il y eut des jets de pierre, des empoignades, des vitrines brisées et le lendemain encore, une femme nous montrait ses mains meurtries, ses vêtements déchirés.  Alors qu’en 2006 la ville, acquise à Bemba n’avait accordé que 12% des suffrages à Kabila, ce dernier est désormais persuadé que sa politique de grands travaux aura fait basculer la tendance. Mais ici comme à Kin, nombreux sont les électeurs qui, intimidés, refusent de confier leur préférence et attendent le secret de l’isoloir.  

A la tribune cependant, Kabila s’est voulu  rassurant : « il n’y aura pas de troubles, rien ne se passera  lundi… » et le spectacle de dizaines de policiers, en uniforme anti émeute, venant de réceptionner  casques et jambières, semblait confirmer sa détermination.

Mais la tension est telle que la moindre étincelle, bien avant le  jour du scrutin et celui de l’ annonce des résultats, pourrait mettre le feu aux poudres, et la journée de samedi est particulièrement redoutée.

A l’heure actuelle, le principal danger qui guette les élections est moins le report que le dérapage…