30 novembre 2012

Le 11h02 : ” La souveraineté nationale, c’est tout l’enjeu de Goma “

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Les rebelles du M23 s’apprêtent à quitter leurs positions fraîchement conquises dans l’Est du Congo. Que laissent-ils derrière eux ? Quel impact a eu leur action ? Revisionner ci-dessous la vidéo du 11h02.

28 novembre 2011

Tous les Congolais espèrent le changement

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Jusqu’en dernière minute, cette deuxième élection démocratique au Congo a suscité le doute, voire la suspicion et bien rares étaient ceux qui croyaient que les échéances pourraient être respectées. Grâce à l’appui des voisins africains qui, à leur manière, ont soutenu la démocratie et la stabilité au Congo et fourni des moyens additionnels, le pari a pu être tenu, in extremis. Mais cet exercice que la dimension du pays rend toujours hors norme est bien plus que le choix d’un nom sur un bulletin. Quels que soient les interlocuteurs, tous les Congolais expriment le même message : ils espèrent que le futur président –qu’il s’agisse du sortant ou de l’un de ses rivaux- leur apporte le changement. Que l’élu prenne enfin le seul rendez vous qui compte, celui du social. Certes, il y a eu des routes et des ponts, des immeubles neufs ;il  y a encore des projets de reconstruction, des promesses d’investissements, de nouveaux amis qui défilent. Sans aucun doute, au cours des cinq dernières années, le Congo s’est réveillé, l’éléphant s’est remis sur pied. Mais où sont passées les plus values minières, les dividendes de l’effacement de la dette, qui donc a bénéficié de l’accroissement du budget de l’ Etat ? Les Congolais doivent toujours payer pour aller à l’école, pour se soigner, l’arbitraire les guette, les taxes hypothèquent la moindre initiative. Dans certains quartiers, les « kulunas » ou bandits dotés de machettes, sèment la terreur. Le régime sortant a beau souligner les progrès déjà accomplis, il faut savoir que c’est au moment où le couvercle se désserre un peu qu’il risque de sauter. Le désespoir social qui accable la population est d’autant plus explosif qu’il se nourrit d’inégalités nouvelles, de l’arrogance de nouveaux riches qui ne le cèdent en rien aux mobutistes d’hier.

Tous les candidats ont circulé dans le Congo profond. Puissent ils avoir entendu le cri de leur peuple.

6 octobre 2011

Les coulisses du pouvoir sous Mobutu

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En cette veille d’élections, il est recommandé de lire  le livre très intéressant d’Evariste Mabi Mulumba « Congo Zaîre : les coulisses du pouvoir sous Mobutu » (éditions de l’Université de Liège)  L’ancien Premier Ministre ne se contente pas de relater ses souvenirs, de confier son témoignage personnel. Il relate aussi les démèlés de son pays avec les institutions financières internationales, la manière dont le Zaïre a été obligé de pratiquer une politique d’austérité, de couper dans les budgets sociaux. On oublie trop souvent que, dans les années 80, le Zaïre fut l’un des premiers pays africains à se voir administrer la potion amère de la rigueur. Avec les résultats que l’on sait : alors que le pouvoir du président s’avérait impossible à être sanctionné, la population, elle payait auplus haut prix des mesures décidées en haut lieu et appliquées tant bien que mal sur le terrain.

C’est avec intérêt aussi qu’on lira les détails du déclin de la Gecamines, de l’éboulement de la mine de Kamoto, les démèlés de la fameuse « querelle belgo zaïroise » de 1989 qui allait finalement mener à l’effondrement du régime…

Pour comprendre le présent et mesurer le chemin parcouru, il ne faut pas oublier le passé. Mabi Mulumba nous en rappelle quelques moments forts, avec verve et pertinence. Et on ne peut que souhaiter une chose : que les errements décrits dans ce livre  appartiennent réellement à l’histoire, que les hommes qui, dans ces années de dérive économique et politique étaient déjà aux commandes ne soient pas crédités, une nouvelle fois, de la confiance amnésique des Congolais et de certains étrangers…

4 octobre 2011

Le bruit des os qui craquent

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Lorsque Elikia a vu la petite Josepha se traîner devant elle, son passé lui a sauté à la gorge. Elle s’est reconnue dans cette petite silhouette tremblante, dans ces yeux perdus, ces mains suppliantes. Elle a lu son propre destin, la captivité, l’humiliation, la cruauté des geôliers et puis finalement la violence, subie d’abord, partagée ensuite. En imaginant la probable déchéance de Josepha, deux ans plus tard, Elikia a relu sa propre histoire, celle d’une gamine enlevée quelque part en Afrique, transformée en objet sexuel, en esclave puis en combattante, en « femme de Rambo », morte à d’elle même, donnant la mort aux autres. Et tout à coup, au vu de la « petite », suppliante, innocente et pas encore contaminée, la « grande», Elikia, la gamine sans âge et sans avenir, a décidé que cela suffisait. Une aventure commune commençait. lire la suite

4 octobre 2011

La Françafrique vit et sévit toujours

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La France de Nicolas Sarkozy est enlisée dans les scandales et plusieurs proches du chef de l’Etat sont éclaboussés,  Thierry Gaubert son témoin de mariage, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire… Pour couronner le tout, ou pour créer un contre feu, Robert Bourgi, longtemps  considéré par l ’Elysée comme un spécialiste de l’Afrique, a révélé avoir à plusieurs reprises ramené en France des  valises» remplies d’argent qui lui avaient  été confiées  offertes par des chefs d’Etat d’Afrique francophone  dans le but de financer les campagnes présidentielles françaises.
Ces révélations ont ramené l’attention sur la «Françafrique»,  cette étrange relation que Paris entretient depuis un demi siècle avec ses anciennes  colonies.
C’’était, à la veille des années 60, le pari du général de Gaulle : quitter l’Afrique pour mieux y rester. Fragmenter l’ancienne Afrique Occidentale française (AOF) et l’Afrique Equatoriale française (AEF) en une quinzaine d’Etats, indépendants en théorie mais en réalité étroitement liés à l’ancienne métropole. Soucieux de les préserver d’une éventuelle influence communiste ou d’une réelle émancipation, ces pays dits du «pré-carré» devaient garder avec la France des liens visibles et invisibles.
Côté visible : dès l’accession à l’indépendance, Paris fait signer aux jeunes régimes des accords de défense, de coopération et d’assistance technique. Des conseillers militaires français aident les nouveaux régimes à se défendre contre tout ennemi, intérieur ou extérieur. Et veillent aussi à préserver les intérêts de la métropole. L’agence d’Aide française au développement (AFD) met en œuvre une politique de coopération, mais surtout, via les projets dits «hors budget>» organise de nombreux «retours>» : l’argent distribué en Afrique est ristourné en France, à des partis ou des hommes politiques. En outre, les quinze pays “ du champ “ sont dotés d’une monnaie commune, le franc CFA, lié au Trésor français. Stabilité d’un côté, dépendance de l’autre : en septembre dernier, c’est encore, le ministre français des finances qui a présidé la réunion des gouverneurs des Etats de la zone franc car  toute décision prise par les autorités monétaires régionales (Banque des Etats d’Afrique de l’Ouest ou Banque des Etats d’Afrique centrale) doit être contresignée par le Trésor français. Est-il besoin de préciser que, durant un demi siècle, la convertibilité du franc CFA en francs français puis en euros a été un instrument privilégié d’évasion de capitaux ? lire la suite

26 août 2011

Libye, Côte d’Ivoire: des interventions qui se ressemblent

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Abidjan en avril, Tripoli en août…Certes, la Côte d’Ivoire de Gagbo n’est pas la Libye de Kadhafi. Cependant, d’un renversement de régime à l’autre, comment ne pas être frappé par les similitudes entre les deux situations, dans lesquelles des  forces spéciales européennes,  françaises d’un côté, franco-britanniques de l’autre,  ont joué un rôle déterminant ?

Les prémices certes, sont différentes : en Côte d’Ivoire, le président Gbagbo refuse d’accepter sa défaite, au terme d’élections contestées et, se fondant sur l’avis du Conseil Constitutionnel, il se considère comme le dirigeant légitime, ce que récuse la communauté internationale, par la voix des Nations unies. Depuis 2002, il est confronté à une rébellion dont la base se trouve dans le Nord du pays et qui soutient son rival, Alassane Ouattara, un ancien directeur du FMI, bien en cour à Paris comme à Washington. lire la suite

25 août 2011

Gil Courtemanche: petits bonheurs et gros chagrin

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Cet homme là savait écrire comme personne sur les petits bonheurs de la vie. Le quotidien modeste, l’amitié fidèle, l’amour aussi, triomphant ou écorché. Ce n’est cependant pas lors de ces rendez vous là que nous l’avions rencontré, même si nous avions partagé un café, une bière et quelques souvenirs dans le Vieux Montréal. Si, en quelques instants, nous avions sympathisé avec Gil Courtemanche, c’est à cause du Rwanda : se trouvant à Kigali en 1994, il avait tiré de cette tragédie un livre à nul autre pareil, « un dimanche à la piscine ».

Un roman ! Comment avait il osé ? Comment s’était-t-il permis la fiction, alors que les scènes bien réelles qui s’étaient déroulées à l’hôtel des Mille Collines (lieu supposé de son histoire) dépassaient tout ce que l’imagination aurait pu produire ? Comment avait il pu parler d’amour, de peines de cœur, de « blues du Blanc » dans ce décor apocalyptique, où seule la mort avait droit de cité ? Et cependant il l’avait fait, et son  roman avait dépassé en force, en vérité, bien des témoignages, au point de susciter un film du même nom…

Chroniqueur au « Devoir » de Montréal, Gil Courtemanche avait continué à traquer le réel, à le scruter par le petit bout de la lorgnette, mais surtout, avec son air de faux cynique, de celui qui dit ceci ou cela sans y toucher, il avait continué à s’engager à propos du Rwanda, à défendre sa conception de la vérité.

Selon la formule à la fois consacrée et maudite, c’est une longue maladie qui l’a emporté. Après un long combat, après la traversée, sans doute, de la solitude, de la douleur.

Gil Courtemanche savait écrire sur les petits bonheurs, et aussi sur les tragédies de notre époque. Sur le Rwanda, mais aussi l’Ethiopie, ces pays d’Afrique qu’il savait rendre si proches.

Comment conjuguer le souvenir des petits bonheurs d’hier, et le gros chagrin que laisse sa disparition ?

25 août 2011

Le général Giap: centenaire et toujours présent

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« C’est par l’énumération de vos victoires que j’ai appris la géographie de votre pays… » Sous les applaudissements de l’assistance, le Belge Lucien Outers, alors Ministre de la Coopération, renouait ainsi,  en 1978, les liens entre le Vietnam et la Belgique et portait un toast à un petit homme aux lunettes rondes, à la poitrine couverte de médailles. A cette époque déjà, Vo Nguyen Giap avait sa place dans les livres d’histoire : après s’être battu contre les occupants japonais durant la deuxième guerre mondiale à la tête d’une petite armée de partisans, il avait, en 1954,  infligé une défaite majeure au corps expéditionnaire français qui laissa dans la cuvette de Dien Bien Phu 2200 morts et plus de 11.000 prisonniers. A la tête de l’armée populaire vietnamienne, il affronta ensuite les Américains et, malgré les bombardements des B52, mit en échec la superpuissance, capturant, en 1975, la ville de Da Nang, défendue par plus de 100.000 hommes, prélude à la chute de Saïgon. lire la suite

17 août 2011

Congo: les élections doivent enraciner la démocratie

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[LETTRINE]A trois mois des élections, présidentielle et législative au Congo,  contrastant avec l’engouement  qu’avait suscité le scrutin de 2006, l’intérêt de la communauté internationale  demeure distant et les financements sont en baisse. Cette relative indifférence est une erreur, car ce qui se joue, c’est bien plus que la réélection ou non du président sortant, Joseph Kabila. Le véritable enjeu du scrutin, c’est l’enracinement de la démocratie dans ce vaste pays d’Afrique centrale, un pays pivot, toujours menacé par les guerres et dont la stabilité est cruciale pour le développement de tout le continent. En 2006 en effet, les élections, soutenues à bout de bras par la communauté internationale, avaient avant tout symbolisé la fin du conflit. Elles avaient aussi  légitimé des élites issues de la matrice de la guerre puis  des compromis politiques qui avaient marqué les accords de paix.
Cette fois, les électeurs seront invités à sanctionner ceux qui ont géré le pays durant ces premières années de la reconstruction et, à plusieurs niveaux, le verdict risque d’être sévère. Car si certaines promesses ont vu un début de réalisation, les déceptions demeurent nombreuses. La  population n’a pu que constater que la démocratie s’est révélée plus appétissante pour les mandataires que pour la masse des électeurs. A tous les niveaux, les élus d’hier vont donc se retrouver au pied du mur, obligés de rendre des comptes.
Un tel exercice est vital, car la sanction électorale est aussi le fondement du consensus démocratique qui unit une population aussi nombreuse, aussi diverse que celle du Congo, parfois minée par la tentation du régionalisme et de la division.
C’est pourquoi, en amont, les amis du Congo doivent maintenir leur appui, exercer leur vigilance, dans la capitale et en province afin de prévenir toute fraude éventuelle, de juguler toute contestation possible.
En adoptant le mode de scrutin à un tour, les parlementaires congolais ont voulu conjurer le spectre de la Côte d’Ivoire, où un scrutin contesté a débouché sur un affrontement  qui a fait des milliers de morts. Au Congo aussi, une mise en cause de la régularité du scrutin aurait des conséquences incalculables.  Mieux vaut prévenir…

10 août 2011

Tshisekedi, ou l’inconnue du prochain scrutin

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Les doutes et les questions sur son âge, son état de santé voire ses aptitudes  intellectuelles, ne sont plus de mise:  rentrant d’une tournée au Katanga, le fief du président sortant, Etienne Tshisekedi, le vieil opposant à Mobutu puis à Kabila, a fait le plein du stade des Martyrs  et, à son arrivée à l’aéroport,  a été accueilli par une foule que le quotidien “le Potentiel ” évalue à  des millions de personnes”. Alors qu’auparavant, il assurait qu’il était certain de l’emporter dans dix des onse provinces de la RDC, au Katanga Tshisekedi est allé plus loin: il a promis de l’emporter avec  100% des voix! Un score plus que soviétique…

Au delà des rotomondades, le score que fera le  vieil  opposant représente déjà la plus grande inconnue  du scrutin présidentiel à un tour qui se tiendra le 28 novembre prochain  et sera associé aux élections législatives,  l’assemblée ayant approuvé l’annexe à la loi électorale portant sur la répartition des sièges par circonscription électorale.  Il apparaît en effet que  les Congolais ont la mémoire longue et qu’ils se souviennent toujours du duel qui mit aux prises le “Sphynx de Limete” avec le président Mobutu  tout au long  des années 80 et 90.

Dans un tel contexte,  deux questions demeurent posées: plus sûr de lui que jamais, Tshisekedi répondra-t-il à l’offre que vient de lui faire Vital Kamerhe, l”ancien président  de l’Assemblée nationale, qui se présente aujourd’hui à la tête de l’ Union  pour la nation congolaise?  Ce dernier  en effet, tenant compte du fait que l’élection présidentielle se jouera en un seul tour de scrutin,  a plaidé pour la “logique du ticket gagnant” , demandant aux deux autres candidats, Jean-Pierre Bemba et Etienne Tshisekedi, d’accepter un compromis à  deux niveaux, entre les principaux leaders et entre toutes les forces politiques et sociales du changement. A ce stade, rien n’indique que Tshisekedi soit prêt à composer avec des hommes qu’il considère comme ses cadets  et s ‘il devait consentir à une union, ce serait derrière sa propre candidature… Une autre question qu’impliquent les succès populaires du “lider maximo”  est celle du comportement de ses partisans:  seront ils prêts à jouer le jeu démocratique et à accepter l’hypothèse d’une défaite éventuelle?  Une question qui peut également se poser à propos du pouvoir, qui s’appuie sur un bilan et comprendra peut-être difficilement une éventuelle ‘ingratitude des électeurs…