19 juillet 2011

Libye, Côte d’Ivoire: des interventions qui posent question

Catégorie actualité, commentaire

Faut il croire que le monde marche sur la tête ? Que certains principes ne sont affirmés que pour justifier des actes qui aboutissent au résultat inverse ? Plus clairement : que les concepts, respectables s’il en est, de protection des populations civiles, de respect de l’Etat de droit, seraient  aujourd’hui utilisés pour justifier les véritables mobiles d’opérations militaires  menées tambour battant?

Ce scepticisme, ces questions sont nourris par deux volets de l’actualité, les évènements de Côte d’Ivoire, la guerre en Libye. Dans le premier cas, il s’agissait de faire respecter le résultat des élections de novembre, dans le second de protéger les populations de Benghazi qui s’étaient soulevées et que le fils du Guide libyen avait promis de massacrer.  Dans ces deux pays, l’intervention militaire, menée au nom des Nations iunies mais impulsée par la détermination française,  a entraîné un grand nombre  de morts, entravé le développement de deux pays qui étaient des leaders économiques régionaux. Et dans les deux cas aussi, des initiatives africaines, qui visaient à restaurer le dialogue, à promouvoir des solutions pacifiques ont été écartées, sinon ridiculisées… lire la suite

28 juin 2011

Affaire Lumumba: les spectres ne sont pas là où on les attend

Catégorie commentaire

Précipitez vous : durant quelques jours encore, le Wiels, à Forest présente « Spectres » un film du réalisateur flamand Sven Augustijnen, doublé d’une exposition. Un film remarquable : le réalisateur, attaché lui aussi à éclairer l’assassinat de Patrice Lumumba, l’a fait sous un angle inédit.

Il a promené sa camera tranquille, son micro inoffensif auprès de quelques uns des acteurs de l’époque, avec le chevalier Jacques Brassine comme fil conducteur.  Brassine, selon ses propres dires, consacra, trente années de sa vie à démonter la conspiration qui emporrta le Premier Ministre pour finalement conclure que le meurtre avait été l’affaire des Congolais et que les Belges n’y avaient joué qu’un rôle marginal. Une conclusion, faut il le rappeler, contredite tant par la commission d’enquète parlementaire qui avait parlé de responsabilité morale que par la plainte déposée au Parquet de Bruxelles contre dix Belges encore vivants…

Avec sa courtoisie, son urbanité qui cache mal un profond cynisme, Brassine ouvre toute les portes et le cinéaste promène sa camera dans le château de la famille d’Aspremont Lynden, où vit encore le fils du ministre des affaires africaines de l’époque. On découvre la fille de Tshombe, les enfants et l’épouse de Lumumba, qui vivent dans le souvenir. Mais surtout Augustijnen a l’idée géniale d’emmener Brassine au Katanga, et il le filme sur le lieu supposé de l’assassinat, dans la lumière des phares. Presque halluciné, balayé par la lumière crue puis plongé dans l’ombre de la forêt, le chevalier reprend pour la nième fois, le récit d’une histoire atroce, qui a marqué sa vie et fait basculer l’histoire du Congo. Et on se dit soudain que le fantôme qui revient sur terre, lâche certains pans de vérité et semble errer dans la brousse n’est pas Lumumba, mais l’historien lui-même…

Les spectres ne sont pas ceux que l’on pense. Hâtez vous de découvrir les ombres d’une certaine Belgique, qui est en train, comme disait Baudelaire « de passer de vie à trépas… »

7 juin 2011

Brève incursion dans les coulisses du Soir

Catégorie commentaire, médias

Le conflit a été bref, il a  pris tout le monde à l’improviste. Peut-être même s’agissait il d’un malentendu ? Toujours est il que le mal est fait, que Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir depuis dix ans, a proposé sa démission et que les journalistes ont pris acte de la décision de leur patronne. Mesurent ils déjà l’étendue des dégâts ? Cette démission sera-t-elle acceptée et concrétisée ? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais ce qui est certain, c’est que cette crise, de courte durée mais intense,  jette une lumière crue sur les coulisses du journalisme. lire la suite

24 mai 2011

Ovation debout sous les lustres du Palais

Catégorie actualité, commentaire

Une ovation debout… Il y a longtemps que les lustres du Palais Royal de Bruxelles n’avaient vibré, durant plus de dix minutes, sous une telle salve d’applaudissements. Ministres et anciens ministres, présidents d’Assemblées, militants des droits de l’homme et de la cause des femmes et surtout, la famille royale au grand complet (à l’exception du Prince Laurent) ont salué, avec respect et émotion, le Dr Denis Mukwege, directeur de l’hôpital de Panzi, au sud de Bukavu. lire la suite

7 avril 2011

Ouattara gouvernera-t-il un jour?

Catégorie actualité, commentaire

Lorsque, mort ou vif, Laurent Gbagbo sortira de sa résidence, Alassane Ouattara, son rival depuis vingt ans, pourra prendre ses fonctions de président de la Côte d’Ivoire.
Mais à mesure que les jours passent et que la situation humanitaire s’aggrave dans une ville livrée aux pillages, les questions s’accumulent<  pourra-t-il gouverner sur un champ de ruines, comment rétablira-t-il son autorité sur un pays profondément divisé< lire la suite

5 avril 2011

La démocratie au canon

Catégorie actualité, commentaire

C’est au canon que les Français de l’Opération Licorne, dont les effectifs avaient été renforcés pour l’occasion, et les forces onusiennes dotés d’hélicoptères de combat ont voulu appliquer les règles du jeu démocratique,  imposer définitivement le vainqueur d’un scrutin contesté et, in fine, « protéger » les populations civiles d’Abidjan.  Outre les dépôts de munitions et les camps militaires (qui abritaient aussi des familles)  des immeubles d’habitation  ont été pris sous un feu intense tandis que des bandes de pillards écumaient la ville. lire la suite

24 mars 2011

Les éclipses de la responsabilité de protéger

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Le colonel Kadhafi l’avait annoncé, et il l’aurait probablement fait, si on l’avait laissé continuer : réduire Benghazi en cendres, pourchasser « comme des rats »  les insurgés. Le « printemps arabe » se serait arrêté dans le Golfe de Syrte. Sans doute. Encore peut-on espérer qu’il ne se soit pas arrêté de toutes manières, dans le fracas des bombes, à l’instar du « printemps » irakien et des lendemains meilleurs que l’Afghanistan attend toujours… lire la suite

2 mars 2011

Le silence des amis du Congo

Catégorie actualité, commentaire

Tentative de coup d’Etat ou acte terroriste ? Malgré les versions différentes proposées par le Ministre de l’Information congolais Lambert Mende,  il semble bien que, dimanche dernier,  c’est de justesse que le président Kabila a échappé à l’attaque de sa résidence, menée par plusieurs dizaines d’hommes lourdement armés.  Mardi, le président a dirigé une réunion des gouverneurs des provinces de l Est et a annon,c sa décision de lever l’interdiction de vendre les minerais.

Plus de peur que de mal donc… Il n’empêche que cette attaque a fait des morts, une dizaine au moins parmi les assaillants et  plusieurs membres de la garde républicaine ; une trentaine de prisonniers sont toujours interrogés et leur appartenance exacte n’a pas encore été révélée. Si l’on fait abstraction de toutes les supputations et autres rumeurs fantaisistes qui circulent sur Internet,  les faits sont là : s’il n’avait pas quitté son domicile dimanche en fin de matinée, mu par une impulsion soudaine, ou mystérieusement averti, peut-être par des amis bien intentionnés et outillés pour écouter les conversations téléphoniques, le chef de l’Etat congolais aurait probablement été  « liquidé ».  Or, qu’on le soutienne ou non, que l’on se félicite ou non de sa politique, un autre fait doit être rappelé : en 2006, Joseph Kabila  a été élu à l’issue d’un scrutin reconnu comme démocratique par la communauté internationale et cette élection scellait un processus de paix entamé en 2002.

L’attaque menée dimanche, qui avait été précédée par  des affrontements militaires survenus à l’aéroport de Lubumbashi le 4 février dernier, aurait donc, si elle avait réussi, décapité la pyramide politique congolaise et risqué de plonger le pays dans le désordre.

Or jusqu’à présent ces évènements, qui auraient û être dramatiques, n’ont suscité aucune réaction ! Les institutions congolaises (Parlement, Sénat) où  l’AMP (Alliance pour une majorité présidentielle) est majoritaire et qui sont le socle de la démocratie, demeurent muettes, sans réaction. Le silence n’est pas moins assourdissant dans le chef de la « communauté internationale », qu’il s’agisse des pays amis, dont la Belgique, qui avaient proclamé haut et fort leur soutien multiforme à la jeune démocratie congolaise, ou des pays voisins liés à la RDC par des accords de sécurité…

Or on sait que le Rwanda, si souvent mis en cause dans la région, tient beaucoup à sa bonne entente avec Kinshasa car elle se traduit par des opérations militaires menées dans l’Est  contre les groupes armés hutus,  que l’Angola, même si un litige l’oppose à Kinshasa à propos du plateau continental, déteste plus que tout les aventures politiques et l’instabilité chez son grand voisin, tandis que le président ougandais Museveni  et son voisin tchadien viennent de remporter les élections…

Si l’absence de réactions des pays de la région surprend,  la passivité de l’Europe étonne plus encore : attend-on des preuves supplémentaires ? Estime-t-on que, pour être qualifié de réel et dissiper les soupçons de montage, un coup d’Etat doit nécessairement réussir ?  Ou bien considère-t-on que, dans un pays qui se prépare à organiser des élections en novembre et où le mode de scrutin a été modifié, à la hâte certes mais sans illégalité, la violence demeure une manière légitime de modifier les équilibres du pouvoir ?  Quant à la Monusco, qui est aussi censée accompagner la jeune démocratie congolaise et  protéger ses citoyens dans l’Est, elle observe la même discrétion que les autres partenaires occidentaux…

A ces questions, une seule réponse est opposée : on n’y voit pas clair.  Pas assez, pas encore….  Si les Congolais veulent pouvoir compter leurs vrais amis, il leur appartient donc de faire toute la lumière sur ces évènements, d’en retracer la chronologie et d’en remonter les fils, de nommer les commanditaires éventuels et de faire comparaître les coupables devant des institutions judiciaires indépendantes…

Jusqu’à présent, on est loin de ces coups de projecteur et si le président Kabila semble avoir repris ses audiences, il aurait peut-être intérêt  à couper court aux rumeurs,  à apparaître publiquement en donnant sa version des faits…

L’opacité du pouvoir ne peut qu’encourager les ténébreuses menées des ennemis de la démocratie et l’étrange silence des « amis du Congo »…

25 février 2011

Les bons amis, la paille et la poutre

Catégorie actualité, commentaire

Ils avaient prévenu : « ces gens là, Monsieur, ne s’intéressent qu’aux affaires. Ils arrivent avec leurs attachés case, discutent pour la forme, puis signent les contrats, vite fait bien fait. Ils promettent des aides, mais surtout, ils casent leurs sociétés. De grandes sociétés, qui emportent les contrats, sans appels d’offre, et imposent pratiquement leurs conditions… »

Ils avaient mis en garde : « ces gens là sont indifférents aux droits de l’homme, à la gouvernance. C’est avec les pouvoirs en place qu’ils discutent, ils se fichent de la société civile. Souriants et détendus, ils posent volontiers pour la photo de famille. Ils proposent des cadeaux, mais ils en acceptent aussi, c’est l’usage qui le veut. Jamais ils ne posent de questions, qu’il s’agisse d’élections truquées, d’opposants détenus, de fonds détournés, cela n’est pas leur affaire…Il est vrai qu’ils construisent des routes, rebâtissent des infrastructures, mais à quel prix… Méfiez vous, avec ces gens là, vous n’aurez jamais rien pour rien… »

Qui étaient donc les cibles de ces multiples avertissements, formulés tant  par des commissaires européens, des ministres en exercice, des fonctionnaires du Fonds monétaire international et autres dignes représentants d’une certaine « communauté internationale » ?

A l’heure de la révolte arabe, où tant de turpitudes et de complicités sont démasquées, au point de faire frémir la diplomatie française, les exportateurs d’armes wallons et quelques autres, on pourrait croire que ces discours débordant de bonnes intentions étaient prémonitoires…

Détrompez vous : la bouche en cœur, c’est aux pays d’Afrique noire que s’adressaient ces amis bien intentionnés, des Cassandre qui s’employaient à mettre en garde les Angolais (qui ne prenaient même pas la peine d’écouter) les Ivoiriens (qui furent gratifiés d’une rébellion), les Zimbabwéens (toujours sous embargo) et surtout les dirigeants de la République démocratique du Congo. Il s’agissait de les protéger, fût ce malgré eux, contre de nouveaux et dangereux partenaires : les Chinois !

Depuis dix ans, ces anciennes colonies, lassées d’attendre des aides trop chiches, assorties de trop de cordons et de leçons, désespérant d’investissements qui tardaient à venir, n’avaient elles pas eu l’audace de se tourner vers de nouveaux interlocuteurs venus d’Asie ?

Ah ça mais c’est bien sûr, comment n’y avoir pas songé plus tôt ? Les conseils de ces amis qui ne veulent que du bien, les avertissements délivrés par ces « bons connaisseurs de l’Afrique » qui voyagent si souvent sur l’Equateur quand il fait chaud chez eux et froid chez nous, visaient, avec une précision cruelle et des sanctions à la clé, les nouveaux partenaires des Africains, ces Chinois décrits comme sans scrupules et sans ingérence.

Aujourd’hui que sont dévoilées les compromissions de l’Europe avec la Tunisie de Ben Ali, l’Egypte de Moubarak et la Libye de Kaddhafi, -la liste ne fera que s’allonger- on ne peut que rire, amèrement, de ces mises en garde adressées aux pays d’Afrique noire  afin de tenter de contenir la concurrence asiatique. Si les Chinois ont apporté la paille, la poutre, elle, assomme l’Europe.

23 février 2011

Burundi: pour une balle dans la tête

Catégorie commentaire, médias

Pour avoir une idée pareille, en écrire le scénario et convaincre un producteur de s’engager dans une telle  aventure, il faut vivre au Burundi, aimer ce pays et s’y accrocher ; il faut surtout avoir une foi bien particulière, de celle qui soulève les collines. Jean-Luc Pening est de cette race là, de ces hommes pour lesquels rien n’est impossible. Car ce Belge du Burundi, grièvement blessé en 1995 par des rebelles qui lui  ont logé une balle dans la tête, a choisi de rester, et de croire que dans ce pays qui fut, à l’instar du Rwanda, déchiré par la haine, il y a moyen non seulement de dépasser les clivages ethniques mais aussi de s’en distancier et d’en rire !

Si Na Wewe est le film  né de cette idée audacieuse, le documentaire ou plutôt le « making off » réalisé par Isabelle Christiaens nous fait, lui, plonger dans les coulisses du tournage et surtout dans la réalité du Burundi et… de la Belgique elle-même…Car sur cette colline où Pening fut naguère victime d’une terrible embuscade tendue par les rebelles hutus qui tenaient les campagnes proches de Bujumbura, quelle revanche sur le destin qu’amener une équipe dans laquelle se mêlent des Congolais, des Burundais, des Liégeois, des Bruxellois qui tous, affrontent leurs problème et réussissent à s’en moquer pour mieux s’en distancer ! Ici, Hutus et Tutsis ne craignent pas de nommer leur réalité ethnique tandis que les Belges, tous complexes oubliés, plaisantent avec tout le monde et n’oublient surtout pas de rire d’eux-mêmes…Même les Flamands et les Wallons, avec des accents à couper au couteau et des rires qui arrachent, en prennent pour leur grade, ce qui relativise et dédramatise… Car en réalité, le drame est loin d’être oublié, et, malgré le rire parfois forcé, l’émotion n’est jamais loin. Emotion de tous ceux qui ont vécu des scènes semblables, ces véhicules arrêtés par des hommes en armes, ces passagers mis en joue, exécutés ou non en fonction de leur ethnie, ou du caprice d’un chef brutal…Emotion des figurants qui revivent plus qu’ils ne jouent, émotion de l’équipe technique, plongée dans cette Afrique belle, étrange et cependant si familière…

Si tous  acceptent de se replonger dans le passé, de revivre le cauchemar, c’est parce qu’ils espèrent que le film sera utile et  dissuadera les démons de jamais revenir…Le documentaire d’Isabelle Christiaens aide à comprendre le sens profond de ce court métrage exceptionnel…