27 novembre 2011

Le candidat Kabila juge le président

Catégorie actualité, interview

La première question s’adresse au candidat Kabila : après un mois de campagne à travers le pays, qu’avez-vous découvert que vous ne connaissiez pas déjà ?

Parcourir un pays de 345 000 Km 2, c’est évidemment épuisant,  et on apprend toujours beaucoup de choses dans ce sous continent. Cette campagne, c’était une sorte d’itinérance qui nous a permis de  nous remettre en cause au vu des lacunes constatées ici et là.  L’une d’entre elles, ce sont les carences de l’administration, indispensable cependant à la modernisation du pays. Sans administration fiable, il est difficile de faire exécuter nos décisions jusqu’au niveau de la base. Cela pourrait être corrigé assez vite, il est possible d’insuffler plus de rigueur, de discipline…

Voilà dix ans que le président Kabila est au pouvoir. Quel est le point de votre bilan qui vous paraît le plus positif ?

Sans détour, c’est la paix et la sécurité. Voyez les onze candidats : s’ils ont pu sillonner le pays par route, par petit porteur, aller d’Est en Ouest, c’est parce qu’il y a la paix et la stabilité sur l’ensemble du territoire. C’est pour cela aussi que les 18000 candidats aux élections législatives ont  pu mener campagne… L’autre point dont je suis fier c’est le début de la reconstruction. Je dis pas le développement, mais la reconstruction, nécéssaire au vrai décollage.

Pour le moment la reconstruction a démarré sur toute l’étendue du territoire national.. Les élections nous ont coûté 380 millions de dollars sur une période d’une année, ce qui est  énorme. Certes, cela valait la peine, mais c’est cher…

Peut-être faudrait il redimensionner nos ambitions à ce propos,  voir  comment économiser. En termes de développement on fait beaucoup avec une telle somme…Mais d’un autre côté, l’exercice est indispensable car nous avons à tout prix besoin d’une stabilité politique. Elle est le gage d’une stabilité à long terme qui doit nous permettre d’attirer les investisseurs, de garantir la paix  et finalement d’amorcer le décollage du pays.

Quel est, à vos yeux, le sens de ces élections ?

Il s’agît principalement de la consolidation des acquis, de 2006 jusqu’à ce jour.  Nous venons de loin, de très loin…. La destruction du Congo date des années 60, la guerre a commencé au lendemain de l’indépendance. Pendant 40 ans, personne n’a pensé au développement et aujourd’hui il faut tout refaire. Un seul exemple : à Kindu,  il y a un pont qui a été détruit lors de la rebellion de 1964 et jusqu’à ce jour il est resté en l’état.

La reconstruction est sans doute la base, mais la population assure que le social n’a pas progressé. N’est ce pas une urgence ?

Le social est certainement une urgence mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent qu’il n’ y a pas eu d’évolution entre 2006 et aujourd’hui. Je suis conscient du fait qu’il faut une amélioration mais vous ne pouvez donner ce que vous n’avez pas, il faut d’abord produire. Et pour cela, il faut avoir les infrastructures nécéssaires. C’est un travail difficile, de longue haleine…

La conjoncture n’a cependant pas été mauvaise pour le pays, le prix du cuivre a grimpé. On a le sentiment que la population n’a pas bénéficié de cette situation plus favorable…

J’ai récemment visité le Katanga et pensé que beaucoup de choses devaient être corrigées. En 2002, nous avons adopté un Code minier censé attirer les investisseurs . Mais  une dizaine d’années plus tard, il faut refaire une évaluation  voire une révision de ce code. Quand on voit les 400 ou 600 camions qui font chaque jour la route entre Kolwezi, Lubumbashi  et la frontière zambienne, on se dit qu’il y a une disparité énorme entre les dividendes des sociétés qui sont venues investir et les retombées sur la population. Tout cela doit être corrigé le plus vite possible, en se mettant autour de la table avec les opérateurs, afin de faire en sorte que l’ exploitation des minerais du Congo soit aussi bénéfice au niveau social. La répartition doit être beaucoup plus équitable.

A l’occasion des conflits avec les sociétés minières le Congo est accusé de remettre en cause des accords signés…

Non, nous cherchons à équilibrer, c’est différent. La  plupart des sociétés sont venues après l’adoption du Code minier mais le Congo aujourd’hui a besoin de sociétés solides et non de gens qui ne songent qu’à jouer en Bourse, à vendre et acheter…

Pour reviser le Code minier, allez vous vous inspirer de l’exemple de certains pays d’Amérique latine qui ont connu des expériences similaires ?

Nous sommes en contact avec la Bolivie, le Chili, la Zambie. Nous sommes parmi les plus grands producteurs de cuivre et nous avons l’objectif de nous concerter, afin d’harmoniser notre point de vue, nos options. Il ne faut pas que les sociétés jouent un pays contre l’autre…

Le Congo s’est ouvert à de nouveaux partenaires que ses interlocuteurs traditionnels. Est-ce bénéfique ?

Il faut avoir une lecture lucide de l’histoire de notre pays. Nous avons toujours connu dans ce pays des partenaires dits traditionnels mais depuis une quarantaine d’années, la population, dont je fais partie, commence à se poser des questions.

Ils nous parlent de la démocratie et c’est très bien mais la démocratie ce n’est pas une fin en soi. Ce qui compte, c’est le bien être de la population. Pour la démocratie, nous travaillons sans problème avec nos partenaires traditionnels, Mais pour le deuxième volet,  le mieux être de la population, le développementdu pays, de ses infrastructures, nous pensons qu’il faut ouvrir nos portes à d’autres. C’est ce qui explique nos relations avec d’autres pays ; il n’y a pas que les Chinois, il y a aussi la Turquie, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, le Japon..

Il sembre d’ailleurs que ce soient vos nouveaux amis qui vous ont aidé à réussir les élections ?

A la dernière minute, nos amis traditionnels nous ont faussé compagnie. Dès le début, nous nous étions mis d’accord sur le fait que le gouvernement congolais allait financer 60% des élections. Il se fait qu’aujourd’hui c’est 80% des élections que nous avons du finalement couvrir, et nous avons aussi du compter sur l’appui logistique des pays amis, l’Angola, l’Afrique du Sud. Ils nous ont aidés à déployer nos kits, nos bulletins de vote. N’eut été notre détermination à organiser ces élections,  et l’appui de nos amis de la SADC (conférence des Etats d’Afrique australe) nous n’y serions pas arrivés. Avec pour résultat que nous serions allés vers un autre gouvernement dit d’union nationale, de transition, ce qui aurait représenté une autre perte de temps… Moi, je n’étais pas d’accord avec cette formule, qu’on nous avait déjà proposée en 2006.

Pour moi, c’est clair, il fallait que les élections soient organisées comme prévu, à  la date prévue. Dans les délais  constitutionnels.

Si vous êtes élu, les cinq ans à venir vous suffiront ils pour réaliser votre programme ?

L’essentiel, c’est que nous allons jeter une base solide sur laquelle tous ceux qui viendront apres nous seront obligés de construire.

D’ici cinq ans, terme de votre deuxième mandat, ce sera fini pour vous ?

Il s’agît là d’une obligation constitutionnelle et rassurez vous, je pourrai toujours par la suite continuer à travailler pour le Congo.

Voici trois ans, ici même à Matadi, vous disiez que vous n’aviez pas trouvé les quinze hommes sur qui vous pouviez compter. Les avez vous trouvés aujourd’hui ?

J’en ai déjà trouvé douze comme les Apôtres, il me reste à en trouver trois…Si nous gagnons les élections, ce sera l’un des points les plus importants, trouver les hommes honnêtes et incorruptibles qu’il nous faut…

Si vous l’emportez, le président du deuxième mandat sera-t-il différent ?

Il est certain que ce ne sera plus le même homme. On a plus d’expérience, on connaît presque tout le monde, les amis, les adversaires et les ennemis. Je sais qui veut  voir le développement de ce pays, qui cherche à nous tirer vers le bas…

Nous allons poursuivre la lutte contre la mégestion. Pour changer les choses, il fallait bien commencer quelque part. C’est pourquoi nous avons commencé par réformer la justice, faire en sorte que les juges les magistrats soient dans de très bonnes conditions pour que le système judiciaire soit vraiment incorruptible. Nous avons recruté 2000 nouveaux magistrats, organisé  de séances de formation.  Il y a eu des révocations des mesures disciplinaires mais il s’agit d’un travail de longue  haleine, même si nous avons déjà parcouru 40% du chemin….

Si vous exercez votre dernier mandat aurez vous les mains plus libres ? Y compris pour frapper…

C’est ce qu’on a toujours fait…Il y a une contradiction. On parle d’un Etat de droit mais en même telmps on me dit qu’il faut frapper, réprimer…Les deux ne sont pas toujours compatibles. On a laissé à la justice le soin et les moyens d’exercer le travail de répression au lieu de confier cela à la police et à l’armée. Il ne faut pas qu’il y ait de l’arbitraire…

Notre peuple est conscient du fait que nous venons de loin et tous veulent aller de l’avant…C’est que qui explique que s’il y a eu des incitations à manifester ici ou là, la population n’a pas suivi le mot d’ordre…Et cela, c’est parce  qu’elle a l’espoir, elle a désormais quelque chose à perdre…

27 novembre 2011

La vision et les craintes de Vital Kamerhe

Catégorie actualité, interview

Au retour d’un mois de campagne à travers le pays, quel bilan tirez vous de la campagne électorale ?

Jusque hier, le bilan était positif, l’encadrement des militants était bon. Cependant, à Masi Manimba et Kikwit, avec la complicité des autorités locales, des militants du parti au pouvoir ont voulu  nous empêcher d’entrer dans la ville. Dans presque toutes les provinces, nous avons vu que les gouverneurs prenaient parti pour le candidat sortant, mais cela ne nous a pas dérangés. Partout, j’ai dit  à notre population que nous étions un pays riche, mais avec des dirigeants pauvres en termes de vision…Nous souffrons aussi de la déliquescence de l’Etat. Pour les évènements du dernier jour de campagne, il était irresponsable d’autoriser trois partis à se réunir sur un même espace, le gouverneur aurait du séparer les trois groupes. C’est comme si on avait préparé une situation insurrectionnelle, mais dans quel but ? Réprimer les gens dans le sang ? lire la suite

12 octobre 2011

Karugarama: comment la justice a été reconstruite au Rwanda

Catégorie actualité, interview

Voici 17 ans, au lendemain du génocide, le ministre de la Justice de l’époque Nkubito se retrouvait dans un bureau vide, jonché de gravats. Devant l’immeuble, des garçons roulaient du tabac dans  les  feuillets du Code pénal pour en faire des cigarettes tandis que des centaines de milliers de criminels prenaient la fuite vers les pays voisins, abandonnant leurs victimes aux chiens errants.

Dix sept ans plus tard, l’actuel ministre de la justice du Rwanda, Tharcisse Karugarama ne craint pas d’affirmer avec fierté que son pays se sent capable d’accueillir les prévenus du Tribunal international d’Arusha qui doit fermer ses portes en 2012 et qu’il est désormais à même de rendre une justice correspondant à tous les critères du droit. Une tâche immense, un défi qui est aussi celui du vivre ensemble de tous les Rwandais… Interview.

La décision d’abolir la peine de mort, prise en 2008,  a-t-elle été une décision facile à prendre ?

Dans un pays qui a été confronté à un génocide, ce fut une décision extrêmement difficile, adoptée au terme d’un processus très ardu. Au lendemain du génocide, il y avait tellement de gens qui souhaitaient que les tueurs soient exécutés, que la mort soit leur châtiment !

Faire en sorte que les  survivants du génocide acceptent que le Code pénal soit modifié, et  que la peine de mort ne s’y trouve plus  fut un processus très difficile. Nous avons du aller dans les églises, les écoles, les universités, rencontrer les leaders locaux… Même devant les professionnels du droit, nous avons du plaider…. lire la suite

30 septembre 2011

Etienne Tshisekedi, l’éternel opposant qui croit son heure venue

Catégorie actualité, interview

Avant de quitter la Belgique pour le Canada, quel est le message adressé à ceux que vous avez rencontré ?

Aux militants et aux hommes d’affaires que j’invite à s’installer au Congo, mon message est que, pour la première fois depuis l’indépendance, ce pays va devenir un Etat de droit, avec une vraie justice, une vraie gouvernance… Tous ceux qui craignaient le désordre, l’insécurité, sont aujourd’hui invités à venir, à investir au Congo, à créer des emplois. Nous avons 95% de chômeurs, il est temps de créer des emplois pour eux… lire la suite

7 juin 2011

Quand Kamerhe sort, Kabila n’a pas sommeil

Catégorie actualité, interview

Vital Kamerhe, vous venez de publier un ouvrage (1) dans  lequel apparaît une sorte de fascination pour le Brésil. Pour quelle raison ?

J’ai observé des similitudes entre les deux pays, géographiques et historiques.

Durant longtemps, à l’instar du Congo, le Brésil était surtout connu pour sa musique, son football. Mais entre temps, il  est devenu une économie puissante, et c’est un nouveau leadership, celui de Lula, qui a rendu possible un tel essor. Les grands rêves sont toujours portés par de grands hommes, Lula, Mandela, le général de Gaulle…Quant au Congo, je pense que nous avons tous les atouts pour devenir  une grande puissance au cœur de l’Afrique… lire la suite

31 mai 2011

La Chine applique en Afrique sa propre stratégie de développement

Catégorie actualité, interview

Quelques questions à Deborah Brautingam, professeur à American University (New York), auteur de « The Dragon’s gift » The real story of China in Africa, Oxford University Press, 2009

Quelle est la marge de manœuvre d’un pays tel que le Congo, lorsqu’une puissance comme la Chine lui propose un crédit de 9 ou 10 milliards de dollars  afin de se doter d’infrastructures?

Il n’y a rien de surprenant à ce que les négociations aient été empreintes de suspicion ; elles ont duré longtemps, les accords ont été diffficiles à conclure… Il y avait déjà eu un précédent, où un riche pays d’Asie avait prêté de l’argent, promis des investissements et des transferts de technologie, en échange de matières premières dont il avait besoin, du charbon entre autres : c’est le « deal » qui avait été conclu autrefois entre le Japon et une Chine qui sortait du sous développement, disposait de matières premières et avait besoin de tout le reste. C’est ce qui s’appelle la « voie asiatique » : alors que les Occidentaux mettent l’accent sur la bonne gouvernance, la démocratie et en font une priorité, les Asiatiques croient que le développement est lié aux infrastructures, lesquelles permettent le développement des échanges, du commerce et donc de la production…

En Afrique, la Chine, qui se souvient d’avoir elle-même été un pays en développement, et qui a encore du chemin à faire dans les zones rurales, entend mettre en œuvre sa propre expérience, pas si ancienne… lire la suite

27 mai 2011

Tshisekedi, déjà certain de l’emporter

Catégorie actualité, interview

De passage à Bruxelles où il a rencontré des personnalités de l’Union européenne ainsi que ses médecins, Etienne Tshisekedi a accepté de répondre à nos questions.

Qu’est ce qui, cette fois ci, vous a décidé à vous lancer dans la bataille électorale ?

Nous arrivons à la fin du mandat de ceux qui sont au pouvoir en ce moment.  Il fallait bien proposer une alternative. Dans tout le pays, tous les coins de la République, mon parti existe, est organisé. Depuis que je suis rentré le 8 décembre j‘ai relancé le tout et maintenant mon parti est en pleine activité. Et cela malgré le fait que le pouvoir en place applique un système répressif.  Comme il n’y a pas eu d’élections locales, tous ceux qui sont en place à la base, à l’intérieur ont été nommés par le pouvoir et ils mettent des bâtons dans les roues de l’UDPS. Mais malgré cela mon parti est décidé à aller de l’avant. Nous avons réactivé toutes les sections que nous avons partout… lire la suite

24 mai 2011

Denis Mukwege, le docteur qui répare les femmes du Kivu

Catégorie actualité, interview

A la veille de recevoir le prix Roi Baudouin pour le développement, le Dr Denis Mukwege, directeur de l’hôpital de Panzi (Bukavu) a accepté de répondre à nos questions.

Vous venez de quitter Bukavu. Quelle est la situation sur place ?

Par rapport aux années 2001-2002, celles de la guerre, il y a eu migration du problème : naguère la violence se maintenait dans les zones de combat, aujourd’hui elle est pratiquée par ceux qui ont pour tâche de protéger la population. Voici deux jours encore, l’accès à l’hôpital de Panzi, où je travaille, était bloqué par des étudiants qui  manifestaient et brûlaient des pneus pour protester contre l’insécurité. Tous les jours, il y a des viols, des tueries. Le mixage des groupes armés ou la démobilisation des combattants ont été réalisés sans que soient détraumatisés tous ces jeunes qui, durant trop longtemps, ont appris à tuer, à violer.

Dans la forêt, il y a encore des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, rebelles hutus) et la semaine dernière, ils ont emmené 17 personnes dans la brousse, comme esclaves physiques et sexuelles.

Dans des lieux reculés comme Mwenga, les femmes n’osent pas déposer plainte contre les violeurs car leur situation risquerait d’encore empirer.

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7 avril 2011

Michel Galy,contre l’action militaire

Catégorie actualité, interview

Cette intervention militaire des forces onusiennes et des Français était elle la seule solution ?

Depuis janvier je m’oppose à toute intervention militaire, je crois qu’il aurait fallu poursuivre la négociation, il y avait encore de l’espace pour cela, des champs de manoeuvre…En plus, il est évident que le mandat de l’ONU n’a pas été respecté : l’un des points, c’est qu’il fallait protéger les civils. Or les armes lourdes de Gbagbo ont été visées et détruites, mais celles de Ouattara sont demeurées intactes.   En outre, des informations précisent les soutiens, entre autres Français,  dont ont bénéficié les rebelles de Ouattara appelés aujourd’hui forces républicaines : des éléments des forces spéciales françaises ont combattu à leurs côtés.

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16 mars 2011

Un proche de Bemba analyse le malaise de l’opposition

Catégorie actualité, interview

Le député Delly Sesanga Hipungu n’est pas un novice : militant de longue date du Mouvement pour la libération du Congo, il fut ministre du Plan puis directeur de cabinet de Jean-Pierre Bemba. Aujourd’hui, alors que la RDC se dirige à nouveau vers des élections, cet avocat de formation dresse, sans complaisance, le bilan des forces en présence et surtout il analyse les stratégies mises en place. lire la suite